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buddha 3 

Nous ne savons rien du sommeil, bien que nous prétendions en faire l'expérience. Ce que nous savons, c'est que nous devenons somnolents — autrement dit, que le corps s'épuise progressivement — mais, en fait, le sommeil ne vient jamais à nous. Nous sommes éveillés pendant la journée, nous sommes conscients, nous pensons. Mais notre pouvoir de voir et de connaître pendant la veille s'applique presque uniquement aux choses extérieures, de nature matérielle, si bien que ce que nous appelons connaissance — connaissance de veille — consiste en pratique, à appliquer toutes nos facultés à l'existence physique, à l'exclusion de toute autre. (C.T. 183)

 

Quand nous sommes éveillés, dans la journée, nous agissons extérieurement par le biais des organes du corps qui servent à transmettre et recevoir des impressions. La nuit, cette activité cesse : il est dit alors que nous dormons. Mais comment pouvons-nous savoir que nous sommes conscients pendant ces heures de la nuit ? Parce que, à l'état éveillé, nous pouvons dire : «J'ai rêvé», sans mettre aucunement en doute notre identité pendant le rêve. Nous y étions également conscients de disposer de tous nos sens ; avec, apparemment, le pouvoir de nous mouvoir. Malgré l'état endormi du corps dans la condition que nous appelons le sommeil profond, nous étions encore des êtres vivants, agissants et conscients. Il n’est probablement pas difficile de concevoir que nous sommes également conscients pendant la plus grande partie du repos nocturne passée dans ce que l’on appelle le "sommeil sans rêve" du corps ; que notre activité y est d’une nature plus élevée et plus subtile que pendant l’état de veille ; qu’il est possible de conserver un contrôle conscient sur cette activité — d’en ramener dans notre cerveau, utilisé pendant la journée, la mémoire de toute action sur chaque plan intérieur de l’être. L’âme — l’Homme Réel — avec toutes ses expériences passées, est parfaitement éveillée quand le corps est endormi. Pour l'âme, le temps de la nuit c'est le temps du jour du corps. Toutefois, c'est seulement dans des cas exceptionnels qu'un être humain sait qu’il est conscient en permanence ; que cette Conscience ne peut jamais s’arrêter.

 

Nous pouvons constater la continuité de la conscience dans le fait que nous sommes capables de reprendre, chaque jour de notre vie, l’activité de la veille et des jours précédents. (C.T. 182)

 

Q. — En quoi consiste donc le processus de l'endormissement ?

 

R. — La physiologie l'explique partiellement. Selon l'Occultisme (1), il faut invoquer l'épuisement périodique et régulé des centres nerveux, et surtout des ganglions sensoriels du cerveau, qui se refusent à agir plus longtemps sur ce plan, et qui, à moins de devenir inaptes au travail, sont obligés de récupérer leur force sur un autre plan ou upâdhi (2). D'abord vient svapna (3) l'état de rêve, et celui-ci conduit à l'état de l’état sushupti (4). Or, il faut se souvenir que nos sens sont tous doubles et agissent selon le plan de conscience sur lequel l'entité pensante est active. Le sommeil physique lui offre la plus grande facilité d'agir sur les différents plans ; en même temps c'est une nécessité, afin que les sens puissent récupérer et obtenir, de svapna et de sushupti, un nouveau bail de vie en jagrata (5) (l’état de veille). Selon le râja yoga, l'état turîya (6) est le plus élevé. De même qu'un homme épuisé par un état du fluide de vie en cherche un autre, ou que, par exemple, écrasé par l'air chaud, il se rafraîchit avec de l'eau froide, de même le sommeil offre l'abri ombragé dans la vallée de la vie brûlée de soleil.

 

  Notes :

(1) Dans l'enseignement de Mme Blavatsky, l'Occultisme véritable est utilisé au sens le plus noble, comme synonyme de yoga spirituel et n'a que peu de rapports avec la divination et autres arts occultes.

(2) En sanskrit : base : le véhicule porteur de quelque chose de moins matériel que lui-même ; comme le corps humain est l'upâdhi de son esprit, l'éther l'upâdhi de la lumière, etc. ; un moule ; une substance qui définit ou qui limite.

(3) En sanscrit : Une condition extatique ou de rêve. La clairvoyance. L’un des quatre aspects de Pranava : une pratique du Yoga.

(4) En sanscrit : sommeil profond ; un des quatre aspects de Pranava.

(5) En sanscrit : état de veille de la conscience. Lorsqu'il est mentionné en philosophie yoguique, Jâgrata-avasthâ est la condition éveillée, une des quatre étapes de pranava dans les pratiques ascétiques en usage chez les yogis.

(6) En sanscrit : Une condition qui appartient à la transe la plus profonde – le quatrième état du Râja Yoga Târaka, celui qui correspond à Atma.

Le sommeil est un signe que la vie de veille est devenue trop forte pour l'organisme physique, et que la force du courant de vie doit être brisée en changeant la veille pour le sommeil. (…) la personne commence à être trop fortement saturée de Vie ; l'essence vitale est trop forte pour ses organes physiques et elle doit chercher refuge dans le côté ombragé de cette essence, côté qui est l'élément du rêve (ou le sommeil physique) — l'un des états de la conscience. (Les rêves et l’éveil intérieur)

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II y a en nous quelque chose qui entre dans l'état qu'on appelle les rêves, dans celui qu'on appelle le sommeil sans rêve et celui qu'on appelle la mort. Il est absolument impossible de comprendre les états que nous expérimentons et d'où nous émergeons autrement qu'en postulant qu'il existe un Ego, qui pense, perçoit, connaît, fait des expériences, qui accède à ces états, puis les quitte, et que cet Ego (qui est l'homme réel) garde son intégrité à travers toutes ces expériences.

 

Nous sommes une identité qui perdure. De la naissance à l'instant présent, nous sommes passés par de nombreux changements, mais notre identité n'a pas changé, quels qu'aient été, et que soient, ces changements. En nous accrochant fermement en pensée à cette idée, nous finirons par réaliser qu'il y a en chacun de nous une nature immortelle ; qu'elle est d'essence divine et non soumise aux changements, car Elle est permanente. (C.T. 183)

 

Une véritable compréhension peut être acquise par quiconque, et en tout lieu, grâce à ce qui est appelé dans un texte ancien (la Mundaka Upanishad) le processus de "rasage". Il s'agit d'éliminer tout ce qui n'est pas le Soi. En effet, rien de ce que nous pouvons voir n'est le Soi, ni rien de ce que nous pouvons entendre, sentir, goûter ou savoir. C'est le Soi qui perçoit tout à l'aide de ses instruments, tout en n'étant aucun de ces objets. Pas plus que nous ne sommes aucune des expériences que nous avons vécues, vivons, ou vivrons jamais. Nous sommes ce qui fait l'expérience, et non un quelconque de ces changements. Nous ne sommes aucun des processus que nous traversons chaque jour, en passant du sommeil à l'état de veille, ou de la vie à la mort, selon la loi universelle. Nous ne dormons jamais, NOUS ne mourrons jamais. Le sommeil n'est que la réaction du corps, et pendant que ce dernier est endormi, NOUS continuons de penser, de percevoir et d'expérimenter pendant l'état de rêve, et ensuite dans les états du sommeil profond, où nous goûtons la pleine soi-conscience spirituelle. (C.T. 184)

 

Nous touchons ici un paradoxe de la Vie : tenant sa permanence et sa continuité de l'Esprit éternel, qui pour elle représente un centre de gravité immuable, l'âme, dans son contact avec le monde objectif, est perpétuellement soumise au mouvement, à la pulsation rythmique de la vie. Mais dans cette pulsation, elle s'individualise ; dans ses interactions incessantes avec les autres âmes, elle s'enrichit et enrichit les autres ; ses instruments d'action et de perception se perfectionnent jusqu'au moment où ils permettent à l'âme de s'y réfléchir comme conscience individuelle, permanente, capable d,'une pensée libre et d'une volonté active dans la vie incarnée, le sommeil, comme dans la mort. C'est là la clef de l'émancipation de la conscience qui ouvre la voie de l'union finale consciente recherchée entre l'Âme et l'Esprit dans ce que les Bouddhistes appellent le Nirvana.

 

C'est ainsi que procède l'évolution : tous les êtres, sans exception, ont les mêmes capacités en puissance, ils ne les développent cependant qu'en suivant individuellement le long pèlerinage tracé par la Nature. Sur cette voie, il n'y a pas de grâce divine pour l'homme, qui ne progresse qu'au prix de ses efforts personnels.

