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La réincarnation – un nouveau regard sur la vie et la mort

 

Extraits théosophiques (C.T. 158)

 

Durant de longs âges, des générations successives d'Adeptes ont approfondi les mystères de l'être, de la vie, de la mort et de la renaissance, et ils ont tous enseigné à leur tour certains des faits ainsi appris. (H.P. Blavatsky, La Clef de la Théosophie, p.231).

 

« La mort est l'ultime extase sur terre ». (La Clef de la Théosophie, p.24 note 5).

 

La mort se présente toujours à notre soi spirituel comme une libératrice et une amie. (La Clef de la Théosophie, p.l76).

 

La mort est un sommeil. Après la mort, commence, devant les yeux spirituels de l'âme, une représentation qui se déroule selon un programme que nous avons appris et très souvent composé nous-mêmes inconsciemment : là se déploie, dans des faits vécus, la réalisation des croyances correctes, ou bien des illusions que nous avons nous-mêmes créées de toutes pièces. (La Clef de la Théosophie, p-180).

 

Le mourir et la première mort

 

Au moment solennel de la mort, même dans le cas de mort subite, chaque homme voit toute sa vie passée se dérouler devant lui dans ses plus minimes détails. Pendant un court instant, l'ego personnel devient un avec l'Ego individuel et omniscient. Mais cet instant suffit pour lui montrer tout l'enchaînement des causes qui ont opéré sa vie durant. Il se voit et se comprend alors tel qu'il est, dépouillé de tout masque flatteur et affranchi de ses propres illusions. Il déchiffre sa vie en spectateur qui contemple d'en haut l'arène qu'il quitte ; il sent et reconnaît la justice de toute la souffrance qu'il a subie. [Cela] arrive à tout le monde, sans exception. [...] Des hommes très bons et très saints peuvent voir non seulement la vie qu'ils quittent mais même plusieurs existences antérieures où avaient été produites les causes qui les firent tels qu'ils furent dans la vie qui vient de se terminer. Ils reconnaissent la loi de karma dans toute sa majesté et dans toute sa justice. (La Clef de la Théosophie, p.l77).

 

Tout dépend maintenant .de la nature des pensées qu'il a eues durant le cours entier de la vie du corps, car l'âme doit longer la route par laquelle elle est venue et les souvenirs de toute une vie sont alignés le long du chemin ; au fur et à mesure que ces souvenirs se lèvent, ils affectent l'entité prête à s'en aller, soit en l'empêchant de se concentrer sur l'Être Suprême, soit en l'aidant à le faire d'une manière plus parfaite. (William Q. Judge, Notes sur la Bhagavad-Gîtâ, fin du ch. II).

 

Lorsque le souffle quitte le corps, nous disons que l'homme est mort, mais ce n'est là que le commencement de la mort ; elle se poursuit sur d'autres plans. Quand le corps est froid et que les yeux sont clos, toutes les forces du corps et du mental se précipitent à travers le cerveau, et la vie entière qui vient de se terminer s'imprime, par une série de tableaux, d'une manière indélébile dans l'homme intérieur, non seulement dans ses grandes lignes, mais jusqu'en ses moindres détails, jusqu'aux impressions les plus légères et les plus fugitives. À ce moment, bien que tous les symptômes fassent décréter la mort par le médecin, et bien qu'à tous points de vue la personne soit morte à cette vie, l'homme réel est à l'œuvre dans le cerveau et, tant que sa tâche n'y est pas terminée, la personne n'a pas quitté ce monde. Cette œuvre solennelle achevée, le corps astral se détache du corps physique, et l'énergie vitale s'étant retirée, les cinq principes restants se trouvent sur le plan de kâma loka [= plan du désir, où commencent les processus des états de conscience post mortem}. (William Q. Judge, Océan de Théosophie, pp.l04-5)

 

Les étapes de la mort

 

Quand l'homme meurt, ses trois principes inférieurs se séparent de lui pour toujours ; il s'agit du corps, de la vie, et du véhicule de cette dernière (c'est-à-dire le corps astral, ou le double [astral] de l'homme vivant). (La Clef de la Théosophie, p.l59).

 

Par suite de la séparation naturelle des principes, provoquée par la mort, l'homme entier se trouve en trois parties.

 

1°) le corps visible qui, avec tous ses éléments, est abandonné sur le plan terrestre où il poursuit sa décomposition [...].

2°) le kâma rûpa (composé du corps astral et des passions et des désirs) qui, sur le plan astral, commence aussitôt à se désagréger.

3°) l'homme réel — la triade supérieure d'Atma-Buddhi-Manas — non sujet à la mort, maintenant hors des conditions terrestres et privé de corps, commence à fonctionner en devachan uniquement comme un mental revêtu d'un vêtement très éthéré, dont il se dépouillera quand sonnera l'heure de son retour sur terre. (L'Océan de Théosophie, p.105).

 

L'expérience du kâma loka et la seconde mort

 

Le kâma loka est une localité astrale [...] II n'a ni étendue ni frontières définies, mais il existe dans les limites de l'espace subjectif, c'est-à-dire, au-delà des perceptions de nos sens. Il existe néanmoins, et c'est là que les eidôla [images ou doubles] astraux de tous les êtres qui ont vécu, y compris les animaux, attendent leur seconde mort. Pour les animaux, cette mort vient avec la désintégration et la disparition complète de leurs particules astrales jusqu'à la dernière. Pour l'eidôlon humain, elle commence quand la triade Atma-Buddhi-Manas « se sépare », [...] de ses principes inférieurs, ou du reflet de l'ancienne personnalité, pour se plonger dans l'état dévachanique. (La Clef de la Théosophie, p.l59).

