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La racine commune des religions

 

L’ancienne Religion universelle, (Revue Théosophie, Volume VI, revue 1)

 

Nul ne peut étudier sérieusement les anciennes philosophies, sans percevoir que la similitude frappante de conceptions entre toutes – dans leur forme exotérique, très souvent, mais toujours dans leur esprit caché – n’est pas le résultat d’une simple coïncidence mais d’un dessein unique, et qu’il y eut, pendant la jeunesse de l’humanité, un seul langage, une seule connaissance, une seule religion universelle, alors qu’il n’y avait pas d’église, pas de croyances ni de sectes, mais que chacun était son propre prêtre. Et si l’on montre que déjà, dans ces âges, cachés à nos yeux par un développement exubérant de traditions, la pensée religieuse humaine évoluait en une uniformité sympathique dans chaque point du globe, il devient évident que née sous n’importe quelle latitude, dans le Nord glacé ou le Sud brûlant, en Orient ou en Occident, cette pensée était inspirée par les mêmes révélations, et que l’homme était nourri à l’ombre protectrice du même Arbre de la Connaissance.

 

                                                                    H.P.Blavatsky (La Doctrine Secrète)

 

L’Orient – Trois messages d’Orientaux sur la Religion*, (Revue Théosophie, Volume X, revue 4)

 

Quand le grand chef de l’Inde, Gandhiji**, parle de questions mystiques et religieuses, il frappe très souvent une note juste et théosophique. Dans ses déclarations à la presse sur le sujet de L’Hindouisme et de la religion, des castes et de l’intouchabilité, il a exprimé des idées qui donnent au monde religieux en général quelques principes fondamentaux à observer dans la vie. Que sont les Livres Révélés ou les Védas, ou la Bible, ou le Coran, qu’est-ce que la Religion Eternelle ou Sanatana Dharma ? Il écrit :

 

« Je prétends être moi-même un Sanataniste… Pour moi, Sanatana Dharma est une foi vitale, transmise depuis des générations, appartenant même à la période préhistorique, et basé sur les Védas, et sur les écrits qui y ont fait suite… Ce ne serait que partiellement vrai de dire que les Védas sont les quatre livres que l’on trouve imprimés. Ces livres sont eux-mêmes des vestiges de données orales, laissées par des voyants inconnus. Des générations ultérieures ajoutèrent à ces trésors originaux, selon leurs lumières. C’est alors que s’éleva un grand homme d’esprit noble, l’auteur de la Gîta. Il donna au monde hindou une synthèse de la religion hindoue, à la fois profondément philosophique, et pourtant susceptible d’être aisément comprise par n’importe quel Chercheur sincère. J’ai cherché littéralement à vivre selon l’idéal de ce livre. Tout ce qui est contraire à son thème général, je le rejette comme non-hindou. Il n’exclut aucune foi et aucun instructeur. J’ai beaucoup de joie à pouvoir dire que j’ai étudié la Bible, le Coran, le Zend Avesta et d’autres écritures du monde avec la même révérence que j’ai accordé à la Gita. Cette lecture respectueuse à fortifié ma foi dans la Gita… Je me fais un orgueil de m’appeler Hindou parce que je trouve le terme assez large non seulement pour tolérer, mais pour assimiler les enseignements des prophètes des quatre coins de la terre… Selon le Santana Dharma, enseigné par ce vénérable auteur, la vie ne consiste pas en rites extérieurs et en cérémonial, mais en purification intérieure aussi complète que possible, et dans une fusion du corps, de l’âme et de l’intelligence dans l’Essence Divine. »

 

Telle est la position du vrai Théosophe qui vit par la religion intérieure de la pureté, et qui, tout en respectant extérieurement toute croyance et toute foi, n’appartient à aucune, ainsi que le dit autrefois H.P.Blavatsky.

 

Ces paroles de Gandhiji rappellent tout à fait certaines autres paroles d’un grand Indien, inconnu de la renommée –Damodar K. Mavalankar, un loyal et dévoué élève et collègue de H.P.Blavatsky. Il y a plus de cinquante ans, en mai 1660, lorsqu’il abjura sa propre caste brahmanique, parlant de la Théosophie, il disait :

 

« Ainsi, cette étude amène chaque homme à respecter d’autant plus sa religion. Elle lui donne une vision qui peut percer la lettre morte, et voir clairement l’esprit. Il peut lire tous les livres religieux entre les lignes. Si nous envisageons toutes les religions dans leur sens populaire, elles paraissent fortement antagonistes dans divers détails. Aucune n’est d’accord avec les autres. Et pourtant les représentants de ces fois disent que l’étude de la Théosophie leur explique tout ce qui est dit dans leur religion, et leur fait ressentir plus de respect pour elle. Il doit donc exister une base commune sur laquelle sont construits tous les systèmes religieux. Et cette base à la source de tous, c’est la vérité. Il ne peut y avoir qu’une seule vérité absolue, mais des personnes différentes ont des perceptions différentes de cette vérité. Et cette vérité, c’est la morale. Si nous séparons les dogmes qui s’attachent aux principes exposés dans n’importe quelle religion, nous verrons que la morale y est prêchée dans toutes. Par religion, je n’entends pas toutes les sectes mineures qui règnent innombrables de par le monde, mais les principales d’où ont jailli ces différentes sectes… Par suite, si je désire offrir mes humbles services au monde, je dois commencer à travailler pour mon pays. Et cela, je ne pouvais le faire en restant dans ma caste. Je découvris qu’au lieu de susciter l’amour de ses compatriotes, l’observance des distinctions de castes conduisait un homme à haïr même son voisin, par le fait même qu’il était d’une autre caste. Je ne pouvais supporter cette injustice. Quelle faute un homme a-t-il commis pour naître dans une caste particulière ? Je respecte un homme pour ses qualités, et non pour sa naissance. C'est-à-dire qu’à mes yeux un homme supérieur est celui dont l’homme intérieur a été développé ou est en voie de développement… S’il n’y avait pas eu cette distinction (de castes), l’Inde n’aurait pas été dégradée à ce point… Si tel est le cas, pourquoi nous attacherions-nous encore à cette coutume que nous trouvons maintenant non seulement impraticable, mais nuisible ?… Si je devais observer extérieurement ce que je ne crois pas réellement intérieurement, je pratiquerais l’hypocrisie… La Théosophie m’a enseigné que, pour jouir de la paix du mental et du respect de soi-même, je dois être honnête, sincère, paisible, et considérer tous les hommes comme également mes frères, sans distinction de caste, de couleur, de race, ou de croyance. Ceci, je le vois, est une partie essentielle de la religion. »

 

Tandis que nous copions ces paroles, nous parvient le Peiping Chronicle du 30 octobre, contenant une adresse du Panchan Lama, qui est considéré comme le chef spirituel du Tibet. Au cours d’une adresse qu’il fit à une réception de la presse, on rapporte qu’il dit :

 

