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A la recherche de la Paix[1]

Revue Théosophie, volume IX, 4

 

Mène le bon combat. Le Champ du devoir est le champ de bataille. Jehad est la guerre sacrée. Enflammé par de telles maximes, l’aspirant sérieux commence la guerre sur le plan de l’âme.

Dans la littérature mystique, il n’y a pas de livre plus populaire que la Bhagavad-Gîta, et c’est par excellence le livre de la guerre : de la plus grandes des guerres, de celle que l’Ame soutient contre les démons du doute, de l’hypocrisie et de l’égoïsme.

Les hommes et les femmes sont attachés à leur misère. Même s’ils se rendent compte que la source de cette misère se trouve dans leurs désirs sensuels, ils hésitent, comme Arjuna, à engager la bataille. C’est pourquoi les voyants et les sages, qui sont des hommes de paix, invitent les mortels à combattre pour le royaume de l’immortalité. Plus grand sera le pacifiste, plus brave sera l’âme qui luttera. C’est là le message central de la Gîta. Krishna joue le rôle de Général Suprême des armées Pandava.

On pourrait citer de nombreux exemples pour montrer que celui qui désire la paix en lui-même et avec ses voisins soutient toujours une guerre violente contre sa propre nature inférieure, et ainsi attire sur lui-même la réaction des autres natures inférieures qui se trouvent dans le milieu où il vit. Il y a une étrange loi en Occultisme selon laquelle l’aspirant résolu galvanise les vices latents en lui pour pouvoir les dominer. Il agit également comme catalyseur pour les natures et tendances inférieures des autres.

Ceci doit être la raison pour laquelle on recommande à chaque aspirant : « Cela qui est incréé réside en toi, disciple, comme aussi en cette Salle. Si tu veux l'atteindre et fusionner les deux, tu dois te dépouiller de tes sombres vêtements d'illusion. Étouffe la voix de la chair, ne permets à aucune image des sens de s'interposer entre sa lumière et la tienne, afin que les deux puissent se fondre en une. » « Détourne ton mental de tout objet du dehors, de toute vision extérieure. Refuse toute image intérieure, de peur que sur la lumière de ton Âme elle ne projette une ombre obscure. ».

Nos faiblesses et nos défauts produisent une ivresse et nous rendent aveugles à la présence de l’âme. Dans son ardeur, l’aspirant fait plus attention à son soi inférieur qu’au Noble Soi, son âme véritable. Cette attitude de lutte s’empare de celui qui désire être l’ami de toutes les créatures, et il fait souvent l’erreur du patriote que l’amour de son propre pays rend jaloux des autres peuples, particulièrement de ses voisins, et méfiant à leur égard. Dans ce Kali-Yuga, époque de faiblesses noires, l’aspect constructif de la Gita et d’autres livres de guerre est souvent négligé, et le travail destructif prend une position nettement prédominante. Ceci constitue en soi un obstacle considérable et rend la pratique de la vie spirituelle beaucoup plus difficile qu’elle ne devrait être.

C’est un fait frappant, bien que souvent négligé, que le programme de la Gita est constructif. Ce conseil « Lève-toi donc et combats », ne s’applique pas à des causes. La lutte sainte contre le mal en nous doit être soutenue, mais avec l’arme constructive de la pensée claire basée sur des vrais principes philosophiques. Nous devons tuer l’ennemi mais nous devons aussi nous rendre compte qu’il n’est qu’un autre aspect du même Soi immortel, et qu’en réalité, on ne peut pas le supprimer mais seulement lui assigner sa place légitime.

Nul homme, si puissant soit-il, ne peut atteindre la paix en étant constamment engagé dans la guerre. Du travail constructif ne peut être réellement accompli que pendant les périodes de paix. Ceci est une vérité non seulement au point de vue historique, mais également en ce qui concerne la vie spirituelle. Lorsqu’un homme, frappé par la vision de ses nombreux défauts, rassemble ses forces et leur livre une bataille prolongée et persistante, il arrive à se trouver dans un état d’épuisement spirituel complet ; il doit apprendre l’art de vivre en paix au  milieu d’ennemis indomptés et entreprendre un travail constructif entouré par des agents sombres de la destruction. Il ne doit pas avoir peur de l’ennemi et alors il ne pourra être vaincu. Il doit travailler constructivement, rassembler ses ressources de vertu et de sagesse, et développer en silence l’état d’esprit nécessaire, sans lequel il est presque impossible de vaincre les ennemis de l’âme. Les faiblesses et les vices moraux sont en vérités des esprits qui prennent de nouvelles formes aériennes pour attaquer l’âme encore et encore. Ainsi-donc, tandis que nous devons soutenir la lutte contre l’animal en nous, nous ne devons pas négliger la tâche de rassembler en nous-mêmes les forces de l’âme.

La leçon que nous avons à apprendre est donc que nous devrions tout d’abord chercher en nous le Krishna, le Christ ou le Bouddha. Lorsque sa nature et ses pouvoirs seront compris par le mental, il sera plus facile de détrôner l’ennemi : Duryodhana, Satan ou Mara. Nous avons tellement tendance à nous occuper de l’inférieur ou à essayer de le purifier ou de le dominer, que nous ne trouvons pas le temps de contempler le supérieur et d’être vivifiés et inspirés par lui.

Fusionner le mental et l’âme veut dire que le principe pensant, qui à présent est attiré par les passions et les désirs et est impressionné par leur contact avec les objets des sens, doit être modifié de façon à être impressionné par la connaissance de l’âme, c'est-à-dire par la connaissance qui est inhérente à l’âme. Pour nettoyer le miroir du mental sur lequel s’est amassée la poussière des passions en lutte, il nous faut un instrument intelligent. C’est l’âme. L’âme n’est pas l’ensemble des idées et des aspirations de l’homme des sens. L’âme est une entité distincte du mental, de ses raisons et de sa connaissance, distincte des passions et de leurs désirs, distincte des sensations et de leurs impressions. L’âme est supérieure à tout cela et en est différente. Elle a le pouvoir de considérer les idées directement, et elle le fait par la faculté de l’intuition. Elle a le pouvoir de produire la compassion, parce qu’elle a en elle la vision de l’éternelle harmonie de toutes les choses liées en une grande unité. Elle a le pouvoir de s’avancer dans toute direction produisant le sacrifice, non pas le sacrifice inutile, mais le sacrifice nécessaire et naturel. La guerre sainte ne peut être soutenue en l’absence de Krishna, dont les instructions logiques, solides et irréfutables doivent être imprimées dans le mental de l’homme : Nara, l’un des  noms d’Arjuna.

Par conséquent, il est bon de se tourner d’abord vers l’âme et d’avoir un aperçu de son programme bienfaisant et constructif. Ce n’est qu’en second lieu que nous nous occuperons de l’homme de chair. L’ombre de destruction doit forcément disparaître quand le soleil du Soi monte à l’horizon du mental. Bien entendu, cela implique un dur travail pour enlever la fange et les détritus de la vie de ténèbres du démon en nous, mais la Lumière de l’Ame révèle l’horreur des ténèbres, et avec l’aurore viennent la force et la sagesse.

 

 

[1] Cet article est traduit de la revue The Aryan Path, (Bombay, Inde) de mars 1932.

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