 

L'être humain est comme une lyre à sept cordes dont chacune correspond à un plan de conscience et de substance particulier avec lequel l'Âme entre en relation. La conscience de veille ne répond qu'à une seule de ces cordes. Le cerveau, accordé sur cette tonalité, n'est pas encore entraîné à vibrer en résonance avec les autres cordes, ce qui nous interdit de garder le souvenir conscient des autres états d'expérience de l'Âme. C'est ainsi que chaque nuit, dans le sommeil profond, l'Ego se trouve sur un plan de conscience où il pense et agit sans que nous n'en soupçonnions rien au réveil. Dans l'hypnose, l'état d'anesthésie, l'extase mystique, l'homme intérieur connaît d'autres conditions d'expérience dont le cerveau, faute d'entraînement, ne retient que peu de chose. (C.T. 19)

 

Chez la personne ordinaire en bonne santé, les sens astraux sont inextricablement unis au corps, et limités par l'appareil physique qu'offre ce dernier durant l'état de veille. Et ce n'est que dans le sommeil, l'état hypnotique ou de transe, ou encore grâce à un entraînement des plus sévères, que ces sens peuvent fonctionner d'une façon relativement indépendante. C'est ce qu'ils font dans le sommeil où ils vivent d'une autre vie que celle que leur imposent la force et les nécessités de l'organisme éveillé. (C.T. 22)

 

Les rêves sont parfois le résultat de l'action cérébrale qui se poursuit automatiquement ; ils sont aussi dus à l'homme intérieur véritable qui transmet à l'intérieur du cerveau les scènes et les idées, nobles ou vulgaires, que cet être réel a vues pendant le sommeil du corps. Elles s'infiltrent alors dans le cerveau comme si elles flottaient sur l'âme au moment où celle-ci reprend possession du corps. Ces rêves peuvent être utiles, mais généralement la reprise de l'activité corporelle en détruit le sens, en dénature l'image, et rend tout confus. Le fait majeur de tout rêve c'est qu'il y a quelqu'un qui y perçoit et y éprouve des impressions et c'est là un des arguments en faveur de l'existence de l'être intérieur. Pendant le sommeil, l'homme intérieur est en communion avec des intelligences supérieures, et il réussit parfois à imprimer dans le cerveau ce qu'il a acquis — qu'il s'agisse d'une idée élevée ou d'une vision prophétique — ou bien il n'y parvient pas, en raison de la résistance des fibres du cerveau. La signification d'un rêve est aussi déterminée par le karma de la personne, car un roi peut rêver de ce qui concerne son royaume, tandis que le même rêve, fait par un de ses sujets, n'aura aucune portée pratique. Ainsi que l'a dit Job : " Dans les songes et les visions nocturnes, l'homme reçoit l'instruction. " (Océan de Théosophie)

 

Comme nous évoluons sur le plan physique, nos idées concernent presque exclusivement la matière "tridimensionnelle", et nous ne sommes pas plus conscients des états intérieurs de notre être que du plan physique quand nous dormons, et que nous sommes complètement coupés du monde extérieur, de ce qui arrive à nos amis, à notre pays et au monde en général, lesquels n’ont alors plus aucune importance pour nous. Pourtant ces domaines intérieurs de notre nature recèlent une vie intense, et ils ont une mémoire. Le Penseur qui emploie le cerveau à l’état de veille agit simplement sur un autre plan de la matière, utilisant ainsi un autre plan de la mémoire. Chaque plan de conscience possède sa mémoire propre.

 

Lorsque nous disons "j’étais endormi", cela signifie que notre corps expérimentait le sommeil, et que pendant ce temps, nous avions complètement quitté ce plan. Nous sommes ensuite revenus de ces plans intérieurs à celui-ci, reprenant la mémoire de l’état de veille où nous l’avions laissée, et avons laissé derrière nous le souvenir de ce qui s’est passé de l’autre côté. Notre instrument physique n’a rien enregistré de ces plans intérieurs ; notre cerveau n’ayant pas été entraîné dans ce sens, il est incapable de traduire ces plans de conscience, excepté dans le cas de certains souvenirs partiels, ceux qui se produisent en rêve, par exemple.

 

Nos rêves prouvent que nous vivons et agissons sur ces plans intérieurs ; en effet, nous pensons, parlons, sentons, goûtons et nous mouvons dans nos rêves, en tant qu’individus, et nous ne remettons alors jamais notre identité en question, pas même lorsque la personnalité qui s’y présente est celle d’une incarnation antérieure. L’état de rêve est très proche de celui du moment du réveil, cet état intermédiaire entre le sommeil et la veille, si bien que nous sommes en mesure d’enregistrer dans les cellules du cerveau ce qui s’est passé avant de nous réveiller et de nous en souvenir. Au delà de l’état de rêve, qui n’occupe qu’une durée très courte du sommeil, existe une large gamme de pensées et d’activités humaines. Nous y pénétrons encore et encore, jusqu’à ce que nous soyons tout près de la source de notre être même, là où le Penseur est à l’œuvre, où il sait tout ce qu’il a été dans le passé — toutes ses incarnations passées — où il se voit et se connaît tel qu’il est. C’est là que se trouve rassemblée en un tout homogène la mémoire de toutes les expériences qu’il a traversées. (C.T. 181)

 

Nous pourrions bien comparer l'Ego réel à un prisonnier et la personnalité physique au geôlier de sa prison. Si le gardien se met à sommeiller, le prisonnier s'échappe ou, du moins, passe hors des murs de sa prison. Le geôlier est à demi endormi : pendant tout ce temps, en dodelinant du chef, il regarde par une fenêtre, d'où il ne peut apercevoir son prisonnier que par moments, comme une sorte d'ombre allant et venant devant la fenêtre. Mais que peut-il saisir, et que peut-il savoir des actes réels et surtout des pensées de celui qu'il garde ?

 

L’Ego réel ne pense pas comme le fait sa personnalité évanescente et temporaire. Pendant les heures de veille, les pensées et la Voix de l'Ego supérieur parviennent ou non à toucher le geôlier — l'homme physique — car elles constituent la Voix de sa Conscience ; par contre, durant son sommeil, elles sont absolument comme la «Voix dans le désert». Dans les pensées de l'homme réel, ou de l' «Individualité» immortelle, les images et visions du passé et de l'avenir sont comme le présent ; et ses pensées ne sont pas, comme les nôtres, des images subjectives dans le champ de notre activité cérébrale mais des actes et des faits vivants, d'effectives réalités présentes. Ce sont des réalités, tout comme elles l'étaient à l'époque où le langage articulé en sons n'existait pas, quand les pensées étaient des choses, et que les hommes n'avaient pas besoin de les exprimer en paroles ; car elles se traduisaient sur-le-champ en actions par le pouvoir de kriyashakti (7) — ce mystérieux pouvoir qui transforme instantanément les idées en formes visibles — et celles-ci étaient aussi objectives pour l' «homme» des débuts de la troisième Race (8), que les objets visibles le sont actuellement pour nous.

 

Notes : 

(7) En sanskrit, littéralement, le pouvoir de création de la pensée.

(8) Allusion au très lointain passé de l'humanité : la «troisième Race» dont il est question ici venait collectivement d'accéder à la conscience réfléchie et à la pensée intelligente.

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L’Ego est hautement spirituel et est lié très étroitement aux principes supérieurs, Buddhi et Âtma (9). Ces principes supérieurs sont entièrement inactifs sur notre plan, et l'Ego supérieur (Manas) (10) est lui-même plus ou moins somnolent pendant l'état de veille de l'homme physique. C'est particulièrement le cas chez des personnes d'un mental très matérialiste. Si endormies sont les facultés spirituelles — tellement l'Ego est entravé par la matière — qu'Il (11) ne peut guère donner toute son attention aux actions de l'homme, même si ce dernier commet des péchés pour lesquels cet Ego — une fois réuni à son manas inférieur — devra souffrir conjointement dans l'avenir. Ce sont, comme je l'ai dit, les impressions projetées dans l'homme physique par cet Ego qui constituent ce que nous appelons la «conscience» (12) ; et dans la mesure où la personnalité, l'âme inférieure (ou manas inférieur), s'unit à sa conscience (13) supérieure, ou son EGO, l'action de celui-ci sur la vie de l'homme mortel devient plus marquée. (Les rêves et l’éveil intérieur)

 

 Notes :

(9) Dans la classification théosophique des principes constitutifs de l'homme, Atma correspond à l'Esprit, pur et universel, qu'on ne peut guère séparer de l'Absolu, et Buddhi est en quelque sorte son véhicule, l'aspect universel et divin de l'âme qui relie l'individu au Tout unique.

(10) En sanscrit MANAS littéralement "le mental", la faculté intellectuelle qui fait de l'homme un être intelligent et moral, et le distingue du simple animal ; synonyme de Mahat. Esotériquement, cependant, il signifie, lorsqu'il ne possède aucun qualificatif, l'Ego Supérieur ou le Principe conscient qui se réincarne dans l'homme. Lorsqu'il possède un qualificatif, les Théosophistes l'appellent Buddhi-Manas ou Ame Spirituelle par opposition à sa réflexion humaine – Kâma-Manas.

(11) H.P.B. emploie ici le pronom neutre It (traduit par Il) pour signifier sans doute que l'Ego n'est pas une entité masculine ou féminine.

(12) En anglais : conscience, la conscience morale qui distingue le bien du mal.

(13) En anglais : consciousness, la conscience d'être.

Nous appliquons le pouvoir de notre intelligence à considérer et exploiter des choses matérielles — lesquelles relèvent d'un état d'être inférieur au nôtre — si bien que nous nous y impliquons. Le cerveau dont nous nous servons réagit presque exclusivement à ces préoccupations d'un ordre inférieur, au point que, lorsque nous retournons à ce cerveau, au réveil, aucune de ses parties n'aura gardé la moindre impression, le moindre enregistrement de ces états de conscience que nous avons expérimentés.