« Pourquoi la Chine est-elle dans un tel chaos aujourd’hui ? Parce que les gens ont été incapables de distinguer entre le bien et le mal, le juste et le faux. Il fut, par conséquent, nécessaire d’amener l’influence religieuse à s’exercer sur eux, afin de réformer leur cœur. La religion devrait être inscrite dans le programme ayant pour tâche de régénérer la Chine…L’Etat ne pouvait faire aucun progrès, aussi parfait que pouvait être son système politique, tant que les gens avaient l’esprit mauvais. Son propre rôle dans ce pays pouvait se comparer à celui du pionnier. Il désirait réformer le cœur du peuple, afin de rendre possible le progrès politique. »

 

Gandhiji est un pionnier aux Indes comme le Panchan Lama en est un en Chine. Ces trois Orientaux apportent un message non seulement à l’Inde et à la Chine, mais aussi à l’Occident. L’intouchabilité, le préjugé de castes, et l’irréligion fleurissent en Occident aussi bien qu’en Orient, pour différentes que soient leurs manifestations. Souvent les habitudes génèrent l’hypocrisie, et les croyances nous rendent aveugles aux vérités. Quand les maux dus aux castes sont condamnés dans l’Hindouisme par le Chrétien, il ne voit pas des maux semblables sous forme de distinction de classes dans le Christianisme. La conscience humaine doit être exorcisée du démon de l’orgueil qui vit dans une citadelle bâtie en dogmes religieux.

 

* Cet article est traduit de la revue The Aryan Path, de janvier 1933 – Le titre est le nôtre.

** Nom donné à Gandhi. – (Les Editeurs de « Théosophie ».)

 

 

Points de concordance dans toutes les religions* (Revue Théosophie, Volume IV, revue 11)

 

MONSIEUR LE PRESIDENT, MESDAMES ET MESSIEURS : Permettez-moi de vous lire quelques versets pris dans d’anciennes Ecritures du monde, dans de vieux livres hindous considérés comme sacrés par les Brahmanes de l’Hindoustan.

 

« Quelle place y a-t-il pour le doute et le chagrin chez celui qui sait que tous les « êtres spirituels sont les mêmes en essence et ne diffèrent les uns des autres que par leur degré de développement ?

« Le soleil ne luit pas en cet endroit, ni la lune et les étoiles, ni ces éclairs, bien moins encore ce feu. Quand il brille, tout luit après Lui ; tout est éclairé par Sa lumière.

Conduis-moi de l’irréel au réel !

Conduis-moi de l’obscurité à la lumière !

Conduis-moi de la mort à l’immortalité !

« Cherchant un refuge,  je vais à ce Dieu qui est la lumière de ses propres pensées ; Celui qui crée Brahman à l’origine et lui donne les Védas ; Celui qui est indivisé, sans action, tranquille, sans faute, le pont le plus haut vers l’immortalité, comme un feu qui a consumé son combustible. » - Mundaka Upanishad.

 

Tel sont quelques-uns des versets, pris parmi des milliers qui sont enchâssés dans les anciens Védas Hindous et qu’affectionnent ceux que nous avons nommés « païens » ; tels sont les sentiments de ce peuple que nous avons appelé idolâtre.

En tant que représentant du mouvement Théosophique, je suis heureux d’avoir été désigné pour parler des points de concordance qui se retrouvent dans toutes les religions. J’en suis heureux parce que la Théosophie peut être découverte dans toutes les religions et dans toutes les sciences. Nous, comme membres de la Société Théosophique, adoptons entièrement les remarques de votre président au début de la séance, lorsqu’il dit en essence, qu’une théologie qui piétine sur place sans avancer, n’est pas une vraie théologie, mais que nous sommes arrivés à un point où la théologie doit inclure une étude de l’homme. Une telle étude doit englober les diverses religions mortes et vivantes. En poursuivant cette étude dans ce domaine, nous arrivons à la conclusion que l’homme est en grande partie son propre révélateur, qu’il s’est révélé la religion à lui-même, et par conséquent, que toutes les religions doivent inclure et contenir la vérité, que nulle religion n’a le droit de s’arroger une prétention exclusive à la vérité ou à la révélation, que nulle n’est la seule religion donnée par Dieu à l’homme, ou la seule route qui mène l’homme au salut. Si ceci n’est pas vrai, votre Parlement Religieux n’en est pas un, mais uniquement un groupe d’hommes s’admirant eux-mêmes et leur religion. Mais l’existence même de ce Parlement proclame la vérité de ce que j’ai dit, et montre la nécessité – ce que la Société Théosophique n’a fait que répéter durant dix-neuf ans – d’une recherche serrée, soigneuse et fraternelle dans les religions du monde, afin de découvrir quelle sont les vérités centrales sur lesquelles elles reposent toutes, et quelle est la source originelle d’où toutes ont jailli. Cette enquête soigneuse et tolérante est la raison pour laquelle nous sommes réunis ici aujourd’hui ; c’est dans ce but qu’existe et qu’a existé la Société Théosophique, afin de faire régner la tolérance, l’unité, afin d’amener la mort finale et irrévocable de tout dogmatisme.

 

Mais si vous dites que la religion a dû être révélée, il est certain que  Dieu n’a pas attendu plusieurs millions d’années avant de la donner à ces pauvres êtres appelés hommes. Il n’a certainement pas attendu jusqu’au moment où il eut découvert une pauvre tribu sémitique à qui il put révéler, alors que la race était déjà bien avancée dans son évolution. Il a donc dû la révéler dès le début, et par conséquent toutes les religions actuelles ont jailli d’une source commune.

 

Quelles sont les grandes religions du monde, et d’où viennent-elles ? Le Christianisme, Le  Brahmanisme, le Bouddhisme, le Confucianisme, le Judaïsme, le Zoroastrisme, le Mahométisme. La première est la plus jeune, elle possède d’innombrables sectes rivales parmi lesquelles le Mormonisme, tandis que le Catholicisme romain prétend orgueilleusement avoir la priorité et détenir seul la vérité.

 

Le Brahmanisme est l’ancienne religion de l’Inde antique, un système ayant atteint sa maturité et son plein développement longtemps avant que le Bouddhisme ou le Christianisme ne fussent  nés. Il recule dans la nuit des temps, et rejette l’histoire des religions bien en arrière de l’époque où les investigateurs modernes s’accordaient pour placer le début de la pensée religieuse. Presque l’ancien des anciens, il se dresse dans l’Inde lointaine, tenant en mains les saints Védas, attendant calmement le moment où l’Occident plus neuf trouvera le temps, en dehors de sa poursuite de la richesse matérielle, pour examiner les trésors qu’il contient.