 

Chaque atome destiné à former l'homme possède une mémoire qui lui est propre, et dont la durée sera proportionnée à la force qu'il a reçue. S'il s'agit d'une personne très matérielle, très grossière, ou très égoïste, la force subsistera plus longtemps que chez toute autre ; par conséquent la conscience automatique sera, dans ce cas, mieux définie et égarera davantage l'homme qui, sans connaissance, se mêle de nécromancie. La partie purement astrale de cette coque [= l'eidôlon humain] contient et conserve le souvenir de tout ce qui se passa durant la vie de l'individu, une des qualités de la substance astrale étant d'absorber et de conserver les scènes, les images, les impressions de toutes les pensées et de les projeter par réflexion quand les circonstances le permettent. [...] Cette coque astrale, rejetée à la mort par chaque être humain [...] dépourvue de tous les principes supérieurs [...] qui servaient de guides [...] erre et flotte de place en place, sans volonté propre, mais entièrement gouvernée par des attractions dans les champs astraux et magnétiques. [...] Privées d'âme et de conscience, ces coques ne sont nullement les esprits de nos morts. Ce sont les vêtements dont l'homme intérieur s'est dépouillé. (L'Océan de Théosophie, p.109).

 

Morts violentes

 

Les suicidés et ceux dont la vie est soudainement fauchée par un accident, par un meurtre légal ou illégal, demeurent en kâma loka jusqu'au terme de ce qu'aurait été leur vie si elle n'avait été subitement tranchée. Ils ne sont pas réellement morts. […] Les principes qui subsistent doivent attendre que le véritable terme naturel de la vie soit atteint, qu'il s'agisse d'un mois ou de soixante ans.  Certaines [coques] passent cette période dans de grandes souffrances, d'autres dans une sorte de sommeil peuplé de songes brumeux, chacune selon sa responsabilité morale. (L'Océan de Théosophie, p.113).

 

Communications illusoires

 

[La coque] est cette non-entité ; mais c'est une non-entité seulement en ce qui concerne ses pouvoirs de raisonner et de penser ; sous tous les autres rapports, quoique astrale et fluidique, c'est encore une entité, et, comme le prouvent les cas où elle est attirée magnétiquement et inconsciemment vers un médium, elle se ranime pendant un certain temps et vit dans celui-ci, pour ainsi dire, par procuration... Dans l'Aura du médium, le fantôme vit d'une sorte de vie d'emprunt ; il raisonne et parle, que ce soit par l'intermédiaire du cerveau du médium, ou par celui des autres personnes présentes. Mais c'est un sujet qui nous entraînerait trop loin, sur le terrain des autres où je n'ai nulle envie de pénétrer. Restons donc sur le sujet de la réincarnation. (La Clef de la Théosophie, p. 160).

 

Le Devachan

 

La règle générale et presque invariable est la fusion de la conscience personnelle dans la conscience individuelle ou immortelle de l'Ego, c'est-à-dire une transformation ou une transfiguration divine, et l'annihilation complète du quaternaire inférieur seulement [l’homme de chair, le corps astral, les instincts animaux et le principe de vie physique]. (La Clef de la Théosophie, p. 110).

 

Après un certain temps passé en kama loka, l'être tombe dans un état d'inconscience qui précède le passage dans l'état suivant, exactement comme la naissance sur terre est précédée d'une période de ténèbres et de lourd sommeil. L'être s'éveille alors aux joies du devachan. (L'Océan de Théosophie, p. 114).

 

C'est la dernière série des pensées puissantes et profondément gravées qui donnera coloration et direction à toute la vie devachanique. Le dernier moment teintera tous les suivants. L'âme et le mental se fixent sur ces dernières pensées et s'en servent pour tisser tout un ensemble d'événements et d'expériences; en les développant jusqu'à leurs limites extrêmes, ils mettent à exécution tout ce qui n'a pu être réalisé dans la vie. En tissant et en amplifiant ainsi ces pensées, l'entité passe par la jeunesse, la croissance et la vieillesse, c'est-à-dire l'élan impétueux de la force, son expansion et son déclin, jusqu'à l'épuisement final. (L'Océan de Théosophie, p. 120).

 

Pendant chaque période devachanique, l'Ego, omniscient comme il l'est per se, se revêt, pour ainsi dire, du reflet de la « personnalité » qui fut. [...] L'efflorescence idéale de toutes les qualités, ou attributs, de caractère abstrait, donc de nature impérissable et éternelle, s'attachent à l'Ego après la mort et le suivent ainsi en devachan. Il s'agit de qualités telles que l'amour, la miséricorde, l'amour du bien, du vrai et du beau, qui se sont toujours manifestées dans le coeur de la « personnalité » de son vivant. Alors, pour la durée de cette période, l'Ego devient la réflexion idéale de l'être humain qu'il fut la dernière fois sur terre, mais cette réflexion-là n'est pas omnisciente [...]. La béatitude en devachan est totale. C'est l'oubli absolu de tout ce qui a causé de la souffrance ou du chagrin dans l'incarnation passée [...] L'être vit entouré de tout ce à quoi il a vainement aspiré et en compagnie de tous ceux qu'il a aimés sur terre. Les plus ardents désirs de son âme se trouvent comblés. Et ainsi, il vit pendant de longs siècles une existence de béatitude sans mélange, qui est la récompense des douleurs qu'il a endurées pendant la vie terrestre. (La Clef de la Théosophie, pp.l63-4).

 

Pour la personnalité terrestre de l'homme, l'immortalité et la conscience après la mort deviennent toutes les deux simplement des attributs conditionnés, car elles dépendent entièrement des conditions et des croyances qu'a créées l'âme humaine elle-même durant la vie du corps. Karma agit sans cesse : nous ne moissonnons dans notre vie après la mort que les fruits de ce que nous avons semé nous-mêmes pendant celle-ci. (La Clef de la Théosophie, p.l75).

 

Une « entité » est immortelle, mais elle ne l'est que dans son essence ultime, non dans sa forme individuelle. Arrivée au dernier point de son cycle, elle est absorbée dans sa nature primordiale et elle devient esprit, perdant alors son nom d'Entité.

En tant que forme, l'immortalité de l'entité est limitée à son cycle de vie, le Mahâmanvantara, celui-ci écoulé, elle est indissolublement unie avec l'Esprit Universel et identique à lui, en cessant d'être une Entité distincte. Quant à l'Ame personnelle, c'est-à-dire l'étincelle de conscience qui conserve dans l'Ego Spirituel l'idée du « Moi » personnel de l'incarnation précédente, elle ne dure, en tant que souvenir séparé et distinct, que jusqu'à la fin de la période dévachanique. A l'expiration de celle-ci, elle s'ajoute à la série des autres incarnations innombrables de l'Ego, comme le souvenir qui reste dans notre mémoire, à la fin de l'année, d'un seul jour parmi tous les autres. [...] Seul est immortel ce qui est indissolublement cimenté par Atma (c'est-à-dire Buddhi-Manas). (La Clef de la Théosophie, p.l23).