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Si nous commençons à penser correctement, nous donnons une direction à cette Force Spirituelle qui est l'essence même de notre nature. Qu'un homme se mette à penser correctement, à penser et agir sans égoïsme, en faisant cela, il est certain qu'il va ouvrir les canaux de son cerveau à une mesure de plus en plus grande de perception et de compréhension de sa propre nature. A un certain stade, il sera capable de comprendre qu'il n'y a jamais d'interruption pour lui, que son corps soit éveillé ou endormi, ou qu'il rêve, ou même qu'il y ait pour le corps un état qu'on appelle la mort. (C.T. 183)

 

Même la connaissance obtenue durant l'état L’état Sushupti doit être considérée de ce plan comme théorique, et susceptible, au moment de là reprise de possession du corps, de se mêler à l'erreur et aux idées préconçues que nourrit le mystique à l'état de veille, si nous la comparons à la connaissance véritable acquise au cours des diverses initiations. En dehors des mystères de l'initiation, le mystique ne peut recevoir aucune garantie que ses expériences, ses recherches, la connaissance qu'il obtient dans un état quelconque de conscience sont exactes.

 

Tous ces états variés sont nécessaires à la croissance. Jagrata, notre état de veille où tous nos organes, sens et facultés des plans physique et vital trouvent leur champ nécessaire d'expérience et de développement, est indispensable au soutien de l'organisme physique. Swapna, l’état de rêves, qui comprend tous les divers états de conscience intermédiaires entre Jagrata et Sushupti, tels que le somnambulisme, la transe, les rêves, les visions, etc., est nécessaire pour permettre aux facultés physiques de se reposer et aux facultés émotionnelles et astrales inférieures de vivre, de devenir actives et de se développer ; et Sushupti est nécessaire afin que la conscience des états Jagrata et Swapna puisse trouver le repos, et que le cinquième principe, qui est le principe actif en Sushupti, se développe par un exercice approprié.

 

Dans l'étal L’état Sushupti, il se peut qu'on trouve ou non l'objet de sa recherche ardente, et, dès qu'on l'a découvert et qu'on désire en ramener le souvenir dans la conscience normale, à ce moment même prend fin l'état l’état Sushupti.

 

Alors même que les voies de pénétration dans la conscience inférieure sont ouvertes, la connaissance rapportée de l'état Sushupti peut, par suite des distractions et des difficultés qui se présentent sur les routes directes ou indirectes ascendantes et descendantes, se perdre en chemin, partiellement ou complètement, ou se mêler à de fausses idées ou à des erreurs. (C.T. 14)

 

La nature et les fonctions des rêves réels (les véritables rêves et expériences de l'Ego supérieur, qu'on appelle aussi des rêves, mais qu'on ne devrait pas nommer ainsi) ne peuvent être comprises à moins d'admettre, dans l'homme mortel, l'existence d'un Ego immortel, indépendant du corps physique. si nous admettons l'existence en nous-mêmes d'un Ego supérieur, ou permanent — Ego qui ne doit pas être confondu avec ce que nous appelons le «Soi Supérieur» (14) — nous pouvons comprendre que ce que nous considérons souvent comme des rêves, et prenons généralement pour de vains fantasmes, ce sont, en réalité, des pages éparses arrachées au livre de la vie et des expériences de l'homme intérieur, et dont les vagues souvenirs, au moment du réveil, deviennent plus ou moins dénaturés par l'action de notre mémoire physique. Celle-ci saisit mécaniquement quelques impressions subsistant des pensées, des faits observés, des actes accomplis par l'homme intérieur durant ses heures d'entière liberté. Car notre Ego vit sa propre vie séparée, dans sa prison d'argile, dès qu'il s'affranchit des entraves de la matière, c'est-à-dire pendant le sommeil de l'homme physique. C'est cet Ego qui est l'acteur, l'homme réel, le véritable soi humain. Mais l'homme physique ne peut sentir ni être conscient pendant les rêves ; car la personnalité, l'homme extérieur, avec son cerveau et son appareil à penser, se trouve alors plus ou moins complètement paralysé.

 

Note :

(14) C'est-à-dire l'Atman des écritures indiennes — l'Esprit divin, inséparable du Soi Un et Universel.

 

Pendant le sommeil, la mémoire et l'imagination physiques sont naturellement passives, parce que le rêveur est endormi : son cerveau est endormi, sa mémoire est endormie, toutes ses fonctions sont assoupies et en repos. C'est uniquement lorsqu'elles sont stimulées, (…) qu'elles entrent en activité. Ainsi la conscience du dormeur n'est pas active, mais passive. Toutefois l'homme intérieur, l'Ego réel, agit indépendamment pendant le sommeil du corps.

 

Le Soi est l'Ego réel, et il vit et agit, quoique sur un plan différent. La vie extérieure est un «rêve» pour cet Ego, tandis que la vie intérieure, ou la vie sur ce que nous nommons le plan du rêve, est, pour lui, la vraie vie.

 

Q. — Qu'est-ce qui rêve alors ?

 

R. — Généralement le cerveau physique de l'ego (ou du moi) personnel, le siège de la mémoire qui émet des lueurs et projette des étincelles comme les braises mourantes d'un feu. La mémoire du dormeur est pareille à une harpe éolienne à sept cordes ; et son état mental peut être comparé au vent qui passe sur les cordes. La corde correspondante de la harpe répondra à celui des sept états d'activité mentale dans lequel se trouvait l'être avant de s'endormir. S'il s'agit d'une douce brise, la harpe ne sera que peu sollicitée ; si c'est un ouragan, les vibrations seront puissantes en proportion. Si l'ego personnel est en contact avec ses principes supérieurs, et que s'écartent les voiles des plans supérieurs, tout sera pour le mieux ; si, au contraire, il est d'une nature animale matérialiste, il n'y aura probablement aucun rêve ; ou si par hasard la mémoire capte le souffle d'un «vent» provenant d'un plan supérieur, du fait que l'impression lui arrivera par l'intermédiaire des ganglions sensoriels du cervelet et non par l'action directe de l'Ego spirituel, elle recevra des images et des sons à ce point déformés et disharmonieux que même une vision paradisiaque du devachan lui apparaîtrait comme un cauchemar ou une caricature grotesque. En conséquence, il n'y a pas de réponse simple à la question : «Qu'est-ce qui rêve ?», car il dépend entièrement de chaque individu qu'un principe ou un autre soit le moteur principal dans les rêves, et que la personne s'en souvienne ou les oublie.

 

Le troisième état, commun à tous, est sushupti, qui a été traduit par l'expression « sommeil sans rêve », qui est cependant inadéquate car, bien que dépourvu de rêves, c'est un état où, par l'intermédiaire de la nature supérieure, même les criminels entrent en communion avec des êtres spirituels et accèdent au plan spirituel. C'est en fait le grand réservoir spirituel grâce auquel est tenue en échec la terrible impulsion qui entraîne l'homme à une vie de mal. Et comme cette communion est involontaire chez ces malfaiteurs, les effets qui en découlent sont toujours salutaires.

 

Les «principes» actifs pendant les rêves ordinaires — qu'il faudrait distinguer des rêves réels, et appeler vaines visions — sont en fait kâma (15) (le siège du moi personnel et du désir) qui se trouve éveillé à une activité chaotique par les réminiscences assoupies du manas (16) inférieur (mental humain).

 

Notes :

(15)  En sanskrit, kâma signifie désir. II s'agit ici dans la constitution de l'homme d'un principe (c'est-à-dire une base indépendante d'action de conscience et de mémoire) qui est le siège du mental-désir, la ligne de démarcation qui sépare l'homme mortel de l'entité immortelle

(16) Mot sanskrit dont la racine man signifie penser. Dans l'homme, la pensée réfléchie est liée à l'activité du principe manas, dont l'aspect inférieur (coordonné avec le cerveau et le principe kâma) se manifeste comme le mental humain et dont l'aspect supérieur (le Manas, écrit avec une majuscule) fait de l'âme humaine permanente, une entité individuelle, intelligente et soi-consciente — un EGO immortel, qui est enraciné dans le divin par sa partie éternelle, appelée Monade dans la littérature théosophique. Cet Ego supérieur, qui transcende largement notre moi terrestre, est notre foyer permanent de conscience, pendant la vie de veille, et de sommeil, ainsi qu'après la mort.

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Il nous faut examiner avec quelque détail ce qui arrive quand on s'endort et qu'on rêve, pour entrer ensuite en sushupti. À mesure que les sens extérieurs s'engourdissent, le cerveau se met à faire réémerger des images qui reproduisent actions et pensées de l'état de veille, puis l'homme ne tarde pas à s'endormir. Il se trouve alors dans un plan d'expériences aussi réel que celui qu'il vient de quitter, bien que d'un genre différent. En gros, nous pouvons séparer cet état de rêve (svapna) d'une part de l'état de veille, par une sorte de cloison imaginaire, et, d'autre part de sushupti, par une deuxième cloison. Le rêveur erre dans cette région jusqu'à ce qu'il commence à s'élever au-dessus d'elle pour pénétrer le plan supérieur. Là, aucune perturbation provenant de l'action du cerveau ne se fait sentir, et dès lors l'être prend part au « Banquet des Dieux » (Selon le mot de Platon), dans la mesure où sa nature le lui permet. Mais il doit revenir à l'état de veille et, pour cela, il n'y a pas d'autre voie que celle qu'il avait empruntée pour le quitter ; étant donné que sushupti s'étend dans toutes les directions et que svapna, en dessous de ce plan, s'étend également dans toutes les directions, il n'y a aucune possibilité pour l'être de revenir directement de sushupti à jagrata. Et ceci est vrai même si au retour il ne reste aucune mémoire d'aucun rêve.