 

Le Bouddhisme, la religion de Ceylan, d’une partie de la Chine, de la Birmanie, du Japon et du Tibet, vient après son père le Brahmanisme. Il est historiquement plus ancien que le Christianisme, et renferme les mêmes principes éthiques que celui-ci, les mêmes lois et les mêmes exemples, des saints identiques, et des fables et légendes similaires se rapportant au Seigneur Bouddha, le Sauveur des Hommes. Il embrasse aujourd’hui après vingt-cinq siècles d’existence plus de fidèles que n’importe quelle autre religion, car les deux tiers de la famille humaine professent le Bouddhisme.

 

Le Zoroastrisme se perd également dans la nuit du passé. Lui aussi enseigne les principes moraux que nous connaissons. Une bonne part de son rituel et de sa philosophie n’est pas comprise, mais on n’y trouve la présence de la loi d’amour fraternel, et le Zoroastrisme enseigne la justice et la vérité, la charité et la foi en Dieu, ainsi que l’immortalité. En cela, il est d’accord avec toutes les religions, mais il diffère du Christianisme en ce qu’il n’admet pas la rémission des péchés qui lui paraît une impossibilité.

 

Le Christianisme de nos jours est le Judaïsme moderne, mais le Christianisme de Jésus était différent. Il enseignait le pardon, Moïse enseignait la loi du Talion, et c’est la loi qui aujourd’hui a cours dans l’état Chrétien et dans l’Eglise. « Œil pour œil, dent pour dent » est encore la règle en usage aujourd’hui, mais Jésus enseignait l’opposé. Il était en parfait accord avec Bouddha qui, prêchant 500 ans avant la naissance du réformateur Juif, disait que nous devions nous aimer les uns les autres et pardonner à nos ennemis. Ainsi, le Christianisme moderne n’est pas la religion de Jésus, mais le Bouddhisme et la religion de Jésus sont d’accord pour prêcher la charité, la tolérance complète, la non-résistance parfaite, l’abnégation absolue.

 

Si nous comparons le Christianisme, le Bouddhisme et l’Hindouisme au point de vue du rituel, des dogmes et des doctrines, nous voyons non seulement qu’ils sont d’accord, mais qu’ils sont absolument similaires au point que le Christianisme plus jeune paraît avoir imité les autres religions. Le premier a-t-il copié ces croyances anciennes ? Cela paraît probable. Et certains Pères de l’Eglise Chrétienne primitive avaient l’habitude de dire, ainsi que nous le voyons dans leurs écrits, que le Christianisme n’avait rien apporté de neuf dans le monde que ce qui avait existé de tout temps.

 

Si nous nous tournons vers le rituel dont l’Eglise Catholique Romaine est un exemple si frappant, nous voyons les mêmes pratiques, les mêmes vêtements sacerdotaux et objets du culte que dans le Bouddhisme, tandis que beaucoup de règles prescrites pour s’approcher ou s’éloigner de l’autel, sont mentionnées très clairement dans les rituels plus anciens dont se servaient les Brahmanes lorsqu’ils officiaient. La similitude était si extraordinaire dans le rapport sincère présenté par le prêtre catholique, l’Abbé Huc, que l’Eglise alarmée commença par expliquer que le diable sachant la venue proche du Christianisme le devança, et inventa toute cette histoire pour que les Bouddhistes puissent, grâce à cette sorte de plagiat ante facto, confondre les Catholiques innocents ; puis ils brûlèrent le livre du pauvre Abbé Huc. Les stations de la croix, le chapelet, la confession, les couvents, etc..., tout cela existe dans l’ancienne religion bouddhiste. Le chapelet était employé depuis des temps reculés au Japon, où ils possédaient plus de cent-soixante-douze espèces. Et en examinant les momies de l’ancienne Egypte, on remarqua qu’elles avaient été enterrées avec des rosaires, d’espèces diverses. J’en ai vu quelques-uns. Et si nous pouvions évoquer l’ombre des prêtres de Babylone, nous trouverions sans doute les mêmes rituels en ce pays.

 

Si nous nous tournons vers les doctrines, celle du salut par la foi est bien connue dans le Christianisme. Elle fut cause d’une controverse orageuse du temps de Saint Jacques. Mais ce qui semblera très étrange sans doute à beaucoup de Chrétiens, c’est qu’il s’agit d’une doctrine brahmanique très ancienne. Les Brahmanes l’appellent la « Doctrine du Pont » car c’est le grand Pont. Mais avec eux il ne s’agit pas de croire à une émanation particulière de Dieu, mais Dieu est son but. Dieu est le moyen et la voie, et Dieu est la fin de la foi. Grâce à une foi complète en Dieu, sans aucun intermédiaire, Dieu vous sauvera. Ils possèdent aussi une doctrine du salut par la foi en ces grands fils de Dieu : Krishna, Rama et autres ; la foi complète en l’un d’entre eux est pour eux la voie qui mène au ciel, le pont qui permet de s’élever au-dessus de tous les péchés. Ceux qui étaient tués par Krishna même, dans la grande guerre dont parle le Ramayana, allaient directement au ciel parce qu’ils croyaient en lui, comme le larron sur la croix monta au Paradis parce qu’il crut en Jésus. On retrouve la même doctrine de la foi dans le Bouddhisme. Parmi les douze grandes sectes de Bouddhisme au Japon, il en est une appelée la Secte du Pays Pur. Celle-ci enseigne qu’Amitabha avait fait le vœu que quiconque invoquerait trois fois son nom, naîtrait dans sa Région pur de Béatitude. Il prétendait que certains  hommes avaient assez de force pour vaincre l’ennemi, mais que la plupart avaient besoin d’être aidés. Cette aide se trouve dans le pouvoir du vœu d’Amita Bouddha qui soutiendra tous ceux qui invoquent son nom. La doctrine est une forme modifiée de la rémission des péchés, mais elle n’exclut pas le salut par les œuvres que le Chrétien Saint Jacques rejette.

 

Le Ciel et l’Enfer sont aussi des doctrines communes au Christianisme, au Bouddhisme et au Brahmanisme. Le Brahmane l’appelle Swarga ; le Bouddhiste, Dévachan ; et nous, le Ciel. Son opposé est Naraka et Avitchi. Mais à part les noms, les descriptions sont identiques. En vérité les enfers des Bouddhistes sont terribles, d’une très longue durée et affreux dans leurs conséquences.

 

Mais ils diffèrent du ciel et de l’enfer des Chrétiens, en ce sens que ceux-ci sont éternels tandis que les premiers ne le sont pas. Ils prennent fin quand les forces qui les ont causées sont épuisées. On retrouve la même similitude dans l’enseignement d’une pluralité de cieux, car Saint Paul parle de plus d’un ciel où il aurait été élevé, et le Bouddhisme mentionne de nombreux cieux, chacun étant un grade au-dessus ou au-dessous d’un autre. Le Brahmane et le Bouddhiste sont d’accord pour dire que lorsque le ciel et l’enfer prend fin, l’âme redescend en incarnation. C’est aussi ce qu’enseignaient les Juifs. Ils prétendaient que l’âme était pure à l’origine, mais qu’elle pécha, et doit errer maintenant de renaissances en renaissances tant qu’elle sera purifiée et sera digne de retourner à sa source. En ce qui concerne la prêtrise et les ordres, toutes les religions sont en parfait accord, sauf que pour le Brahmane, le prêtre au lieu d’être ordonné, l’est de naissance.