 

La vision prospective au sortir du devachan

 

De même qu'au moment de la mort l'homme passe en revue rétrospectivement la vie qu'il a menée, de même au moment où il renaît sur terre, l'Ego qui se réveille de l'état du devachan a une vision prospective de la vie qui l'attend et se rend compte de toutes les causes qui l'y ont conduit. Il en prend conscience et voit le futur, parce que c'est entre le devachan et la re-naissance que l'Ego regagne sa pleine conscience manasique et, redevient, pendant un court espace de temps, le dieu qu'il était avant de descendre pour la première fois dans la matière conformément à la loi karmique, et s'incarner dans le premier homme de chair. Le « fil d'or » voit toutes ses « perles » et il n'en manque pas une. (La Clef de la Théosophie, pp.l77-8).

 

Toute la période assignée par les forces de l'âme ayant pris fin en devachan, les fils magnétiques qui rattachent l'âme à la terre commencent à affirmer leur pouvoir. Le Soi se réveille de son rêve, il est rapidement emporté vers un corps nouveau puis, juste avant la naissance, il perçoit l'espace d'un instant, toutes les causes qui l'ont conduit en devachan et qui le ramènent à une vie nouvelle ; comprenant que tout est juste, que tout est le résultat de sa propre vie passée, il ne murmure pas, mais se charge de nouveau de sa croix : une autre âme est revenue sur terre. (L'Océan de Théosophie, p.l23).

 

Qu’est-ce qui se réincarne ? R. Crosbie C.T. 181)

 

Pour beaucoup, ce qui se réincarne reste un mystère, car il est difficile de comprendre ce qu’est cet élément permanent qui est censé former la trame des incarnations répétées. Ils savent que le corps naît, meurt et se dissout, mais leur mental s’identifie tellement à leur corps, à ses relations et à son environnement qu’ils sont incapables de s’en dissocier. Ils se conçoivent comme des personnes, comme des corps d’une nature physique, et ils ne peuvent par conséquent pas comprendre où pourrait résider, dans ceux-ci et de vie en vie, ce pouvoir réincarnant.

 

La Théosophie élargit notre vision de ce concept en mettant en évidence que l’homme n’est pas son corps, ce dernier se transformant sans cesse, qu’il n’est pas son mental, celui-ci se modifiant sans cesse, et qu’il y a en l’homme un élément permanent qui constitue son identité tout au long de toute une variété d’incorporations. Nous n’avons pas changé d’identité depuis notre enfance. Notre corps a changé, ainsi que notre environnement, mais cette identité est restée la même, et elle ne changera plus désormais, en dépit de tous les changements qui pourront affecter le corps, le mental ou les circonstances. La seule chose réelle en nous ne subit aucune transformation. Ce qui est réel ne change jamais. Seul le réel peut percevoir le changement. Le changement ne perçoit pas le changement. Seul ce qui est permanent peut percevoir le changement, être sensible à l’impermanent.

 

Cet élément immuable, constant et immortel en nous est présent dans toutes les particules et dans tous les êtres, quels qu’ils soient. Il n’y a qu’une seule Vie dans ce monde dont nous faisons partie, ainsi que tous les autres êtres. Nous procédons tous de la même Source – et non de plusieurs – et nous avançons sur le même chemin, vers le même but. Les anciens disaient que le Soi Divin réside dans tous les êtres, mais qu’il ne brille pas également en tous. Le réel est intérieur et peut être réalisé au sein de tout être humain. Chacun a besoin de cette réalisation afin de pouvoir faire rayonner son Dieu intérieur et l’exprimer, ce que la majorité des gens ne font que partiellement.

 

Si cette Source – l’Esprit Un – est commune à tous les êtres, pourquoi existe-t-il autant de formes, de personnalités, d’individualisations ? Selon la Théosophie encore, tous représentent les divers stades d’un développement. Dans ce grand Océan de la Vie, qui est à la fois Conscience et Esprit, nous évoluons, vivons et trouvons notre existence. Cet océan est décomposable en ses diverses gouttes constituantes, dont la différenciation est effectuée par le grand courant évolutif. Même dans les règnes qui nous sont inférieurs, qui procèdent de cette même Source, la tendance à la séparation en « gouttes » de conscience individualisées augmente sans cesse. Dans le règne animal, les espèces qui nous sont le plus proches avancent vers la soi-conscience ; mais en tant qu’êtres humains, nous en sommes au stade où chacun est une goutte constitutive du grand océan de Conscience. Comme dans l’océan d’eau, chacune de ses gouttes contient tous les éléments du grand ensemble, et chaque goutte d’humanité, chaque être humain, contient dans ses limites tous les éléments du grand univers.

 

Les mêmes pouvoirs existent en chacun de nous, et cependant nous nous trouvons sur des degrés de l’échelle de l’existence où nous pouvons voir de nombreux êtres en dessous, et d’autres, plus évolués, au-dessus de nous. L’humanité actuelle est en train de construire un pont de pensée reliant les règnes inférieurs aux règnes supérieurs. Si on le considère globalement, le but de notre incarnation, de notre descente dans la matière, ne consiste pas uniquement à apprendre à mieux connaître la matière, mais aussi à inciter les règnes moins évolués à progresser vers notre niveau. Pour les règnes inférieurs, nous avons le statut de dieux. De nous dépend leur bonheur ou leur malheur. C’est notre mauvaise conception du but de la vie qui rend la Nature si dure, qui produit tous les malheurs et les désastres qui nous affligent sous forme de cyclones, de tornades, de maladies et d’épidémies de toutes sortes. Ce sont nos propres actions qui les provoquent tous. Comment cela ? Dans nos corps réside la sublimation des règnes minéraux, végétaux et animaux, qui représentent eux-mêmes des vies. Chaque cellule de notre corps expérimente la naissance, la jeunesse, la maturité, la dégénérescence, la mort et la réincarnation. Par nos pensées, désirs ou sentiments, quels qu’ils soient, nous communiquons à toutes ces vies une énergie qui va les aider ou qui au contraire leur nuira. Ces vies sortent de nous dans une bonne ou une mauvaise direction, et retournent dans leurs règnes chargées de bien ou de mal. Ainsi, par un manque de compréhension de notre véritable nature, en ne comprenant pas la Fraternité Universelle, nous nous acquittons mal de nos devoirs sur notre propre plan, et n’aidons qu’imparfaitement l’évolution des règnes inférieurs. Nous ne pouvons comprendre notre responsabilité envers eux qu’en réalisant que chaque être est en train de s’élever ; que tous ceux qui sont plus avancés que l’homme ont été des hommes autrefois ; que tout ce qui est inférieur à l’homme atteindra un jour son niveau, quand nous-mêmes serons plus avancés ; que chaque forme, être ou individualisation ne représente qu’un des nombreux aspects de l’Esprit Unique.