 

Il y a deux façons de monter et de descendre : la voie directe et la voie indirecte. Ce qui fait qu'il peut y avoir beaucoup de perte et de mélange en parcourant ces deux routes.

 

Le duvet de chardon est entraîné de-ci de-là à chaque souffle de vent — décochée par l'arc puissant, la flèche vole droit au but.

 

La voie indirecte est celle du duvet de chardon : en général, l'astral, qui sort quand le corps s'endort, le fait d'une façon diffuse — c'est-à-dire dans un état passif — sans la force adéquate pour le conduire ou pour maîtriser des forces invisibles. Il flotte à la merci de chaque courant de l'astral, récoltant ici et là comme un papillon, mais prenant le bon comme le mauvais indistinctement. Il peut atteindre de hautes sphères mais il y a plus de chances qu'il reste aux niveaux les plus proches du monde physique. Telle est la voie que chacun suit pendant le sommeil, et là se font les rêves. C'est l'état passif où règne le désir — on le traverse parfois à l'état de conscience de veille — mais il échappe à tout contrôle et on ne peut se fier à ce qu'il apporte.

 

Quand le sommeil nous gagne, le moteur et l'instrument de la personnalité inférieure s'arrêtent et ne peuvent plus rien faire, en dehors de ce que nous pouvons appeler des actes automatiques. Le cerveau n'est plus utilisé et par conséquent il n'existe pas de conscience pour lui jusqu'au moment du réveil. Libéré des chaînes physiques et de sa dure tâche quotidienne consistant à vivre et travailler au moyen des organes physiques, l'Ego va jouir alors des expériences que lui offre ce plan d'existence qui est plus particulièrement le sien.

 

Q. — Comment, alors, la philosophie ésotérique explique-t-elle la transmission de ne fût-ce que quelques fragments de ces pensées de l'Ego à notre mémoire physique que celle-ci conserve parfois ?

 

R – De tels fragments sont reflétés sur le cerveau du dormeur, comme autant d'ombres extérieures sur les parois de toile d'une tente que l'occupant voit en se réveillant. L'homme pense alors qu'il a rêvé tout cela, et a l'impression qu'il a, lui-même, vécu quelque chose, alors qu'en réalité ce sont les actions-pensées du véritable Ego qu'il a vaguement perçues. À mesure qu'il s'éveille complètement, ses souvenirs deviennent, à chaque minute, de plus en plus déformés et se mêlent aux images projetées par le cerveau physique, sous l'action du stimulus qui amène le dormeur à s'éveiller. Par le pouvoir de l'association, ces souvenirs mettent en mouvement diverses séquences d'idées.

 

C'est de l'acuité des impressions mentales ressenties par l'Ego intérieur, du degré de spiritualité de ses facultés, que dépend le transfert de l'image des scènes que son cerveau semi-spirituel perçoit, des mots qu'il entend ou de ce qu'il ressent, jusqu'au cerveau physique endormi de l'homme extérieur. Plus est forte la spiritualité des facultés de l'homme intérieur, plus il est aisé pour l'Ego d'éveiller les hémisphères endormis, de stimuler les ganglions sensoriels et le cervelet et d'imprimer sur l'homme extérieur, toujours complètement inactif et au repos pendant le sommeil profond de l'individu, l'image vivante du sujet ainsi transféré. Chez un homme sensuel et nullement spirituel, dont le mode de vie et les tendances et passions animales ont entièrement déconnecté de son « âme spirituelle » supérieure son cinquième principe, ou ego astral animal, ainsi que chez l'homme dont le dur travail physique a épuisé le corps matériel au point de rendre l'individu momentanément insensible à la voix et au contact de son âme astrale, le cerveau, dans chacun de ces cas, reste dans un état d'anémie complète ou d'entière inactivité pendant le sommeil. De telles personnes auront rarement (ou même jamais) le moindre rêve, et encore moins des « visions qui viennent à se réaliser ». Chez le premier, à mesure qu'approche le moment du réveil et que son sommeil devient plus léger, les modifications du mental qui commencent à se produire peuvent constituer des rêves où l'intelligence ne joue aucun rôle, son cerveau à demi éveillé lui suggérant seulement des images qui ne sont que de vagues reproductions grotesques de ses folles habitudes de vie, tandis que chez le second, à moins qu'il ne soit fortement préoccupé par quelque pensée exceptionnelle, son instinct permanent d'habitudes actives ne lui permet généralement pas de rester dans cet état de demi-sommeil (pendant lequel, la conscience commençant à revenir, nous voyons des rêves d'espèces variées) mais le fait émerger à la pleine conscience de veille immédiatement et sans aucune transition.

 

Plus un homme est spirituel, plus sa faculté imaginative est active, plus il y a de chances qu'il reçoive, sous forme de visions, les impressions correctes que lui transmet son Ego qui voit tout et reste toujours en éveil. Les sens spirituels de ce dernier, n'étant pas gênés par l'interposition des sens physiques, sont en liaison intime et directe avec son principe spirituel le plus élevé ; et, bien qu'il soit essentiellement une partie quasi inconsciente de l'Absolu (17) (qui, lui, est totalement inconscient parce que totalement immatériel), ce principe a pourtant en lui-même des capacités inhérentes d'omniscience, d'omniprésence et d'omnipotence : pour cette raison, dès que la pure essence vient au contact de matière pure, sublimée et (pour nous) impondérable, ces attributs sont communiqués, dans une certaine mesure, à l'Ego astral également pur. C'est pourquoi des personnes hautement spirituelles peuvent avoir des visions et des rêves élevés pendant leur sommeil et même pendant leurs heures de veille : ce sont les sensitifs, les voyants-nés, qu'on appelle aujourd'hui du terme vague de « médiums spirituels », car on ne fait aucune distinction entre un voyant subjectif, un sujet « neurhypnologique », et même un adepte qui est un être devenu indépendant de son idiosyncrasie physiologique et qui a totalement soumis l'homme extérieur à l'homme intérieur. Ceux qui sont moins bien dotés spirituellement ont aussi de tels rêves, mais à de rares intervalles ; et l'exactitude de ces rêves dépend, pour ces sujets, de l'intensité du sentiment qu'ils éprouvent pour l'objet perçu.

 

Note :

(17) Cet enseignement sera démenti de toute façon par les théistes, et les spirites soulèveront contre lui des objections variées. Il est évident qu'on ne peut s'attendre à ce que nous donnions, dans les étroites limites d'un court article, une explication complète de cette doctrine hautement abstruse et ésotérique. Dire que la CONSCIENCE ABSOLUE est inconsciente de sa conscience et que, par suite, pour l'intellect limité de l'homme, elle doit être « l'INCONSCIENCE ABSOLUE », c'est un peu comme parler d'un triangle carré. Nous espérons développer la proposition plus complètement, dans l'un de nos prochains numéros de « Fragments of Occult Truth » (« Aperçus de Vérité Occulte ») dont nous sommes autorisés à publier une série. Nous prouverons peut-être alors, à la satisfaction de ceux qui n'ont aucun préjugé, que l'Absolu, ou l'Inconditionné, et (surtout) le Non-lié (au-delà de toute relativité) n'est qu'une pure abstraction imaginaire, une fiction, à moins de l'envisager du point de vue et à la lumière du panthéiste qui est plus ouvert à ces notions. Pour cela, nous devrons considérer « l'Absolu » simplement comme l'agrégat complet des intelligences, la globalité de toutes les existences, incapable de se manifester autrement que par l'interrelation de ses parties, du fait qu'Il est absolument inconnaissable et non-existant en dehors de ses manifestations phénoménales, et dépend entièrement de ses Forces en perpétuelles interactions, lesquelles dépendent à leur tour de la GRANDE LOI UNE. (Dir. Theosophist).

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On peut dire que, dans le cas où des personnes ont vraiment des rêves prophétiques, c'est parce que leur cerveau et leur mémoire physiques sont en relation et en sympathie plus étroites avec leur «Ego supérieur» que chez la majorité des gens. Le Soi-Ego a plus de facilités pour imprimer sur la coque physique et sa mémoire ce qui a de l'importance pour ces personnes qu'il n'en a chez des êtres moins bien doués.

 

Tout le monde rêve plus ou moins, cependant, chez la plupart des gens, les rêves disparaissent brusquement au moment du réveil. Tout dépend de l'état plus ou moins réceptif des ganglions cérébraux. Les individus qui ne sont pas spirituels, et ceux qui n'exercent pas leurs facultés imaginatives, ou ceux encore qu'un travail manuel a épuisés, au point que les ganglions ne fonctionnent pas, même mécaniquement pendant le repos, rêvent rarement, s'ils le font jamais, d'une façon tant soit peu cohérente.

 

II y a beaucoup de sortes de rêves, comme nous le savons tous. Si on laisse de côté le «rêve digestif», il y a des rêves du cerveau et des rêves de la mémoire, des visions mécaniques et d'autres conscientes. Les rêves avertisseurs et prémonitoires exigent la coopération active de l'Ego intérieur. Souvent également, ils sont dus à la coopération consciente ou inconsciente du cerveau de deux personnes vivantes, ou de leur Ego.