 

Les ordres bouddhistes commencèrent avec les amis et disciples de Bouddha. Après sa mort, ils se réunirent en un Concile qui fut suivi de nombreux autres auxquels assistèrent des prêtres. Des questions similaires à celles que se posèrent les Chrétiens furent soulevées, et des schismes identiques se produisirent, de sorte qu’actuellement il y a le Bouddhisme du Nord et celui du Sud, et les douze sectes du Japon. Pendant la vie du Bouddha, fut soulevée l’antique querelle de savoir si l’on admettrait des femmes ; elle provoqua beaucoup de discussions. Le pouvoir des prêtres brahmanes et bouddhistes est énormes, et ils exigent des privilèges et des droits aussi importants que le clergé chrétien.

 

Par suite nous devons conclure qu’au point de vue dogmatique et théologique, ces religions s’accordent. Le Christianisme se caractérise toutefois par son intolérance particulière – et en employant le mot « intolérance », je ne fais que prêter les paroles énoncées par un prêtre au sujet du Parlement de la Foire Mondiale – car il prétend être la seule vraie religion que Dieu a trouvé bon de révéler aux hommes.

 

La grande doctrine d’un Sauveur qui est le fils de Dieu – Dieu lui-même – n’a pas son origine dans le Christianisme. Elle est identique à la doctrine archaïque des Hindous appelée la doctrine des Avatars. Un Avatar est un être qui descend sur terre pour sauver les hommes. C’est Dieu incarné. Tel fut Krishna, et même Bouddha est reconnu comme un Avatar par les Hindous, car il est un des dix Avatars. La similitude entre Krishna ou Chrishna et Christ a été souvent notée. Il vint sur terre il y a 5.000 ans pour sauver et bénir les hommes, il naquit aux Indes et ses enseignements étaient ceux des Brahmanes. Comme pour Jésus, le roi Kansa le haïssait, et voulant le détruire, il tua de nombreux enfants afin d’arriver à son but, mais il échoua. Krishna lutta contre les pouvoirs des ténèbres dans ses combats avec Ravana qu’il finit par tuer. On croyait qu’il était l’incarnation de Dieu. Ceci s’accorde avec l’ancienne croyance qui veut que périodiquement, le Grand Etre assume la forme humaine pour protéger les justes, établir la vertu et l’ordre, et punir les méchants. Des millions d’hommes et de femmes lisent chaque jour l’histoire de Krishna dans le Ramayana de Tulsi Das. Ses louanges sont chantées journellement et répétés lors des fêtes. Il paraît certainement étroit et sectaire de supposer qu’une seule tribu, qu’un seul peuple fût favorisé par la descente d’une incarnation divine, supérieure à toutes les autres.

 

Jésus enseigna une doctrine secrète à ses disciples. Il leur dit qu’il enseignait au peuple en histoires simples, mais que les disciples pouvaient connaître les mystères. Et dans les premiers temps du Christianisme, on connaissait cet enseignement secret. On voit la même chose pour le Bouddhisme, car Bouddha commença avec un seul véhicule, une seule doctrine secrète, qui sans doute s’accordait avec celle des Brahmanes qui lui avaient donné l’instruction à la cour de son père. Il renonça au monde, et plus tard sacrifia la paix éternelle du Nirvana, afin de pouvoir sauver les hommes. En cela, l’histoire est d’accord avec celle de Jésus, Bouddha résista aussi à Mara ou au Démon dans le désert. Jésus enseigne que nous devons être parfaits comme le Père et que le royaume du ciel est en chacun de nous. Pour être parfait s comme le Père, nous devons être son égal, et nous retrouvons ici l’ancienne doctrine enseignée autrefois par les Brahmanes, à savoir que chaque homme est Dieu et un fragment de Dieu. Cette Doctrine prouve l’unité de l’humanité en tant qu’un tout spirituel, une des doctrines les plus importantes précédant le Christianisme, doctrine à laquelle le Brahmanisme croit également.

 

La croyance que l’univers est spirituel en son essence, que l’homme est un esprit immortel, et qu’il peut s’élever jusqu'à la perfection est une doctrine universelle. Même certains enseignements particuliers sont communs à toutes les religions. La Réincarnation n’appartient pas seulement à l’Hindouisme ou au Bouddhisme. Les Juifs y croyaient, et Jésus lui-même l’enseignait. Car il dit que Saint Jean Baptiste était la Réincarnation d’Elie « qui devait venir ». Comme il était Juif, il devait professer les doctrines des Juifs, et la réincarnation en était une. Dans l’Apocalypse, nous voyons l’auteur dire ce qui suit : « Celui qui vaincra j’en ferai un pilier dans la maison de mon Dieu, et il n’en sortira plus. »

 

Le mot « plus » implique qu’antérieurement il en était sorti.

 

La perfectibilité de l’homme détruit la doctrine du péché originel, et Jésus l’enseignait, comme je l’ai dit. La réincarnation est une nécessité pour arriver à cette perfection, et c’est par elle que sont produits ces Sauveurs de la race dont Jésus fut un exemple. Il ne nia pas un privilège semblable pour autrui, mais dit à ses disciples qu’ils pourraient faire de plus grandes œuvres encore que les siennes. Nous trouvons donc ces grands Sages et Sauveurs dans toutes les religions. Moïse, Abraham et Salomon étaient tous des Sages. Et nous sommes portés à accepter l’idée juive où Moïse et les autres étaient des réincarnations de personnages antérieurs. Moïse était selon les Juifs, Abel, le fils d’Adam ; et leur Messie devait être une réincarnation d’Adam lui-même, qui était déjà revenu pour la seconde fois en la personne de David, nous nous refusons sans raison, à admettre le restant de leur théorie.

 

Si nous passons aux doctrines journalières, nous trouvons celle du Karma qui nous oblige à payer ou à recevoir pour chacun de nos actes. Cette doctrine explique le grand problème de la vie humaine, Jésus l’enseignait, ainsi que Saint Matthieu et Saint Paul. Celui-ci dit clairement : « Frères, ne vous y trompez pas ; on ne se moque pas de Dieu ; car ce qu’un homme sème, il le récolte. »

 

C’est bien là le Karma des Brahmanes et des Bouddhistes qui enseignent que chaque vie est le résultat d’une ou de plusieurs vies antérieures,  et que chaque homme devra dans ses renaissances, rendre compte de chaque pensée, et sera mesuré selon la mesure dont il se sera servi dans le passé.