 

En admettant que cet Esprit immuable – cause de tout progrès évolutif, de toute incarnation – réside en chaque être, nous sommes en droit de vouloir localiser ce pouvoir de voir et de connaître qui persiste d’incarnation en incarnation. Comment est donc préservée cette continuité de la connaissance acquise par l’observation et l’expérience ? Comment l’individualité est-elle maintenue en tant que telle ?

 

N’oublions pas que nous étions des êtres soi-conscients dès l’apparition de notre planète ; certains furent même soi-conscients dès le commencement de notre système solaire, tous les êtres n’ayant pas le même niveau de développement. Si notre planète ou notre système solaire a d’abord connu un stade de substance primordiale, de matière nébuleuse, comme l’appelle la science, alors nous devons avoir eu des corps qui présentaient cet aspect de la matière. Dans cet état plus subtil de la matière réside l’ensemble des potentialités de tous les degrés de la substance, et ainsi, c’est dans ce vrai corps de matière primordiale que se sont produites toutes les transformations de cette substance, qui est devenue de plus en plus grossière ; c’est également dans ce corps qu’est vécue toute expérience. Tout ce qui se produit en nous se produit dans notre corps – ce corps dont la nature reste identique pendant tout un Manvantara. Nous avons tous un tel corps de matière subtile, de nature intérieure, qui est le véritable habitacle de l’individu. Ce dernier y vit et y évolue, mais malgré son grand rayonnement et sa subtilité, ce corps n’est pas l’homme ; il ne représente que le revêtement le plus élevé de l’Âme. L’Homme Réel que nous sommes est l’Homme qui fut, est et sera éternellement, celui pour qui l’heure ne sonnera jamais – l’Homme, le penseur, celui qui perçoit, pense et agit sans cesse.

 

La Vie est une. L’Esprit est un. La Conscience est une. Ces trois ne font qu’un, ils forment une trinité, et c’est cette trinité que nous sommes. Tous les changements de substance et de forme sont amenés par l’Esprit et la Conscience, et ils s’expriment par les diverses formes que prend la vie. Nous sommes cet Esprit Unique, chacun se tenant dans le vaste assemblage des êtres de ce grand univers, observant et connaissant par le biais des instruments dont il dispose. Nous sommes cette Trinité – le Père, le Fils et le Saint-Esprit – soit, en langage théosophique, Âtma, Buddhi et Manas. Âtma, est l’Esprit Unique, qui n’appartient à personne en particulier, mais à tous. Buddhi est l’expérience sublimée du passé. Manas est le pouvoir de la pensée, le penseur, l’homme, l’homme immortel. Nul n’est privé d’Esprit, ni d’une expérience passée ; mais le mental est le royaume de la création, des idées ; et l’Esprit lui-même, avec tous ses pouvoirs, agit en fonction des idées qui sont dans le mental.

 

Dans la Voix du Silence, il est dit : « Le mental est comme un miroir. Il ramasse la poussière tout en reflétant ». Pour enlever cette poussière, il faut la sagesse de l’âme. Ce mental qui est le nôtre, ce que nous appelons le mental, n’est qu’un réflecteur qui nous présente, à mesure que nous l’entraînons, des images différentes. L’Esprit agit bien ou mal, suivant les idées que nous percevons. Si le mal existe dans le monde, c’est par le pouvoir de l’Esprit. Si le bien existe dans le monde, c’est également par le pouvoir de l’Esprit. En effet, il n’y a qu’un seul pouvoir. Si on l’engage dans la mauvaise direction, on produit le mal, alors que s’il est bien dirigé, le bien s’ensuit.

 

Nous devrions abandonner l’idée que nous sommes de pauvres, faibles et misérables créatures, incapables de faire quoi que ce soit par nous-mêmes ; en effet, tant que nous nous attacherons à cette idée, nous ne ferons jamais rien. Nous devrions défendre une autre idée, selon laquelle nous sommes l’Esprit, et immortels, et lorsque nous serons parvenus à comprendre ce qu’elle signifie, son pouvoir viendra nous traverser, sans limites et dans toutes les directions, excepté dans celle des instruments que nous avons nous-mêmes rendus imparfaits. Aussi rejetons cette idée que nous sommes ce corps faible, misérable et défectueux, sur lequel nous avons si peu de contrôle. Nous ne pouvons arrêter le battement de notre cœur, nous ne pouvons cesser de respirer sans détruire notre corps ; nous ne pouvons mettre un frein aux incessantes dissociations de matière qui s’y produisent, ni empêcher sa dissolution finale. Certaines personnes parlent de « manifester » contre la mort, mais autant manifester contre la chute des feuilles des arbres aux premières bourrasques de l’hiver. La mort existera toujours, et elle présente un grand avantage. Si nous ne changions pas de corps, comment pourrions-nous progresser ? Sommes-nous tellement satisfaits de nos corps actuels pour ne pas souhaiter en changer ? Certainement pas. Dans cette vie, les seules choses que nous puissions garder en permanence sont notre nature spirituelle et la grande compassion divine qui pourrait se traduire par le mot « amour ».