 

Pour l'homme physique, le rêveur, tout ce qu'il voit avec les yeux fermés, et dans son mental, ou par le moyen de celui-ci, est évidemment subjectif. Mais pour l'être qui voit, à l'intérieur du rêveur physique, cet être lui-même étant subjectif à nos sens matériels, tout ce qu'il voit est aussi objectif qu'il l'est lui-même pour lui-même, et pour ses pareils. L'Occultisme enseigne que l'homme physique est un, mais que l'homme pensant est septuple, qu'il pense, agit, sent et vit dans sept états différents d'être, ou plans de conscience, et que, pour tous ces états et plans, l'Ego permanent (non la fausse personnalité) possède une gamme distincte de sens.

 

Q. — Quelle est la cause de cette expérience de rêve où le rêveur semble toujours s'efforcer d'atteindre quelque chose, sans jamais y parvenir ?

 

R. — C'est parce que le soi physique et sa mémoire sont coupés de toute possibilité de savoir ce que fait l'Ego réel. Le rêveur ne saisit que de faibles aperçus des activités de l'Ego, dont les actions produisent sur l'homme physique ce qu'on appelle le rêve, mais il est incapable de le suivre dans toute sa séquence.

 

Q. — Quelle est la cause du cauchemar, et comment se fait-il que les rêves de personnes souffrant de tuberculose avancée soient souvent agréables ?

 

R. — La cause du premier est simplement physiologique. Un cauchemar provient d'une oppression et de la difficulté à respirer : cette difficulté à respirer crée toujours de l'oppression, et produit une sensation de calamité imminente. Dans le second cas, les rêves deviennent agréables, parce que le tuberculeux se sépare de plus en plus chaque jour de son corps matériel et devient en proportion plus clairvoyant. À mesure que la mort approche, le corps s'épuise et cesse d'être une entrave ou une barrière entre le cerveau de l'homme physique et son Soi Supérieur.

 

Sommairement, nous pouvons diviser les rêves également en sept classes et subdiviser celles-ci à leur tour. De cette façon, nous ferions les divisions suivantes :

 

  • 1) Les rêves prophétiques. Ceux-ci sont imprimés sur notre mémoire par le Soi Supérieur et sont en général clairs et nets : ou bien c'est une voix qui se fait entendre, ou bien c'est l'événement à venir qui est vu à l'avance.
  • 2) Les rêves allégoriques, ou aperçus aux contours mal définis de réalités saisies par le cerveau et déformées par notre imagination. Ces rêves ne sont, en général, qu'à moitié exacts.
  • 3) Les rêves envoyés par des adeptes (bons ou mauvais), par des magnétiseurs, ou par les pensées d'intelligences très puissantes cherchant à nous faire accomplir leur volonté.
  • 4) Les rêves rétrospectifs ; rêves d'événements appartenant à des incarnations passées.
  • 5) Les rêves de mise en garde qui visent d'autres personnes incapables elles-mêmes d'être impressionnées.
  • 6) Les rêves confus, dont les causes ont été discutées plus haut.
  • 7) Les rêves qui sont de pures fantaisies et des images chaotiques, dues à la digestion, à quelque trouble mental, ou à quelque cause externe de ce genre.

 

Mme Blavatsky oppose globalement les rêves indistincts et confus aux autres rêves porteurs d'un message (même si sa signification n'est pas évidente a priori). En effet, certains rêves sont simplement le reflet ou le produit des fonctions animales instinctives (liées au cervelet qui reste actif pendant le sommeil) : «ils sont alors pour la plupart chaotiques et inconséquents, alors que, par contre, les rêves dont on se souvient, et qui présentent une séquence ordonnée d'événements, sont dus à la vision de l'Ego supérieur».

 

Certains rêves sont manifestement liés à l'histoire de l'homme incarné, dans son vécu journalier, et d’autres accompagnent l'éveil intérieur de l'être.

 

Certains rêves sont des visions de la nuit. L'homme réel voit alors bien des faits de la vie, de l'histoire, de la famille, des nations. À ce moment il n'est pas lié par le corps et, de ce fait, il tire des conclusions immédiates. Il peut percevoir une guerre qui se prépare, parce qu'il voit tous les faits qui doivent conduire à une guerre et, en conséquence, il imprime sur le cerveau des images de batailles, d'armées, de drapeaux. Il peut aussi percevoir l'arrivée d'événements isolés qui sont en rapport avec lui-même, ou d'autres personnes. Ceci pour la raison que rien ne peut survenir sans être précédé d'une cause. Lui-même regarde les causes en spectateur, en calcule instantanément les résultats — même jusqu'aux dates exactes — et en projette ensuite l'image sur le cerveau qui sert de récepteur.

 

L’état impur de des pensées de veille peut infecter les rêves, en ouvrant la porte aux mauvaises influences, et pousser l’homme à agir en désaccord avec sa nature morale et sa nature supérieure. Par la loi naturelle d'action et de réaction, l'individu peut empoisonner à la fois l’état de veille et de rêve.

 

L’Ego réel de l'homme — appelé ici le « soi supérieur » par opposition au « soi inférieur », le moi personnel—possède un langage propre ; il faut que ce dernier soit décodé correctement par l'intermédiaire d'instruments psychiques harmonieusement accordés à ses vibrations subtiles pour que les messages de l'Ego parviennent intégralement à la conscience cérébrale au moment du réveil. D'où la nécessaire discipline de purification du mental et du cœur.

 

Il y a le genre de rêve que font souvent ceux qui s'efforcent de réaliser la vie supérieure et de développer leurs facultés intérieures. Il arrive alors, dans certains cas, que l'individu se voie attaqué et poursuivi. C'est l'effet de la lutte entre la nature supérieure et l'inférieure et, dans certains cas, une terreur envahit l'être lorsque des passions et tendances opposées de jadis semblent prendre le dessus. Cette peur produit une image de poursuite ou de bataille, et le rêveur s'éveille dans l'état que génère ordinairement un cauchemar. Si l'aspiration vers la vie supérieure est maintenue vivante mais ne s'accompagne pas d'un changement correspondant en pensée et en acte dans le quotidien, le rêve se répète, avec peut-être des variantes de détail : il ne cesse de se présenter que si la lutte est abandonnée (et que l'individu replonge dans un genre de conduite inférieur) ou bien lorsque la bataille est gagnée en s'astreignant au mode opposé de vie et de pensée.»  

 

Le rêve appelle le sceptique à réfléchir sur le côté caché de la vie.

 

 

Un correspondant écrit :

« J'ai une amie graveuse. Elle est d'un tempérament sceptique, elle repousse avec dédain la Théosophie, et trouve seulement «curieux» les faits qu'elle me rapporte. La semaine dernière, elle a rêvé qu'elle se rendait au siège d'une revue, mais au lieu de voir comme d'habitude l'employé responsable des illustrations, elle était invitée à entrer dans le saint des saints pour rencontrer un grand directeur. C'était une pièce qu'elle ne connaissait guère. Le personnage lui dit qu'il avait demandé à la voir pour lui faire graver un portrait de Wm. Lloyd Garrison dont le tableau était au mur. L'homme attira l'attention de la graveuse sur l'ancienneté de l'oeuvre et les craquelures du vernis, en lui enjoignant particulièrement de les reproduire.

 

« Tel fut ce rêve : le lendemain, elle se rendait au bureau de la revue et là, exactement, la vision se réalisa dans tous les détails — jusqu'aux craquelures du portrait. Bien sûr, cette amie fut étonnée et décrivit la chose comme très singulière.»

 

Rêves intéressant l'histoire de la personnalité, dans son contexte terrestre

 

Tous les témoignages appartenant à cette classe font ressortir la capacité de perception extrasensorielle de l'homme à l'état de rêve : l'information peut alors lui parvenir, au delà des limites du temps et de l'espace, et rester telle quelle dans la mémoire, ou se présenter au réveil d'une manière symbolique, avec parfois d'importantes déformations dues à de multiples interférences.   

 

 

Rêves d'événements inconnus ou imprévisibles, confirmés ultérieurement

 

Dans cette catégorie, le rêveur perçoit des événements, parfois très anodins, qui se placent dans une échelle de temps pouvant être très large.

 

Dans ce qu'on appelle «le rêve», l'âme scrute cette lumière — à l'un de ses niveaux, supérieur ou inférieur, selon le cas — et y voit des faits du passé, du présent, ou de l'avenir. Parfois, ces événements sont clairement reproduits sur le cerveau et transmis à la mémoire de veille ; parfois, ils sont mélangés à d'autres choses dans l'intervalle du retour à l'état de veille, ou brouillés par des vibrations physiques, ou autres, et finalement l'image présentée au mental éveillé est floue et fantastique.

 

On ne saurait jamais affirmer assez clairement qu'on ne peut empêcher le cours de la Loi. Si quelque chose doit arriver à une personne, nul ne saurait s'opposer à la circonstance karmique. Cependant, il peut s'agir seulement d'une menace, et c'est peut-être alors le karma d'un individu extérieur d'entrer en scène pour empêcher l'accident ou l'infortune. C'est donc indiscutablement notre devoir de faire ce que nous pouvons pour écarter d'autrui le danger, ou la souffrance, et, après avoir fait tout notre possible, de bannir de notre mental la préoccupation du résultat. Tout ce que nous devons ou pouvons faire c'est notre devoir. À ce devoir s'attache tout effort altruiste. Une fois que nous l'avons accompli, nous devrions nous départir de toute inquiétude pour le résultat et calmement accepter le cours de la Loi.