 

En ce qui concerne les principes moraux, toutes ces religions sont semblables, et aucune ne donne une éthique nouvelle. Jésus était identique à son prédécesseur Bouddha et tous deux enseignaient la loi d’amour et de pardon. Si nous envisageons les religions passées et présentes du point de vue théosophique, nous trouverons que cette morale est renforcée et confirmée. Nous ne pouvons donc offrir au monde un nouveau code de morale, mais nous nous efforçons de rechercher dans toutes les religions, une base solide qui ne soit pas fondée sur la crainte, la faveur ou l’injustice, pour étayer les principes éthiques communs à tous. Telle est la raison d’être de la Théosophie et ce qu’elle se propose de réaliser. Elle réforme la religion, elle unifie les différents systèmes, elle rétablit la justice dans notre théorie de l’univers. C’est notre passé, notre présent et notre avenir ; c’est notre vie, notre mort et notre immortalité.

 

                                                                                                   W.Q. Judge

 

* Cet article fut publié pour la première fois par W.Q. Judge dans le Path de juillet 1884. C’est une adresse présentée le 17 Avril 1894 devant le Parlement des Religions de San-Francisco, Calif., par William Q. Judge.

La Foire d’hivers de San Francisco s’était adjointe inaugurée en 1893 à Chicago. Le Dr J.D. Buck et William Q. Judge, celui-ci étant Secrétaire Général de la Section américaine, furent officiellement invités à présenter une allocution devant le Parlement à une de ses sessions, comme représentants du Mouvement Théosophique.

Le temps était si limité que chaque conférencier ne pouvait parler que trente minutes ; c’est pour cette raison que l’adresse n’est pas aussi complète qu’elle aurait pu l’être, si on avait disposé de plus de temps. Mais le fait montra une fois de plus la force du mouvement. S.T.

 

 

La Clef de la Théosophie, H.P. Blavatsky

 

La signification de Théosophie

 

QUESTION — On parle souvent de la Théosophie et de ses doctrines comme d'une nouvelle religion à la mode. Est-ce une religion ?

 

LE THÉOSOPHE — Non, il n'en est rien. La Théosophie est la Connaissance ou Science Divine.

 

QUESTION — Quel est le vrai sens du terme ?

 

LE THÉOSOPHE — « Sagesse Divine », θεοσοφια (Theosophia) ou la Sagesse des dieux, comme θεογονια (theogonia) signifie la généalogie des dieux. En grec, le mot θεο Theos veut dire un dieu, l'un des êtres divins, certainement pas « Dieu » au sens qu'on donne aujourd'hui à ce mot. Par conséquent, ce n'est pas « Sagesse de Dieu » qu'il faut dire, ainsi que le traduisent certains, mais Sagesse Divine, telle que celle que possèdent les dieux. Le terme remonte à bien des milliers d'années.

 

QUESTION — Quelle est l'origine du nom ?

 

LE THÉOSOPHE — II nous vient de philosophes d'Alexandrie qui se sont appelés amants de la vérité, ou philalèthes,  de φιλ (phil-) « qui aime », et αληθεια (alèthéia) « vérité ». Le mot Théosophie date du troisième siècle de notre ère et fit son apparition avec Ammonios Saccas et ses disciples qui fondèrent le système des théosophes éclectiques (1)..

 

QUESTION — Quel était le but de ce système ?

 

LE THÉOSOPHE — avant tout d'inculquer certaines grandes vérités morales à ses disciples et à tous ceux qui étaient des « amants de la vérité ». D'où la devise adoptée par la Société Théosophique : « II n'y a pas de religion au-dessus de la vérité » (2). Le but principal des fondateurs de l'École Théosophique Éclectique était l'un des trois buts de la Société Théosophique son successeur moderne : réconcilier toutes les religions, sectes et nations dans un système éthique commun, basé sur des vérités éternelles.

 

QUESTION — Comment pouvez-vous démontrer que ce n'est pas là un rêve impossible, et que toutes les religions du monde sont effectivement basées sur une seule et même vérité ?

 

LE THÉOSOPHE — Nous le démontrons par l'analyse et l'étude comparée de ces religions. La « Religion-Sagesse » était Une dans l'antiquité, et l'identité de toutes les philosophies religieuses primitives nous est prouvée par les doctrines identiques enseignées aux Initiés au cours des mystères, institution autrefois universellement répandue. « Tous les anciens cultes révèlent l'existence d'une seule théosophie qui leur était antérieure. La clef qui en ouvre un, doit les ouvrir tous, ou ce n'est pas la vraie clef. » (A. Wilder, op. cit.)

 

(1) Ils ont aussi été appelés des analogistes. Comme l'explique le prof. Alexander Wilder (membre de la Société Théosophique) dans son « Eclectic Philosophy » [La « Philosophie Éclectique », texte inclus dans New Platonism and Alchemy, Albany, N.Y. Weed, Parsons and Company, 1869 (N.d.T.)], on a désigné ainsi ces philosophes par suite de leur coutume d'interpréter tous les contes et légendes sacrés, aussi bien que les mythes et mystères, d'après une règle ou un principe d'analogie et de correspondance, de sorte que les événements relatés comme s'étant passés dans le monde extérieur étaient considérés comme représentant des opérations et des expériences de l'âme humaine. On les a appelés aussi néo-platoniciens. Bien qu'on situe ordinairement la Théosophie ou le système théosophique éclectique au troisième siècle, il faut en faire remonter l'origine à une époque beaucoup plus reculée s'il faut en croire Diogène Laërce qui attribue le système à un prêtre égyptien Pot-amon qui vécut au commencement de la dynastie des Ptolémées. Le même auteur nous dit que le nom est copte et signifie un être consacré à Amon*, Dieu de la Sagesse. Le mot Théosophie est l'équivalent du sanskrit Brahma Vidyâ, connaissance divine.

 

* [Amon : est l’une des principales divinités du panthéon égyptien, dieu de Thèbes. Son nom Imen, « le Caché » ou « l’Inconnaissable », traduit l’impossibilité de connaître sa « vraie » forme, car il se révèle sous de nombreux aspects. Sous la forme d'une oie, l’un de ses animaux symboliques, il pondit l'œuf primordial d'où sortit la vie. Sous la forme d'un serpent, il fertilisa l'œuf cosmique façonné dans les Eaux primordiales.]