 

Nous sommes les ego qui s’incarnent et continueront de le faire jusqu’à ce que la grande tâche qu’ils ont entreprise soit achevée. Cette tâche consiste à élever l’ensemble de l’humanité au plus haut niveau de perfection possible sur une planète telle que la nôtre. Nous nous incarnons d’âge en âge pour la défense du juste, la destruction du mal et l’établissement de la justice. C’est pour cela que nous sommes ici, que nous le sachions ou non, et il nous faut réussir à reconnaître l’immortalité de notre propre nature pour pouvoir nous libérer des afflictions dont souffre l’ensemble de l’humanité. Nous devons nous mettre en relation et en harmonie avec le grand projet de la Nature, qui est l’émancipation de l’âme, pour laquelle seul l’univers existe.

 

Bhagavad-Gîtâ (,22)

 

«De même qu'un homme se débarrasse de ses vêtements usés pour en revêtir de neufs, ainsi, l'habitant du corps, ayant quitté ses vieilles enveloppes mortelles, en prend d'autres qui sont neuves.»

 

Réincarnation (C.T. 157)

 

Le grand mystère de la vie et ses nombreux problèmes se présentent à chaque être humain avec des questions de plus en plus pressantes pour le mental à mesure que l'intelligence se développe et que la complexité de l'existence s'accroît de toute évidence. Le besoin d'une solution devient d'une grande urgence, mais si de nombreuses panacées ont été offertes en réponse à cette demande de lumière, aucune, malheureusement, n'apporte les vérités évidentes qui permettraient d'aller à la racine du péché, de la douleur et de la souffrance, comme d'atteindre une réelle explication des choses et un vrai progrès. Il fut un temps où ces questions étaient laissées aux soins de ceux qui s'arrogeaient le titre d'instructeurs religieux, mais leur inaptitude à résoudre les problèmes qui se rapportent directement à l'existence a éveillé l'âme humaine à un degré où s'impose la nécessité "de chercher et de trouver" par elle-même une solution à l'énigme de la vie.

 

La question de "l'autorité" fut pendant de longs siècles comme un poids qui paralysait l'être en recherche, mais, de nos jours, nombreux sont ceux qui se rendent compte effectivement que toute connaissance accessible doit être acquise par l'homme lui-même. En outre, une véritable Connaissance doit impliquer une justice infaillible, dévoiler l'idéal du progrès humain et rendre évidentes les causes des douleurs de ce monde. Pour tous ces chercheurs, il est clair que chacun doit être à lui-même sa propre autorité pour tout ce qu'il accepte et rejette. Il doit donc appliquer toute son intelligence à examiner et éprouver tout ce qui indique la voie vers la connaissance de soi. Avec cette attitude mentale, libre de tout préjugé et d'idées préconçues, il prendra en considération chaque doctrine présentée en l'évaluant sur son propre mérite, et il l'acceptera ou la rejettera en conséquence.

 

Le mot réincarnation signifie que notre vie présente est le résultat d'existences antérieures et que notre vie future sera en conformité avec ce que nous avons vécu jadis et sommes en train de vivre. Bien que cette idée puisse sembler nouvelle à de nombreuses personnes, elle est si lumineuse qu'elle suffit pour résoudre complètement les problèmes complexes de la vie, si on l'associe à sa doctrine jumelle - karma.

 

La réincarnation, ou réincorporation, doit être considérée comme le processus permettant à tous les degrés de l'intelligence de s'exprimer à travers des formes, ou des corps, et de produire le monde visible où nous vivons, car l'évolution des formes s'accomplit par le développement de l'intelligence intérieure, ce qui exige un instrument toujours meilleur pour permettre l'expansion de sa compréhension.

 

Tout dans la nature fait apparaître une succession d'efforts renouvelés dans ce sens, avec par intervalle des phases de repos périodiques ; chaque repos fournit les moyens nécessaires à l'assimilation de l'expérience acquise, laquelle sert de base nouvelle pour un progrès futur. Ainsi la nuit, qui succède au jour, est à son tour suivie d'un autre jour. Les saisons - printemps, été, automne et hiver - se succèdent invariablement, et l'homme, soumis à la même Loi universelle (et, par conséquent, spirituelle) suit fidèlement les phases de la vie que sont naissance, adolescence, maturité, vieillesse et mort, pour renaître ensuite avec un nouveau corps, qui offrira peut-être des possibilités meilleures que le corps précédent.

 

La doctrine de la réincarnation implique une intelligence qui préexiste, qui persiste et se développe à travers les différentes étapes, dans un corps puis dans un autre, ce qui est un moyen pour progresser vers le but et l'objectif essentiel de l'Homme intelligent intérieur, c'est-à-dire l'acquisition de ce que les Anciens appelaient la Toute Connaissance.

 

En général, l'évolution est prise comme une loi de croissance, démontrée sur la base d'une succession de changements observés dans les formes et espèces physiques, mais cette vue générale ne considère que les faits extérieurs qui manifestent l'opération, sans qu'on en comprenne vraiment la force motrice. Le mot évolution signifie déploiement de l'intérieur vers l'extérieur, et si nos hommes de science n'avaient pas été tellement portés vers la matière, ils auraient pu arriver à une connaissance de la vérité depuis longtemps. Les doctrines théosophiques de karma et de réincarnation expliquent l'opération de l'évolution et la portent à son point le plus élevé en montrant que la force motrice qui est derrière toute évolution des formes est l'intelligence, laquelle évolue elle-même vers des hauteurs de plus en plus grandes en passant successivement par des formes temporaires d'expression.

 

L'objection la plus fréquente faite à la réincarnation est la suivante : s'il est vrai que nous avons déjà vécu auparavant, pourquoi n'en avons-nous aucun souvenir ? En fait, la mémoire d'une vie antérieure n'est nullement nécessaire pour nous prouver que nous avons passé par cette expérience. Nous oublions la plus grande partie des événements de cette vie ; peu d'entre nous sont capables de restituer exactement ce qui a eu lieu pendant une seule journée. Une cicatrice pourrait bien être la seule marque restant de notre première enfance, la blessure qui en fut la cause n'étant jamais revenue à la pensée. Ainsi, bien que nous ne retenions que quelques détails dans notre cerveau, les effets des événements n'en demeurent pas moins et forment notre caractère. On pourrait dire que ce dernier est une sorte de mémoire intégrée, car il réunit la somme et l'essence de tout ce que nous avons expérimenté et vécu. Ainsi, du sommeil, qui occupe un tiers de la vie humaine, nous ne gardons guère de souvenirs, cependant personne n'ira dire que cette période de temps n'a pas été vécue. Il y a un sentiment persistant d'identité qui franchit cet intervalle, comme il se réaffirme après les pertes de conscience (par un évanouissement, ou l'effet d'un anesthésique): en revenant à notre état normal de veille, nous avons la certitude d'être le même individu qui existait auparavant. Si l'identité dépendait du souvenir, nous serions obligés de tout recommencer chaque jour.