 

Rêve symbolique permettant d'éviter un accident mortel

 

Mme D. était à sa maison de campagne. Une nuit, elle rêva qu'elle se levait et s'approchait de sa fenêtre pour contempler au-dehors la scène familière qu'éclairait la lune. À sa surprise, elle remarqua des gens marchant par couple et traversant la pelouse dans sa direction ; puis vint encore plus de monde, dont beaucoup de personnes connues d'elle. Pendant qu'elle observait cette procession, arriva finalement un corbillard conduit par un garçon. Il arrêta le sinistre véhicule sous la fenêtre, et tournant vers la dame un visage balafré où se jouaient les rayons de la lune, il appela : «Êtes-vous prête ?»

 

Mme D. poussa un cri et s'éveilla pour se retrouver dans son lit, la victime d'un rêve. Plus tard, en le racontant à sa famille, elle remarqua : «Si jamais je devais voir ce garçon, je le reconnaîtrais aux affreuses cicatrices qu'il a sur le visage.»

 

Quelque temps après, nous retrouvons cette dame debout dans un couloir d'hôtel à attendre l'ascenseur. Pendant qu'il émergeait lentement à la vue, elle fut attirée par la tête du garçon qui le manœuvrait. «Où donc ai-je vu cette tête ?» pensait-elle, et, perdue dans ses interrogations, elle mit du temps à s'avancer pour entrer dans la cabine. Au moment où elle faisait un pas pour y pénétrer, le garçon tourna le visage vers elle, en disant : «Êtes-vous prête ?» Là, elle revit ces grandes cicatrices pendant que, dans sa vision intérieure, défilait lentement la procession funèbre de son rêve. Bouleversée et effrayée, elle fut prise d'un impérieux désir de s'enfuir ; elle profita de l'arrêt de l'ascenseur à l'étage suivant pour en sortir, au lieu de monter plus haut, comme elle en avait eu le dessein. Elle demeura immobile quelques instants pour récupérer son calme — et aussi pour se raisonner — quand soudain un horrible fracas se fit entendre, suivi bientôt d'un silence de mort. Puis ce fut un tumulte de voix excitées : la machinerie s'était rompue et la cabine avait chuté jusqu'au rez-de-chaussée, entraînant dans la mort tous ses occupants.

 

Un rêve annonciateur de la mort de quelqu’un est sans doute été déclenché par la revue panoramique des événements de l'existence de l'individu mourant qui se déroulent rapidement dans son mental. La remémoration des relations communes induit chez celui qui dort un rêve ; la connexion s'établie d'autant plus vite que sa nature physique se trouvait en repos, plongée dans le sommeil.

 

Annonce de la mort future du sujet

 

II est intéressant de rappeler ici le rêve prémonitoire de Lincoln, quelque temps avant sa mort (il fut tué au théâtre de Washington par un fanatique sudiste, en avril 1865). Voici ce qu'il avait confié à des convives lors d'un dîner a la Maison-Blanche :

 

«  II y a environ dix jours, j'allai me coucher très tard) après avoir attendu d'importantes dépêches du front. Je ne devais pas être au lit depuis très longtemps quand je m'assoupis, car j'étais très fatigué. Je ne tardai pas à rêver. Il y avait autour de moi, semblait-il, un silence et une immobilité de mort. Je commençai à entendre des sanglots contenus, comme si un certain nombre de gens étaient en train de pleurer. J'ai l'impression d'avoir à ce moment quitté mon lit pour déambuler à l'étage inférieur. Là, le silence était rompu par le même bruit de sanglots pitoyables, mais les gens en deuil demeuraient invisibles. Je passai d'une pièce à l'autre : nulle personne vivante en vue ; mais partout où j'allais, j'entendais toujours les mêmes accents funèbres d'affliction. Il y avait de la lumière dans toutes les pièces ; chaque objet m'était familier, mais où étaient donc tous ces gens qui pleuraient, comme si leur cœur allait se briser ? J'étais perplexe et inquiet. Que pouvait bien signifier tout cela ? Décidé à trouver la cause d'un état de choses aussi mystérieux et préoccupant, je continuai pour arriver finalement à la Salle Orientale [East Room] où je pénétrai. Là, ce fut pour moi une navrante surprise : devant moi, il y avait un catafalque où reposait un corps revêtu d'un habit d'apparat pour des funérailles, tout autour étaient placés des soldats qui montaient la garde, et partout se pressait une foule de personnes dont les unes fixaient des regards affligés sur le corps, dont le visage était voilé, et les autres pleuraient à fendre l'âme. «Qui est mort à la Maison-Blanche ?» demandai-je à l'un des soldats. «C'est le Président», fut la réponse, «il a été tué par un assassin !» À ce moment monta soudain de la foule un grand cri de douleur qui me tira de mon rêve. Je ne dormis plus de la nuit. Et, bien que ce n'ait été qu'un rêve, je n'ai pas cessé depuis d'en être étrangement tourmenté».

 

Incitation à la recherche spirituelle

 

J'ai eu un rêve en deux parties. Dans la première, j'étais sur une route blanche pleine de lumière qui courait entre deux talus plantés de beaux arbres. Sur ces talus se trouvaient tous les gens vivants que j'aie pu connaître : tous étaient en train de cueillir des fleurs brillantes. Dans ma pensée, naquit le désir d'en avoir aussi, mais, quand je me penchai pour en faire un bouquet, elles avaient disparu. Déçus, mes amis tentèrent de me les faire voir, mais une voix se fit entendre et dit 

: «Monte ici.» Ce que je fis — et la voix m'ordonna de chercher des fleurs : je ne découvris rien que de la mousse noire. «Cherche plus profondément», insista la voix. J'écartai la mousse, et voici : en dessous il y avait de belles fleurs — des immortelles. Enchanté, je retournai au talus et vis cette fois les premières fleurs, mais je n'avais plus aucun désir pour elles.

 

Les premières fleurs symbolisent les joies, idées et délices de la terre et de la sagesse mondaine, les secondes sont les fleurs de la nature divine et supérieure. Cependant, ces plantes sont cachées sous une couverture de mousse qu'ont accumulé sur elle l'éducation et les fausses notions de théologie, ou de philosophie. Il vous faut creuser profondément sous cette couche d'erreur pour aller cueillir la fleur qui vous appartient, et qui est immortelle — et dès lors vous n'aurez plus aucun désir pour les autres.

 

Une authentique expérience onirique devient confuse en filtrant jusqu'à notre conscience ordinaire ; ses détails se déforment, se brisent, s'altèrent, et le cerveau de veille ne la rapporte pas avec précision. En dehors d'un voyant entraîné, nul ne peut faire confiance à sa mémoire de l'expérience de rêve, et même un tel être est susceptible d'erreur — en dehors du cas des adeptes pleinement confirmés. (Les rêves et l’éveil intérieur)

 

La connaissance de ces champs d'expérience de l'Âme, et les moyens d'y pénétrer de façon telle que le cerveau puisse en conserver la trace consciente ont, de tout temps, été recherchés par les hommes qui, intuitivement, ont pressenti l'existence d'autres mondes plus réels que ce cosmos physique.

 

Ceux qu'on peut appeler les Aînés de l'humanité sur le chemin de l'évolution ont depuis longtemps découvert ces secrets et la voie qu'ils ont tracée pour leurs disciples a pour nom Raja Yoga (18). C'est la voie royale qui permet d'accorder la lyre humaine avec les sept plans d'harmonie de la Nature. Elle ouvre à l'Âme la possibilité d'une permanence de conscience individuelle et indépendante qui relie entre eux tous les états vécus sur les divers plans d'expérience. L'Ego ne subit plus la vie incarnée, il la dirige ; et ses actions volontaires, soi-conscientes, se poursuivent sans discontinuité au delà de la mort physique.

 

Note :

(18) C.T. 15, Aperçu sur le Yoga.

 

L'Ego doit entrer en possession de sa personnalité terrestre, mais son instrument cérébral est un organisme atrophié: il ne fonctionne qu'au ralenti dans toutes ses zones responsables de la pensée créatrice et indépendante ; certains centres essentiels à la manifestation des plus hautes facultés de l'Intelligence, comme la glande pinéale, sont pour ainsi dire paralysés, tandis que les neurones qui assurent la vie végétative, la pensée mécanique, l'action réflexe, monopolisent une grande partie de l'énergie mise en jeu dans le cerveau. Il faut donc que cette anarchie cesse, Et, là où chirurgie et chimie ne sont d'aucun secours, une discipline stricte de la pensée est la seule chance de réussite.

En s'efforçant d'être présents dans toutes les actions de la vie, d'être attentifs à tous les messages qui parviennent de l'Ego, tant dans la veille que le sommeil, de comprendre le contenu de chaque expérience et de choisir chaque action à la lumière de la conscience, de la raison et de l'intuition, l'instrument cérébral se trouve obligé de fonctionner constamment dans le sens de l'Âme, avec elle et pour elle.