 

(2) La Théosophie éclectique comprenait trois aspects : 1° la croyance en une Divinité — ou essence infinie — absolue, inconcevable et suprême, racine de toute la nature, et de tout ce qui est, visible et invisible. 2° La croyance à la nature immortelle et éternelle de l'homme car celle-ci, étant un rayon issu de l'Âme Universelle, était considérée nécessairement comme d'essence identique à sa source. 3° La théurgie, ou « opération divine », ou production d'une oeuvre de dieux, d'après les mots : théos «  dieu », et ergon « acte » ou « œuvre ». Le terme est très ancien, mais, appartenant au vocabulaire des mystères, il n'était pas d'usage courant. Selon une croyance mystique — prouvée en pratique par les adeptes et les prêtres initiés — l'homme pouvait, en se rendant aussi pur que les êtres incorporels, c'est-à-dire en retournant à la pureté de sa nature originelle, amener les dieux à lui communiquer des Mystères divins, et même à se les rendre parfois visibles, soit subjectivement, soit objectivement. C'était l'aspect transcendant de ce que l'on appelle maintenant le « spiritisme » ; mais, la foule n'ayant pas compris la théurgie et en ayant abusé, certains en vinrent même à la tenir pour de la nécromancie, et elle fut presque partout interdite. La magie cérémonielle de certains cabalistes modernes n'est qu'un écho travesti de la théurgie de Jamblique. La Théosophie moderne évite et rejette ces deux sortes de magie et de « nécromancie » qu'elle considère comme très dangereuses. La théurgie divine authentique exige une pureté et une sainteté de vie presque surhumaines ; sinon elle dégénère en médiumnité ou en magie noire. Les premiers disciples d'Ammonios Saccas (qui fut appelé théodidaktos « instruit par la divinité », tels Plotin et son successeur Porphyre, rejetèrent d'abord la théurgie, mais ils furent finalement amenés à l'admettre grâce à Jamblique qui écrivit un livre à cet effet (connu sous le titre De Mysteriis) qu'il présenta sous le nom de son propre maître, un fameux prêtre égyptien, Abammon. Ammonios Saccas était né de parents chrétiens, mais comme la spiritualité dogmatique du christianisme l'avait rebuté dès son enfance, il devint néo-platonicien et on a dit de lui, comme de Jacob Boehme, et d'autres grands voyants et mystiques, que la sagesse divine lui avait été révélée en songe et par des visions. D'où son surnom de théodidaktos. Il résolut de réconcilier tous les systèmes religieux et, en démontrant l'identité de leur origine, d'établir une seule croyance universelle basée sur l'éthique. Sa vie fut si irréprochable et si pure, son savoir si profond et si vaste, que plusieurs Pères de l'Église furent secrètement ses disciples. Clément d'Alexandrie parle de lui avec une haute considération. Plotin, le « saint Jean » d'Ammonios, homme de la plus haute probité et de la plus profonde érudition, fut aussi universellement respecté et estimé. À l'âge de trente-neuf ans, il accompagna l'empereur romain Gordien et son armée en Orient, afin d'y être instruit par les sages de la Bactriane et de l'Inde. Il fonda une École de philosophie à Rome. Son disciple Porphyre, Juif hellénisé dont le vrai nom était Malchus (Malek),  rassembla toutes les œuvres de son maître ; il fut lui-même un auteur célèbre et donna une interprétation allégorique de certaines parties des œuvres d'Homère. Le système de méditation en usage chez les philalèthes fut l'extase, système qui s'apparente à la pratique indienne du yoga. Tout ce que l'on connaît de cette École Éclectique est dû à Origène, Longin et Plotin, disciples directs d'Ammonios. (Voir A. Wilder, op. cit.)

 

Objectif de la Société Théosophique

 

QUESTION — Au temps d'Ammonios Saccas, il y avait plusieurs grandes religions anciennes et, ne fût-ce qu'en Égypte et en Palestine, les sectes étaient déjà très nombreuses. Comment a-t-il pu les réconcilier ?

 

LE THÉOSOPHE — En faisant ce que nous essayons de faire à présent. Les néo-platoniciens formaient un ensemble important, et appartenaient à diverses écoles de philosophie religieuse (3), comme c'est le cas pour nos théosophes. À cette époque, le Juif Aristobule affirmait que l'éthique d'Aristote représentait les enseignements ésotériques de la loi de Moïse ; Philon le Juif essayait de concilier le Pentateuque avec la philosophie pythagoricienne et platonicienne; et Josèphe prouvait que les Esséniens du Carmel n'étaient que les imitateurs et les continuateurs des Thérapeutes (ou guérisseurs) égyptiens. Il en est de même de nos jours. Nous pouvons indiquer la généalogie de chaque religion chrétienne, comme aussi de chaque secte, fût-ce la plus petite. Ces sectes sont les pousses ou rameaux mineurs issus des branches principales ; mais branches et rameaux proviennent tous du même tronc : la RELIGION-SAGESSE. Prouver cela fut le but d'Ammonios qui s'efforça d'amener les gentils et les chrétiens, les juifs et les idolâtres, à mettre de côté leurs disputes et leurs controverses, en se souvenant seulement qu'ils étaient tous en possession de la même vérité sous des parures diverses, et qu'ils étaient tous enfants d'une même mère (4) C'est aussi le but de la Théosophie.

 

QUESTION — Sur quelles autorités vous appuyez-vous pour avancer ce que vous dites des anciens théosophes d'Alexandrie ?

 

LE THÉOSOPHE — sur un très grand nombre d'auteurs bien connus ; l'un d'entre eux, Mosheim, déclare :

« Ammonios enseignait que la religion du peuple était étroitement liée à la philosophie et, comme celle-ci, elle s'était trouvée progressivement corrompue et obscurcie par des opinions purement humaines, des superstitions et des mensonges et qu'on devait lui restituer sa pureté originelle en la débarrassant de toutes ces scories et en l'expliquant selon des principes philosophiques ; selon lui, également, tout ce que le Christ avait eu en vue c'était de remettre à l'honneur et restaurer la Sagesse des anciens dans son intégrité primitive, de mettre des limites à l'extension universelle de la superstition, et, selon le cas, corriger ou déraciner les diverses erreurs qui s'étaient introduites dans les différentes religions populaires. »

 

Ici encore, c'est précisément ce que disent les théosophes modernes. Mais, tandis que le grand Philalèthe était soutenu et aidé dans son œuvre par deux Pères de l'Église, Clément et Athénagore, par les doctes rabbins de la Synagogue, par les philosophes de l'Académie et ceux du Jardin, et tandis que lui-même enseignait une commune doctrine pour tous, nous, qui le suivons dans cette même voie, non seulement nous ne sommes pas reconnus, mais, au contraire, nous sommes injuriés et persécutés. Cela prouve que les hommes étaient plus tolérants il y a quinze cents ans qu'ils ne le sont en notre siècle éclairé.

 

QUESTION — Ammonios était-il encouragé et soutenu par l'Église pour la raison que, malgré ses hérésies, il enseignait le christianisme, et était lui-même chrétien ?