 

Les expériences d'hypnose démontrent que les plus petits événements de la vie sont enregistrés dans ce qu'on appelle le subconscient, ce qui prouve bien que leur souvenir n'en est pas perdu. Quand une personne est en train de se noyer, tous les détails de sa vie passent comme un éclair dans sa conscience et, de même, tous les événements du passé surgissent dans le mental du mourant. En fait, la masse entière des détails d'une existence est conservée dans l'homme intérieur : elle sera complètement retrouvée dans une incarnation future, lorsque l'évolution de cet homme le permettra. D'ailleurs, même de nos jours, bien des gens se rappellent avoir déjà vécu; des poètes l'ont chanté et, au fond, les enfants le savent bien, jusqu'au moment où une constante association avec des personnes qui n'y croient pas en chasse le souvenir de leur mental. Cependant, comme notre cerveau actuel n'a eu aucun rôle dans la vie antérieure, il est généralement incapable de laisser filtrer la mémoire du passé; et c'est une très bonne chose, car nous serions bien malheureux si les actions et les scènes de nos existences précédentes n'étaient pas cachés à notre vue - cela jusqu'au jour où, par une discipline appropriée, nous deviendrons capables de supporter cette prise de conscience. En vivant selon les préceptes de l'âme, le cerveau pourra finalement être rendu perméable à la mémoire de l'âme; dès lors,nos vies passées nous seront comme un livre ouvert.

 

Une autre objection à la réincarnation provient d'une conception erronée de la véritable nature de l'homme. Certains disent qu'ils n'aimeraient pas être une personne différente dans une vie nouvelle, car comment reconnaîtraient-ils leurs amis si eux-mêmes, aussi bien que ceux-là, devaient changer de personnalité ? Si la réincarnation est la Loi, nos sympathies et nos antipathies n'entrent pas en ligne de compte. Néanmoins, dans une vie future, nous ne serons pas quelqu'un d'entièrement différent: dans un vêtement nouveau, réapparaîtra la même individualité qui a vécu auparavant. Si c'est le corps de notre ami que nous avons aimé, il est vrai qu'il n'y a aucun espoir de le revoir dans une incarnation à venir, mais, à moins d'être grossièrement matérialiste, c'est à l'âme de son ami que l'on s'attache. Donc, si l'âme que nous avons aimée réside dans une autre forme physique, la loi voudra que dans une autre naissance nous rencontrions la même âme dans sa nouvelle demeure, sans toutefois la reconnaître en général.

 

L'effet de ces affinités précédentes est néanmoins énorme sur nous. Parfois il nous sauve, parfois il nous damne. Car, dans notre existence, nous pouvons rencontrer une personne ayant sur nous une influence remarquable, en bien ou en mal, en raison d'affinités engendrées au cours de vies antérieures.

 

Certains affirment que l'hérédité contredit la réincarnation. En fait, il n'en est rien. Observons tout d'abord que, l'intelligence qui se réincarne étant immortelle, elle doit exister avant les corps physiques qui lui sont destinés. Nous imaginons généralement que l'immortalité n'a lieu que d'un seul côté, en d'autres termes, nous pensons vivre pour toujours à partir de maintenant, mais, immortalité implique une vie sans commencement aussi bien que sans fin. Par conséquent, ce ne sont pas les parents qui donnent à l'enfant son âme - il est déjà une âme - et les parents ne font que fournir un nouveau corps à l'âme prête à y venir. L'enfant apporte avec lui les qualités de cette âme, ainsi que l'intelligence et les tendances qu'il a édifiées durant ses nombreuses existences antérieures sur terre. Il ne peut donc venir que dans une famille possédant des caractéristiques similaires, et susceptible de lui offrir une opportunité pour son évolution future, car il est déjà lié à cette famille en raison d'incarnations passées et de causes mutuellement engendrées. Cela expliquera comment des parents actuellement bons peuvent avoir un enfant méchant. Parents et enfant étaient indissolublement liés par des actions de jadis: c'est maintenant une chance de rédemption pour l'enfant et l'occasion d'une sorte de châtiment pour les parents. Quoique l'hérédité soit la règle naturelle qui gouverne les corps, nous constatons en fait de grandes différences inhérentes pour ce qui est des caractères qui s'expriment dans les corps. Il apparaît donc que la transmission des traits physiques et des particularités mentales (lorsqu'elle se produit) ne réfute pas la réincarnation. De semblables transmissions constituent précisément le mode choisi par la nature pour fournir à l'Intelligence qui s'incarne l'instrument et le milieu convenables avec lesquels elle peut continuer son travail.

 

De plus, ceux qui se basent sur l'hérédité dans leurs objections à la réincarnation, mettent l'accent sur les ressemblances constatées et négligent les divergences. Chaque mère sait que les enfants d'une famille sont aussi différents que les doigts d'une main. Ils sont tous issus des mêmes parents, cependant tous se distinguent par le caractère et les capacités. Seule la loi de la renaissance peut expliquer l'apparition d'un génie,ou d'un grand esprit,dans une famille privée de ces hautes qualités, de même qu'elle seule peut expliquer l'extinction dans une famille du génie manifesté par un ancêtre. Napoléon naquit dans une famille n'ayant avec lui rien de commun sous l'angle de la force et de la puissance. Lui-même déclara qu'il était Charlemagne. Ce n'est qu'en lui attribuant une longue série de vies, fournissant la ligne réelle d'évolution rendant compte de son intelligence et de sa nature, que nous pouvons avoir la moindre idée de la raison de l'apparition d'un Napoléon, ou de tout autre grand génie. Encore plus frappant est sans doute le cas de Blind Tom, un enfant noir dont la famille n'avait absolument pas pu connaître le piano, instrument moderne, et transmettre une telle connaissance aux atomes du corps de ce prodige: il avait cependant un grand don musical et connaissait la gamme tempérée du piano actuel, démontrant ainsi qu'il existait à l'intérieur de ce corps une Intelligence douée d'une éducation musicale supérieure. Dans le cas du musicien Bach, nous voyons que l'hérédité physique ne compte guère si l'être intérieur lui-même n'est pas avancé, car son génie ne fut pas héréditaire : il disparut finalement par degrés, abandonnant définitivement la ligne familiale.