 

Il y a une hygiène mentale qui, par l'examen de conscience et une vigilance constante, vise la purification attentive de la pensée.

 

Il y a une recherche active qui par l'étude et la méditation éveille les centres de communication avec l'Ego et prépare l'établissement d'une continuité de conscience sur tous les plans d'expérience. (C.T. 19)

 

Si nous rapportons si peu de souvenirs de cette activité de la conscience dans le sommeil profond, c'est que le calibre de notre appareil d'enregistrement est insuffisant. Le cerveau physique, qui est le registre de notre pensée — notre instrument de manipulation ici-bas — s'élabore, comme tous les autres éléments de notre corps, à partir de la nourriture que nous absorbons, et il change ainsi continuellement comme le font nos impressions. Il devient réceptif uniquement à l'influence constante de notre pensée terrestre. Mais si, à l'état de veille, nous adoptons une base de réflexion spirituelle — qui nous oblige à une action juste, avec la reconnaissance que tous les hommes procèdent de la même source et progressent vers le même but, même s'il existe autant de chemins que de pèlerins — si nous pensons et agissons sur cette base dans notre vie quotidienne, cela rendra le cerveau capable de répondre à ces autres formes de conscience pendant le sommeil du corps ; alors, tout ce que nous connaissons sur les plans supérieurs de l'être pourra être transmis et exprimé dans une grande mesure dans le corps. (C.T. 184)

 

Les voies de pénétration du monde idéal sont soigneusement gardées par des élémentaux contre l'intrusion des profanes.

 

Lytton fait dire à Mejnour : « ...nous jugeons d'après des épreuves qui visent à purifier les passions et à élever les désirs. Et en cela la Nature nous contrôle et nous assiste, car elle place des gardiens terribles et des barrières insurmontables entre les ambitions du vice et le ciel de la science suprême ».

 

S'il est correctement guidé, le désir de la jouissance physique se transmue en un désir d'une chose plus haute qui graduellement se transforme en un désir de faire du bien à autrui et perd peu à peu, en s'élevant ainsi, sa caractéristique de désir pour se transformer en un élément du sixième principe. (C.T14)

 

La volonté de l'homme extérieur — notre volition — est évidemment dormante et inactive au cours des rêves ; mais il est possible de donner une certaine orientation à la volonté somnolente, durant son inactivité, et d'obtenir ultérieurement certains résultats par l'effet d'interaction mutuelle qui a lieu — quasi mécaniquement — lorsque sont conjoints en un seul deux «principes» (ou davantage) à un tel point qu'ils arrivent à agir en parfaite harmonie, sans aucune friction, ni une seule fausse note, quand l'homme est éveillé.

 

Tant que notre vie est sans but défini, ou que nos motifs et désirs sont multiples et en tous sens, nos rêves participent de cette confusion. Mais dès que notre but se fixe sur des choses plus élevées, nous sommes susceptibles de plus en plus d'être instruits en rêve, bien que nous n'en ramenions pas toujours un souvenir. Cependant l'instruction ne s'enregistre pas moins sur quelque plan plus élevé de notre nature que nous ne faisons encore que vaguement pressentir, ou chercher à atteindre.

 

À mesure que se développe la forme astrale sous la tension régulière de la pensée occulte, il se produit maintes fois des événements étranges montrant que l'âme utilise ce véhicule pour bien faire sentir à l'homme extérieur que l'existence de celui-ci est réelle, bien que cachée.

 

Ces suggestions faites par l'âme à notre conscience de veille, indiquant l'existence d'un corps et de pouvoirs autres que ceux que nous connaissons, sont d'une grande importance. Elles impliquent une incitation pressante de la part du soi supérieur, et annoncent le stade d'évolution connu comme «le moment de choix» : quand elles se présentent, nous pouvons savoir que le temps est venu où l'âme commence à se lasser de la matière, où la force karmique accumulée vient à mûrir et où l'homme peut apprendre davantage de l'invisible.

 

Bulwer Lytton montre que les premières initiations viennent par le rêve. Ils s'expriment presque toujours en symboles, car l'homme intérieur n'a pas de langage comme le nôtre. Il voit et parle au moyen d'images. Il projette une pensée sous la forme d'une image : à nous de la saisir et de nous en souvenir. Chaque image se trouve modifiée par les façons changeantes que nous avons de penser à l'état de veille.

 

Si nous nous mettions à agir selon l'enseignement de nos rêves, quand il inspire un motif élevé, nous encouragerions, pour ainsi dire, le rêveur intérieur de telle sorte que nous puissions plus fréquemment recevoir de l'instruction.

 

Un pont pourrait être jeté d'un plan à l'autre afin de favoriser cette permanence de l'éveil de l'individu, avec la possibilité de ramener de plus en plus efficacement à la mémoire de veille le contenu d'expérience puisé à la racine de notre Soi profond — notre source inépuisable d'omniscience — dans la phase du sommeil sans rêve.

 

Jagrata agit sur svapna en induisant rêves et suggestions et ou bien dénature les instructions qui lui viennent de l'état supérieur, ou bien aide l'être humain à rapporter un souvenir plus exact des expériences mentales vécues pendant la vie de rêve, en développant en lui le calme et la concentration. À son tour, l’état de svapna agit sur l'état de veille (jagrata) par les suggestions, bonnes ou mauvaises, données à l'homme dans ses rêves.

 

Il est donc clair que ce qu'il lui faudrait essayer d'accomplir est une purification et une vivification de l'état de svapna telles que la confusion et le pouvoir déformant qui le caractérisent actuellement finissent par disparaître, afin de devenir capable, en revenant à l'état de veille, de garder une mémoire plus vaste et plus lumineuse de ce qui s'est passé en sushupti. On peut parvenir à cette réalisation par un développement de la concentration sur des pensées élevées, sur des buts nobles, sur tout ce qu'il y a de meilleur et de plus spirituel en soi à l'état de veille. Le résultat optimum ne peut s'obtenir en une semaine ou une année, voire même en une seule vie, mais, une fois que l'on a commencé, la perfection de la culture spirituelle sera atteinte dans quelque incarnation future.

 

Le langage propre au plan que traverse l'Ego la nuit est étranger au cerveau que nous utilisons pendant la veille, et doit toujours être traduit par ce cerveau afin de pouvoir s'en servir. Si l'interprétation est incorrecte, l'expérience de l'Ego ne sera jamais complètement transmise à l'homme inférieur.

 

Il ne s'agit pas ici d'un langage au sens ordinaire du mot. On pourrait plutôt le décrire comme une communication d'idées et d'expériences au moyen d'images.

 

Au réveil, dans le cadre de notre propre vie quotidienne et de nos expressions de langage et de pensée, nous éprouvons une grande difficulté à traduire correctement ces expériences. Le seul moyen qui puisse nous amener à les utiliser avec profit est de nous rendre perméables, pour ainsi dire, aux influences du Soi Supérieur et de vivre et penser de manière à pouvoir nous rapprocher d'une réalisation du but de l'âme.

 

Cela nous renvoie infailliblement à la pratique de la vertu et à la recherche de la connaissance, car ce sont les vices et les passions qui obscurcissent constamment notre perception du sens de ce que l'Ego essaie de nous communiquer. C'est la raison pour laquelle les sages inculquent la vertu.

 

La voie directe est celle de la flèche qui part de l'arc. Cette fois, l'astral vole droit à la sphère qui détient la connaissance qu'il doit recevoir. Il le fait en obéissant à une force irrésistible — la Volonté — la Volonté en accord avec la loi divine. C'est un aller et retour sans écarts, sous l'impulsion de cette force, qui ne ramène des sphères intermédiaires pratiquement rien d'autre que ce qui est le but de cette recherche. La chose se passe dans le sommeil sans rêve et la connaissance acquise n'est pas communiquée en un rêve. Cette voie est parcourue à l'état conscient, car c'est la voie de l'étudiant en Occultisme. À moins que l'homme ait une pensée et un motif purs, il est incapable de faire usage de la véritable volonté, et son astral va où le conduisent d'autres volontés ou d'autres forces. Il s'arrête en chemin quand interviennent d'autres forces, gagne de l'information de la sphère où il se trouve et ramène parfois un horrible mélange d'images hétéroclites. (Les rêves et l’éveil intérieur)

 

Supposons que nous soyons capables de passer de l'état de veille à celui du rêve, du rêve au sommeil, du sommeil à la mort, puis de la mort à la réincarnation, dans un autre corps — en traversant tous ces états et changements sans avoir un seul trou de mémoire, si bien que nous puissions non seulement garder un souvenir intact des plans inférieurs aux états supérieurs, mais aussi ramener avec nous la mémoire des états supérieurs aux niveaux inférieurs, à travers chacun des plans traversés, en rapportant avec nous cette connaissance dans un corps ou dans un autre — que serions nous alors ? Nous saurions alors exactement ce que nous sommes. Nous connaîtrions alors les relations qui existent entre notre plan et tous les autres. Nous pourrions lire dans le cœur des hommes. Nous pourrions les aider à obtenir un statut plus grand et plus élevé.