 

LE THÉOSOPHE — Pas du tout. Il était né chrétien, mais il n'accepta jamais le christianisme de l'Église. Comme le dit à son propos le même auteur [A. Wilder paraphrasant Mosheim] :

 

« II n'eut qu'à exposer ses instructions en se conformant à celles des anciennes colonnes d'Hermès, que Platon et Pythagore avaient connues avant lui, et dont ils s'étaient inspirés pour élaborer leur philosophie. Trouvant les mêmes doctrines dans le prologue de l'Évangile selon St. Jean, il supposa très justement que le but de Jésus avait été de restaurer dans son intégrité primitive la grande doctrine de la sagesse. Il considérait que les récits de la Bible et les histoires des dieux devaient être des allégories visant à illustrer la vérité, ou bien de simples fables que l'on devait rejeter. »

 

Et comme on peut le lire dans The Edinburgh Encyclopaedia :

 

« II reconnut que Jésus-Christ était un homme excellent et " l'ami de Dieu ", mais il prétendit que son dessein n'était pas d'abolir entièrement le culte des démons (c'est-à-dire des dieux), et qu'il se proposait seulement de purifier l'ancienne religion. »

 

(3) Ce fut sous Philadelphe que le judaïsme s'établit à Alexandrie, et, tout de suite, les maîtres de l'hellénisme devinrent de dangereux rivaux du Collège des Rabbis de Babylone. Comme le remarque très judicieusement le professeur Alexander Wilder :

 

« À cette époque, on trouvait exposés en même temps les philosophies de la Grèce et les systèmes bouddhique, védantin et mazdéen. Il n'y avait rien d'étonnant à ce que des hommes réfléchis en soient venus à penser que les querelles verbales dussent cesser, et qu'ils aient admis la possibilité de tirer de ces diverses doctrines un seul système harmonieux (...) Pantène, athénagore et Clément étaient parfaitement instruits de la phlosophie platonicienne et avaient bien compris son unité essentielle avec les systèmes orientaux. »

 

(4) Voici ce que dit l'historien Mosheim à propos d'Ammonios : « Réalisant que non seulement les philosophes de la Grèce, mais aussi tous ceux des diverses nations barbares s'accordaient parfaitement sur tous les points essentiels, il se fixa pour but de présenter les mille doctrines de ces différentes sectes, de manière à démontrer qu'ayant toutes une seule et même origine elles tendaient toutes à une seule et même fin. » Si l'auteur qui traite d'Ammonios dans The Edinburgh Encyclopaedia sait bien ce dont il parle, c'est précisément les théosophes modernes qu'il décrit, avec leurs convictions et leur œuvre, lorsqu'il fait le commentaire suivant, au sujet du théodidaktos :

 

« II adopta les doctrines admises en Égypte (les doctrines ésotériques étant celles de l'Inde) concernant, d'une part, l'univers et la Divinité, considérés comme formant un grand tout et, d'autre part, celles concernant l'éternité du monde (...) il établit un système de discipline morale qui laissait le peuple en général libre de vivre selon les lois de son pays et les injonctions de la Nature, mais qui exigeait du sage l'exaltation de la pensée par la contemplation. »

 

La Religion-Sagesse ésotérique à travers les âges

 

QUESTION — Puisque Ammonios n'a jamais rien écrit, comment peut-on être certain que telles étaient ses doctrines ?

 

LE THÉOSOPHE — Ni le Bouddha, ni Pythagore, ni Confucius, ni Orphée, ni Socrate, ni même Jésus n'ont rien laissé par écrit. Néanmoins, la plupart d'entre eux sont des personnages historiques, et leurs doctrines sont toutes parvenues jusqu'à nous. Ce sont les disciples d'Ammonios (parmi lesquels se trouvaient Origène et Hérennius) qui ont écrit des traités et expliqué l'éthique de leur maître. Ces traités sont certainement aussi historiques, sinon plus, que les écrits des Apôtres. De plus, ses élèves, Origène, Plotin et Longin (qui fut conseiller de la fameuse reine Zénobie) ont tous laissé par écrit de volumineux témoignages sur le système des Philalèthes, au moins dans la mesure où leur profession de foi était connue publiquement, car l'École avait, outre ses doctrines exotériques, des doctrines ésotériques.

 

QUESTION — Comment ces dernières nous sont-elles parvenues puisque vous avancez que ce qui s'appelle en propre la RELIGION-SAGESSE était ésotérique ?

 

LE THÉOSOPHE — La RELIGION-SAGESSE a toujours été une et, comme elle est le dernier mot de toute connaissance humaine possible, elle a été soigneusement préservée. Elle existait depuis de longs âges avant les théosophes alexandrins, elle s'est perpétuée jusqu'à nos jours et elle survivra à toute autre religion et philosophie.

 

QUESTION — Où a-t-elle été ainsi préservée et par qui ?

 

LE THÉOSOPHE — Dans le cercle des Initiés de tous les pays : parmi les profonds chercheurs de la vérité — leurs disciples — et dans les parties du monde où de tels sujets ont toujours été appréciés par-dessus tout et approfondis : en Inde, en Asie Centrale et en Perse.

 

QUESTION — Pouvez-vous me donner des preuves de son ésotérisme ?

 

LE THÉOSOPHE — La meilleure preuve que vous puissiez en avoir se trouve dans le fait que, dans l'Antiquité, tout culte religieux — ou plutôt philosophique — comprenait un enseignement ésotérique, ou secret, et un culte exotérique (ou extérieur et public). De plus, c'est un fait bien connu que les mystères des anciens se divisaient, dans toutes les nations, en mystères « Majeurs » (secrets), et en mystères « Mineurs » (publics), comme par exemple, dans les célèbres solennités appelées Éleusinies en Grèce. Depuis les hiérophantes de Samothrace ou d'Égypte, et les brâhmanes initiés de l'Inde antique jusqu'aux rabbins hébreux, tous, par crainte de profanation, tenaient secrètes leurs véritables croyances. Les rabbins juifs donnaient à leur théorie religieuse séculière le nom de Merkavah (ou corps extérieur), c'est-à-dire le « véhicule », ou l'enveloppe, qui contient l'âme cachée, en d'autres termes, la connaissance secrète la plus élevée de ces rabbins. Jamais, dans aucune nation de l'antiquité, les prêtres n'ont dévoilé aux masses les vrais secrets philosophiques : ils ne leur en ont livré que l'enveloppe extérieure. Le bouddhisme du Nord a ses véhicules, « majeur » et « mineur », connus sous le nom de Mahâyâna (l'École ésotérique) et de Hînayâna (l'École exotérique). On ne saurait les blâmer pour ces secrets, car vous n'auriez pas l'idée de donner en pâture à vos moutons de doctes dissertations sur la botanique au lieu de l'herbe qui leur convient. Pythagore appelait sa Gnose « la connaissance des choses qui sont » η γνωσις των οντων ; il la réservait à ses seuls disciples assermentés, qui pouvaient assimiler une telle nourriture mentale et s'en satisfaire ; et il les tenait au silence et au secret par un serment. Les alphabets occultes et les codes chiffrés secrets dérivent des anciennes écritures hiératiques égyptiennes, dont la clef était jadis en la seule possession des hiérogrammatistes, ou prêtres initiés égyptiens. Comme nous le disent ses biographes, Ammonios Saccas liait ses disciples par le serment de ne jamais divulguer ses doctrines supérieures, sauf à ceux qui avaient déjà été instruits dans la connaissance préliminaire et qui s'étaient aussi engagés par serment. Enfin, ne trouve-t-on pas la même distinction entre doctrines secrètes et doctrines publiques dans le christianisme primitif, chez les gnostiques, et même dans les enseignements du Christ ? Jésus ne parlait-il pas à la multitude avec des paraboles à double sens et n'en réservait-il pas l'explication cachée à ses seuls disciples ? II leur disait : « À vous il est donné de connaître le mystère du royaume de Dieu, mais à ceux-là, qui sont dehors, tout arrive en paraboles. » (Marc, 4, 11). « Les Esséniens de Judée et du Carmel faisaient de semblables distinctions en divisant leurs membres en néophytes, frères, et parfaits, ou initiés » (A. Wilder, op. cit.). On pourrait citer des exemples similaires dans tous les pays.