 

De manière semblable, on a vu des races atteindre un niveau élevé de puissance et de gloire pour tomber ensuite en décadence. La grandeur d'une race, quelle qu'elle soit, est due à l'intelligence des âmes qui s'incarnent en elle. Quand ces âmes ont acquis toute l'expérience possible que cette race particulière pouvait leur fournir, elles l'abandonnent et s'incarnent ailleurs. L'économie de la nature ne permet pas à la race physique, dans sa manifestation extérieure, de disparaître de façon subite. Aussi, selon la loi d'évolution, d'autres Ego humains moins avancés viennent alors s'incarner dans les corps qui leur sont fournis pour leur usage. Ces Ego inférieurs sont incapables de se tenir à la hauteur de leurs prédécesseurs et, bien que chaque nouvelle génération acquière autant d'expérience qu'il lui est possible, on observe un déclin graduel et, avec le temps, la race finit par s'éteindre. Les Coptes comparativement ignorants et dégradés de l'Égypte actuelle sont animés par de tels Ego moins évolués, qui s'incarnent maintenant dans une race qui fut jadis la gloire du monde, tandis que les Ego qui avaient créé cette civilisation avancée ont repris naissance dans les nations de l'Europe et de l'Amérique. L'existence de ce qu'on appelle les sauvages est expliquée de la même manière : ils représentent les survivants de races qui sont en train de mourir, et apparaissent ici-bas à cette période de déclin adaptée à leur stade d'évolution. Un processus analogue a lieu dans nos cités modernes. Les habitants d'une zone jadis recherchée viennent prendre résidence dans un nouveau quartier, en laissant leurs anciennes habitations à d'autres moins fortunés. Ces derniers, après un certain temps, déménagent à leur tour et une classe encore plus pauvre s'y installe, et ainsi de suite jusqu'au moment où, à la suite d'un long usage, les constructions se délabrent et tombent en ruine.

 

Les pensées et les actions collectives des Intelligences qui constituent une nation sont aussi pour elle à l'origine des guerres, épidémies, famines et même cataclysmes de la nature qu'elle a à subir. C'est là la seule explication des guerres périodiques qui ont déchiré l'Europe. Chaque fois, la cause apparente de ces conflits n'a été que l'occasion d'une précipitation d'invisibles forces accumulées, produites par ces Egos impliqués dans la lutte. Au cours de lointaines civilisations précédentes, ces Egos avaient créé jadis les causes dont les effets destructeurs devaient maintenant être affrontés. Et ainsi les Egos continueront à se réincarner jusqu'au jour où toutes les haines et toutes les violences auront été réglées et extirpées, quel que soit le nombre de siècles qui devront s'écouler avant que survienne un tel âge d'or. Nous voyons ainsi comment d'autres guerres pourraient avoir lieu dans un avenir peut-être très proche, car d'autres Egos ayant produit des causes analogues à celles qui ont amené la dernière guerre se réincarneront ensemble et auront leurs propres différends à régler. La manière dont ces contentieux seront effectivement réglés dépendra du degré de clarté mentale des antagonistes, ainsi d'ailleurs que de l'exemple que nous-mêmes leur auront donné. L'histoire tend à se répéter: si nous pouvons créer une base de conduite individuelle et nationale fondée sur la justice et la considération mutuelle, nous aurons rendu le plus grand des services à la postérité; car des principes et des actions justes constituent un fondement plus solide pour le développement national qu'une prospérité commerciale qui, sans eux, ne peut que nourrir l'ambition égoïste et la cupidité. Nous devons aussi nous rappeler que nous construisons pour un futur auquel nous participerons car, de même que nous sommes actuellement les héritiers de notre passé, nous reviendront sur la scène comme héritiers de l'actuel présent, pour recueillir les résultats de nos actions d'aujourd'hui. C'est donc un avertissement pour chaque individu faisant partie d'une race ou d'une nation: s'il tombe dans l'indifférence, en pensée et en action, en se coulant dans le moule de la moyenne générale de sa race ou de sa nation, ce karma racial et national finira par l'entraîner dans la destinée générale. C'est pourquoi les Maîtres des temps anciens ont donné cette injonction: "Sortez des rangs et ne suivez pas la foule".

 

Le mot réincarnation n'implique pas l'idée d'un retour sur terre dans des formes animales. "Une fois un homme, toujours un homme". Après avoir amené sur ce plan d'expérience le Penseur immortel, l'évolution ne peut le renvoyer au règne animal, car, de même que le sang du corps est empêché par les valvules de refluer en arrière et d'engorger le coeur, ainsi, dans le grand système de la circulation universelle, la porte s'est refermée derrière le Penseur et interdit sa rétrogradation.

 