 

 

C'est pour éveiller l'humanité à la compréhension de sa propre nature et à une juste utilisation de ses facultés que la Théosophie lui a été présentée à nouveau, comme elle l'a été d'âge en âge par Ceux qui sont plus avancés que nous — Ceux qui sont passés par les mêmes stades que nous traversons aujourd'hui, nos Frères Aînés, les Christs de tous les temps, les Incarnations divines. Ce sont Eux qui viennent nous rappeler notre véritable nature, nous rendre la mémoire et nous inciter à l'action, afin que nous sachions qui nous sommes vraiment et que nous l'exprimions ici, sur ce plan physique inférieur où nous forgeons notre destinés — une destinée élaborée par nous, que nous seuls pouvons modifier, par le pouvoir même de cet Esprit que nous sommes.

 

Personne ne peut rien connaître à la place d'un autre. Chacun doit gagner la connaissance par lui-même. Chacun doit faire son propre apprentissage. L'objectif de la Théosophie est d'enseigner à l'homme ce qu'il est, de lui montrer ce qu'il est et de lui faire admettre la nécessité d'apprendre par lui-même. Mais il est possible d'indiquer la direction où chercher la connaissance ; les étapes à franchir dans ce sens peuvent nous être indiquées, et ce uniquement par ceux qui les ont franchies avant nous. Et c'est exactement ce qui est en train de se passer. C'est la démarche de tous les Sauveurs de l'Humanité.

 

La vie est la grande Ecole de l'Existence, et nous sommes parvenus à un stade où nous devrions apprendre à réaliser quel est le but de l'existence ; à saisir fermement la totalité de notre nature ; à utiliser tous les moyens en notre pouvoir, dans toutes les directions — à l'état de veille, de rêve, de sommeil, ou tout autre — afin d'harmoniser tous les aspects de notre nature, de sorte que notre instrument inférieur se trouve "accordé", et reflète ainsi, de plus en plus, notre nature divine intérieure. (C.T. 183)

 

Les Maîtres sont ceux qui possèdent la mémoire authentique de toutes les étapes qu’ils ont franchies — la connaissance de toutes les civilisations passées, la compréhension de tout ce que chaque être humain doit expérimenter, la perception de toutes les lois qui régissent l’évolution. Étant les gardiens de cette connaissance et nos Frères Aînés, Ils sont prêts à aider l’humanité de la seule manière qui Leur soit permise — en enregistrant la somme de connaissances que nous sommes en mesure d’assimiler, en nous guidant pour que nous puissions l’utiliser correctement pour le bénéfice de tous les êtres humains, afin que l’ensemble de l’humanité puisse progresser de façon harmonieuse vers son véritable objectif. Une individualisation de plus en plus poussée, une gamme de perceptions de plus en plus étendue, telles sont les perspectives de notre évolution ; il existe cependant deux voies qui permettent de les atteindre : l’une conduit à une individualisation égoïste, et tournée vers l’intérêt personnel, tandis que l’autre ne cesse d’œuvrer pour le bien de l’humanité. Le Frère Aîné s’élève autant qu’il le peut mais s’arrête devant la dernière porte qui le séparerait du reste de l’humanité, pour faire demi-tour et reprendre un corps de la race en cours, comme le fit Jésus, afin de pouvoir aider ceux qui en savent moins que Lui. C’est ainsi que nous ne serons jamais seuls. Jamais ces Grands Êtres n’interrompront leur œuvre, qui est une œuvre d’amour. Mais c’est à nous qu’il appartient de déterminer, à plus ou moins brève échéance, si nous continuerons à souffrir pendant des éons et des millions de vies passées dans l’ignorance, ou si nous suivrons le chemin qu’Ils indiquent et qui mène droit au but — ce qui implique le pouvoir de connaître la vérité directement et infailliblement, ainsi que la mémoire authentique. (C.T. 181)

 

La Toute-Connaissance est au bout de cette voie. Elle est la récompense des efforts surhumains de ceux qui ont consacré des vies entières à cette entreprise. (C.T. 19)

 

Ce n’est que lorsque nous comprendrons qui nous sommes vraiment que nous pourrons vivre consciemment dans l’esprit — et non dans la matière — la mémoire authentique parviendra à notre cerveau uniquement quand nous commencerons à penser et à agir sur cette base ; alors seulement nous nous connaîtrons par nous mêmes, n’ayant plus rien à demander à quiconque, mais tout à donner à autrui. Cette mémoire authentique est accessible à tout être vivant.

 

Pour chacun, l’obstacle n’est pas la mémoire, mais la fausse conception de la vie qui guide ses actes. Quels que soient les souvenirs de l’âme, si nous utilisons le cerveau d’une manière contraire à la nature de l’âme, le cerveau est incapable de traduire ses impressions. Le Penseur doit transférer la mémoire de l’âme au cerveau, et il ne peut le faire qu’en pensant et en agissant correctement pendant la conscience active de veille, jusqu’à ce que le cerveau réponde aux idées et apprenne à transmettre ce qui se passe quand le corps est inactif. Alors la véritable mémoire du passé qui est dans notre âme devient connaissance dans notre cerveau. (C.T. 181)

 

L'individu qui s'engage sincèrement dans une discipline spirituelle comme celle que recommande la Théosophie déclenche en lui-même un processus de profonde transformation qui, avec le temps, peut se traduire par l'éveil de sens nouveaux et de pouvoirs psychiques qui sont généralement latents dans l'ensemble de l'humanité.

 

Ces manifestations insolites sont dues à la stimulation et à la croissance de l'être intérieur. Cet aspect caché de notre nature, appelé parfois «l'homme astral», constitue, selon la Théosophie, un véritable instrument, ou véhicule, permettant à la conscience de l'homme en éveil d'entrer en rapport avec les plans invisibles.

 

Dans un important article, intitulé «La Culture de la concentration», W.Q. Judge indique que ce corps astral particulier, lié à une vie psychique indépendante des sens physiques, est susceptible d'un développement complet permettant plus tard à l'Adepte accompli de gagner toute la connaissance disponible et de faire ses expériences avec une maîtrise absolue. Dans les débuts, ce corps éthéré n'a qu'une texture mal définie, où s'éveillent ici ou là certains centres d'énergie ne permettant que tel ou tel type de manifestation. Cependant, ajoute W.Q. Judge, si la pratique de la concentration, dans le sens du véritable yoga spirituel, est poursuivie sans relâche, «cette masse imprécise commence à gagner une certaine cohésion et à se modeler en un corps pourvu de différents organes. Au fur et à mesure de leur développement, ils doivent être utilisés : il faut qu'ils soient mis à l'essai, éprouvés, et employés dans des expériences. En fait, tout comme un enfant doit d'abord ramper par terre avant de pouvoir marcher, et apprendre à marcher avant de courir, cet homme éthéré doit passer par les mêmes stades. Et de même que l'enfant peut voir et entendre à une plus grande distance qu'il ne peut ramper ou marcher, cet être commence d'habitude par voir et entendre avant de pouvoir quitter le voisinage du corps physique pour voyager à une distance appréciable».

 

«À mesure qu'un individu se rend plus sensible aux impressions de l'astral, quand il commence et poursuit la voie de l'Occultisme , les visions et les rêves deviennent plus fréquents pendant un certain temps.»

 

Relativement à la vie de rêve — dont nous perdons généralement tout le bénéfice — la Théosophie offre les bases de ce qu'on appellerait de nos jours un « yoga du sommeil », en montrant pourquoi l'expérience de la conscience pendant la nuit est importante et comment il serait possible d'en tirer un bien meilleur parti, le but visé étant, à la longue, d'atteindre une permanence de l'éveil conscient jusque dans les phases les plus profondes du sommeil, avec la possibilité d'y maintenir l'exercice de la volonté.

 

L'Adepte, le Maître, le yogi, le Mahatma, le Bouddha, vivent tous dans plus de trois états pendant qu'ils sont incarnés sur cette terre, et ils sont pleinement conscients de chacun d'eux, tandis que l'homme ordinaire n'est conscient que du premier — l'état de veille — si l'on prête au mot conscient sa signification actuelle.

 

Aucun adepte avancé ne rêve. Un adepte est un être qui a acquis la maîtrise sur ses quatre principes inférieurs, y compris le corps, et qui, en conséquence, ne permet plus à la chair d'agir à sa guise. Il paralyse simplement son soi inférieur durant le sommeil, et devient parfaitement libre. Un rêve, comme nous l'entendons, est une illusion. Un adepte va-t-il donc rêver, alors qu'il s'est débarrassé de toute autre illusion ? Dans son sommeil, il vit simplement sur un autre plan plus réel.

 

L’objectif de toute discipline spirituelle n'est pas de faire des expériences merveilleuses, ni d'acquérir des pouvoirs, mais d'épanouir l'être dans ses potentialités les plus cachées, à des niveaux d'où toute préoccupation égoïste et personnelle est exclue. (Les rêves et l’éveil intérieur)

 

 

Références :

L’Océan de Théosophie ; Les rêves et l’éveil intérieur ; Cahiers Théosophiques : 14 Clairvoyance ; 19 L’âme et son langage ; 181 Les Vérités éternelles : la mémoire authentique ; 182 Les Vérités éternelles : Qu’est-ce qui survit après la mort ? ; 183 Les Vérités éternelles : Le sommeil et les rêves ; 184 Les Vérités éternelles : L’homme visible et l’homme invisible. Editions Textes Théosophiques – 11 bis, rue Kepler – 75116 Paris.

 

 

 

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