 

QUESTION — Peut-on atteindre la « Sagesse Secrète » par l'étude seule ? Les encyclopédies définissent la théosophie à peu près comme le fait le Dictionnaire de Webster, «  une prétendue communication avec Dieu et des esprits supérieurs, assortie, en conséquence, de l'acquisition d'une connaissance surhumaine, par des moyens physiques et des procédés chimiques ». Est-ce exact ?

 

LE THÉOSOPHE — Je pense que non. Et il n'existe pas de lexicographe qui puisse expliquer, à lui-même ou aux autres, comment on pourrait obtenir une connaissance surhumaine par des procédés physiques ou chimiques. Si Webster avait dit « par des procédés métaphysiques et alchimiques », sa définition aurait été à peu près correcte ; mais telle qu'elle se présente elle est absurde. Les anciens théosophes affirmaient, comme le font les modernes, que l'infini ne peut être connu par le fini, c'est-à-dire perçu par le Soi fini, mais que l'essence divine peut être communiquée au Soi Spirituel supérieur dans un état d'extase. Cet état ne peut guère être atteint, à la différence de l'hypnose, par des « moyens physiques et chimiques ».

 

QUESTION — Quelle explication donnez-vous de l'extase ?

 

LE THÉOSOPHE — Selon la définition de Plotin, la véritable extase est « l'état dans lequel le mental est libéré de sa conscience finie, et communie avec l'infini en s'identifiant à lui ». C'est, dit le professeur Wilder, la plus haute condition que l'homme puisse atteindre, mais elle ne dure pas d'une façon permanente, et seuls peuvent y parvenir un très, très petit nombre d'individus. En effet, cet état est identique à celui que l'on connaît dans l'Inde sous le nom de samâdhi. Ce dernier est pratiqué par les yogis, qui le favorisent physiquement par la plus grande abstinence possible de nourriture et de boisson, et mentalement par un effort incessant de purification et d'élévation de la pensée. La méditation est la prière silencieuse non exprimée, définie par Platon comme « l'aspiration ardente de l'âme vers le divin ; non pour demander un bien particulier (selon la signification communément attribuée à la prière), mais pour le bien lui-même — le Bien Suprême universel dont nous sommes tous un fragment sur terre, et dont l'essence est la source d'où nous sommes tous issu ». C'est pourquoi, ajoute Platon : « reste silencieux en présence des êtres divins, jusqu'à ce qu'ils dissipent les nuages de tes yeux et te rendent capable de voir, à la faveur de la lumière qui émane d'eux-mêmes, non pas ce qui te semble bon à toi, mais ce qui est intrinsèquement bon » (5).

 

QUESTION — La Théosophie n'est donc pas, comme certains le prétendent un système nouvellement inventé ?

 

LE THÉOSOPHE — Les ignorants seuls peuvent le dire. Elle est aussi vieille que le monde, sinon par son nom, du moins par ses enseignements et son éthique, comme elle est également le système le plus large et plus catholique de tous.

 

QUESTION — Comment se fait-il alors que la Théosophie soit restée à ce point inconnue des nations de l'hémisphère occidental ? Pourquoi serait-elle restée un livre scellé pour des races qui, de l'aveu de tout le monde, sont les plus cultivées et les plus avancées ?

 

LE THÉOSOPHE — Nous croyons qu'il y avait jadis des nations aussi cultivées, et certainement plus « avancées » spirituellement que nous le sommes. Mais il y a plusieurs raisons à cette ignorance délibérée. Saint Paul en fournit une aux Athéniens cultivés, en évoquant la perte, durant de longs siècles, de toute véritable intuition spirituelle et même de tout intérêt pour les choses de l'esprit, à cause d'une préoccupation trop exclusive pour les choses des sens et d'un long esclavage sous le joug de la lettre morte des dogmes et des rites. Mais la raison essentielle tient à ce que la véritable Théosophie a toujours été tenue secrète.

 

QUESTION — Vous nous avez fourni des preuves de l'existence du secret gardé autour de ces doctrines, mais pourquoi ce secret, en vérité ?

 

LE THÉOSOPHE — Les causes en étaient les suivantes : Premièrement, la perversité de la nature humaine, en général, et son égoïsme, poussant toujours les hommes ordinaires à la satisfaction de leurs désirs personnels, au détriment de leurs semblables et de leurs proches, il était impossible de jamais confier des secrets divins à de tels individus. Deuxièmement, on ne pouvait pas non plus se fier à eux pour préserver de l'avilissement la connaissance sacrée et divine. C'est cette dernière cause qui fut d'ailleurs à l'origine de la perversion des vérités et des symboles les plus sublimes, comme aussi de la transformation progressive des choses spirituelles en de grossières représentations anthropomorphes et concrètes ; c'est elle, en d'autres termes, qui a conduit à rapetisser l'idée du divin et ouvert la porte à l'idolâtrie.

 

(5) C'est ce que le savant auteur de l'ouvrage plusieurs fois cité, le professeur A. Wilder, décrit sous le nom de « photographie spirituelle » :

 

« L'âme est la chambre noire dans laquelle sont également fixés les faits et les événements à la fois futurs, passés et présents ; et le mental en prend conscience. Au-delà de notre monde journalier et limité, tout est comme un seul jour, ou un seul état, où le passé et l'avenir sont compris dans le présent (...). La mort est l'ultime extase sur terre. Alors l'âme est libérée de la contrainte du corps et sa partie la plus noble s'unit à la nature supérieure et partage la sagesse et la prescience des êtres supérieurs »

 

La vraie Théosophie est, pour les mystiques, cet état que décrit Apollonius de Tyane en ces termes :

 

« Je peux voir le présent et l'avenir comme en un clair miroir. Le sage n'a pas à attendre les vapeurs de la terre ni la corruption de l'air pour prévoir les événements (...). Les théoi, ou dieux, voient l'avenir ; les hommes ordinaires, le présent ; les sages, ce qui est sur le point de se produire ». « La Théosophie des Sages » dont il parle est très bien traduite par l'expression; « Le Royaume de Dieu est au-dedans de nous »

 

 

 

 

adresse mail: theosophie.tarentaise@hotmail.fr  

 

lotus c

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