La supposition que Jésus n'aurait pas enseigné la réincarnation constitue, peut-être, l'objection principale des chrétiens. Ils oublient que Jésus était juif ; selon sa propre affirmation, sa mission ne concernait que ce peuple. Cependant, d'une certaine manière, les juifs ont cru à cet enseignement et Jésus devait bien le connaître. Comme il a confirmé cette doctrine dans des occasions différentes, chaque fois qu'un chrétien la nie, il oppose par là son propre jugement à celui de son Maître. Dans ce temps-là, en effet, on s'attendait au retour sur terre de nombreux prophètes et conducteurs d'hommes, parmi lesquels Moïse et Elie; ainsi le peuple comptait-il les voir réapparaître dans le cours du temps. Cela expliquerait la réponse de Jésus aux disciples qui lui annonçaient le nouvelle de la mort de saint Jean-Baptiste. Il fit la remarque que Hérode avait tué Jean ne sachant pas que c'était Elie"qui devait venir". Ailleurs, selon saint Matthieu (XV11.12), Jésus déclare: "Elie est déjà venu et ils ne l'ont point reconnu". Quand l'aveugle de naissance fut amené en présence du Maître, les disciples demandèrent quelle pouvait bien être la raison d'une telle punition et si c'était l'aveugle ou bien ses parents qui avaient péché; cela implique une croyance commune dans la doctrine de la réincarnation car, un nouveau-né n'ayant pu commettre de péché avant sa naissance, la faute devait remonter à une existence antérieure à celle où la cécité se manifestait maintenant. Si l'enseignement était erroné, c'était alors pour Jésus l'occasion de le contester et de le rejeter pour toujours. En fait, Jésus esquive la question mais ne réfute pas la doctrine. Dans son Épître  aux Romains (, 11-13), saint Paul évoque Jacob et Ésaü et parle de l'amour du Seigneur pour l'un et de sa haine pour l'autre, avant leur naissance. De toute évidence, le Seigneur, ne pouvant aimer une chose inexistante, l'idée serait que Jacob et Ésaü avaient été respectivement bon et mauvais dans leurs vies précédentes et que pour cette raison, le Seigneur - Karma - "aimait" l'un et "haïssait" l'autre, avant qu'ils ne naissent sous le forme de Jacob et d'Ésaü. Saint Jean, dans l'Apocalypse (, 12) affirme que l'homme qui aura vaincu ne "sortira jamais plus". Si l'on nie la réincarnation, ces mots ne sont que pure rhétorique, tandis qu'ils deviennent très clairs si l'on songe que l'homme qui parvient finalement à s'affranchir des illusions de la matière n'aura plus à se réincarner. À la suite des disciples vinrent les premiers Pères de l'Église dont certains, comme Origène, parlèrent ouvertement de la réincarnation. Face à l'influence croissante de ce grand pionnier de l'exégèse, il arriva (bien après sa mort) que certains personnages influents (dont l'empereur Justinien) cherchèrent à l'évincer. En 543 après J.-C., un synode condamna l' ''Origénisme" et le nom d'Origène parut dans les anathèmes prononcés dans les textes du Concile de Constantinople (en 553). C'est ainsi que la doctrine fut perdue pour le monde occidental, sans être d'ailleurs clairement condamnée par l'Église jusqu'à ce jour.

 

En examinant la vie, son but évident et toutes les expériences qui s'offrent à l'homme, on est forcé de conclure qu'une seule existence ne peut suffire pour accomplir tout ce qui est visé dans les plans de la nature, sans parler de ce que l'homme lui-même peut désirer faire, car il existe en lui une vaste gamme de pouvoirs latents qui sont susceptibles de se développer si le temps et les opportunités lui sont donnés. Une connaissance d'une portée infinie s'offre à lui. Nous nourrissons des aspirations élevées sans avoir le temps nécessaire pour les réaliser, et pendant ce temps les troupes innombrables des passions et désirs, des motifs et ambitions égoïstes luttent entre elles et contre nous, et nous poursuivent jusqu'aux portes de la mort. Tout cela doit être subjugué et utilisé. Le seul fait de mourir ne saurait éliminer nos défauts, ni nous apporter la connaissance. Si nous supposons que la toute connaissance et la pureté nous seront données en entrant au Ciel, nous rabaissons complètement cet état et ôtons à la vie toute signification.

 

La réincarnation est "l'accord perdu" du christianisme qui manque à son harmonie, car c'est en elle, et dans la doctrine jumelle de karma, que se trouve la réponse à tous les problèmes de la vie. C'est dans ces deux enseignements essentiels que gît la force qui pourrait pousser les hommes à mettre réellement en pratique l'éthique qu'ils ne connaissent qu'en théorie. L'impulsion à la bonne conduite ne doit pas être basée sur un simple sentiment, ou une foi, mais sur des lois qui opèrent universellement et ne peuvent être éludées. Karma et la réincarnation font clairement ressortir la responsabilité qui revient à chaque homme pour les conditions particulières dans lesquelles il se trouve. Ceci est en opposition directe avec l'irresponsabilité inculquée par les théologiens chrétiens ; ils enseignent en effet que nous sommes en essence des pécheurs et des êtres faibles, incapables de rien faire par nous-mêmes, mais que pourtant nos péchés nous seront pardonnés si nous croyons que le Christ est mort pour nous. Si une semblable chose se passait réellement, elle irait à l'encontre de la justice. Le fait que nous tentions aujourd'hui d'esquiver les effets de nos actions passées découle largement de ce que nous acceptons à la lettre certaines doctrines chrétiennes qui ont un sens absolument différent de celui que Jésus leur attachait.

 

L'inquiétude qui prévaut de nos jours n'est que le produit final de siècles de conceptions matérialistes basées sur la croyance en une vie unique sur la terre. Cette notion erronée a engendré la férocité de la lutte pour l'existence, avec son égoïsme et la souffrance qui l'accompagne. Le mot justice n'a pas de sens réel pour les humains, car ils ont perdu toute perception d'une Loi immuable, absolument incontournable. Bien que l'effet de son fonctionnement même se traduise par ce que les hommes dans leur aveuglement appellent injustice, il s'agit en fait de la Loi Divine de Justice qui ramène l'équilibre rompu par l'ignorance et l'égoïsme des hommes. C'est là ce qu'on appelle KARMA.

 

Même si ces doctrines semblent sévères et implacables, elles nous apportent aussi un encouragement. La réincarnation donne à l'être humain l'opportunité d'essayer et d'essayer encore, avec l'assurance que "chaque effort sincère apportera en son temps sa récompense". Ainsi, que ceux qui sont abattus, sans espoir, dans les lieux obscurs de la terre, reprennent courage; que ceux qui vivent dans le désarroi, avec le coeur en proie au doute, apprennent qu'il existe une solution à toutes leurs difficultés. La mère privée de son enfant, le mari, ou la femme, abandonné dans une solitude glaciale, peuvent trouver une consolation, car ils rencontreront de nouveau l'être cher, reprendront les fils brisés de l'affection et en feront ensemble un tissu nouveau, et plus beau. C'est ainsi que ces enseignements de l'Antique Sagesse comblent les désirs du cœur et offrent à l'intelligence sa plus grande envolée.

 

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