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Redécouvrir le sens du sacré dans la vie

 

Notes sur la La Bhagavad-Gîtâ, chapitre X

Le titre de ce chapitre est " La consécration au moyen des Perfections Divines Universelles " . Les mots " Perfections Divines Universelles " ont un sens dont on ne se rend pas compte d'habitude. Les hommes parlent de la perfection du point de vue de l'imperfection et toujours relativement aux formes, conditions et apparences qui sont sans cesse changeantes ; aussi, pour l'humanité en général, la conception courante de la perfection est une idée toujours fuyante et insaisissable, aussi bien que trompeuse. Ici encore, comme le fait notre science moderne, nous raisonnons du particulier à l'universel, au lieu d'aller de l'universel au particulier, sans jamais réaliser le fait que rien de moins que la cause elle-même ne pourrait jamais se connaître elle-même.

Les discours de Krishna ne font que répéter ce que les hommes parfaits ont connu de tout temps et qui, depuis, a été proclamé par toutes les incarnations divines : l'identité de l'homme avec l'Absolu non manifesté, aussi bien qu'avec la Déité telle que nous la voyons manifestée dans la Nature. Nos doctrines et notre éducation nous induisent à penser que l' imperfection nous est inhérente ; s'il en est ainsi, il nous est impossible, par aucun moyen, de devenir un jour parfaits ; alors que, si la perfection nous est inhérente, il est à notre portée de voir, comprendre et corriger le caractère imparfait d'une connaissance et d'une utilisation de toutes les forces, car c'est à des forces et non à des formes que nous avons affaire ; à des idées et non à des personnes. Nous commencerons alors à comprendre qu'il n'existe qu'une force, ou un seul pouvoir — le pouvoir spirituel — et que tous les effets variés de ce pouvoir (ou de cette force) unique, que nous voyons et expérimentons, sont dus au sens que leur impriment des entités conscientes, d'espèces multiples dans leurs différents degrés. Pour comprendre les " Perfections Divines " , il faut les appliquer universellement du point de vue du Soi Unique : le Soi de chacun, le Soi de tout.

Bien que la Gîtâ soit écrite sous forme d'un dialogue entre Krishna et Arjuna — entre instructeur divin et disciple — et bien qu'on puisse la comprendre ainsi, on peut l'appliquer dans un sens différent. Krishna est le Soi Supérieur dans chaque être et Arjuna, le mental, le miroir des impressions extérieures. Cela permet d'envisager avec profit ce dialogue comme un moyen pour réaliser le Soi, comprendre comment Il s'adapte aux éléments et aux forces de nature inférieure et comment Il les contrôle. La note dominante de tous les enseignements anciens est que le pouvoir créateur, qui soutient aussi toute chose et tout être, ne doit pas être recherché à l'extérieur : il ne peut être trouvé qu'à la racine même de la nature de chacun et de tous. Comme il est dit dans les Upanishad :Le Soi-Être perça les ouvertures vers l'extérieur, c'est pourquoi l'homme regarde au dehors et non pas en dedans de lui-même " . Le sage qui cherche l'Éternel regarde en dedans, car " ce qui vit et pense dans l'homme est l'Éternel Pèlerin " *. II est donc nécessaire que l'étudiant s'attache fortement à la pensée qu'il agit pour le Soi et comme le Soi de tout, que la faculté de tout voir et de tout comprendre existe potentiellement en lui, qu'elle est en fait son vrai Soi. Dans ces paroles de la GÎtâ : " Ni l'assemblée des Dieux, ni les Rois-Adeptes ne connaissent mon origine, car je suis l'origine de tous les Dieux et des Adeptes " [v. 2], comme dans celles-ci : " Je suis l'origine de tout ; toute chose procède de moi " [v. 8], l'étudiant comprendra au moins alors que Krishna parle du Soi de tout et de chacun, et que l'origine de ce qui est Éternel et immuable ne peut être découverte, car elle est à la fois Être et Non-Être. Comme le déclare Patañjali** : « L'Âme est le Témoin ; elle est assurément vision elle-même, pure et simple, et elle perçoit directement les idées " . Cela signifie que tout être humain possède le pouvoir de voir et de connaître toute chose, si restreint que soit parfois ce pouvoir : la restriction n'est due qu'à la limitation plus ou moins grande des idées auxquelles il adhère et qui constituent la base de ses actions. Ce champ de perception limité, par l'homme lui-même, empêche non seulement l'exercice complet de ses pouvoirs en tant que Soi, mais agit comme un obstacle à la juste compréhension de ses observations et de ses expériences. Ainsi, même l'homme d'aujourd'hui pourrait dire : " Je suis l'origine de tout ; toute chose procède de moi " , car en ce qui le concerne, ses idées adoptées et sa nature acquise forment la base de toutes les causes qu'il met en branle et qui constituent aussi le champ où il observe et éprouve les effets de ces causes. Par le pouvoir même qui réside dans le Soi, l'Homme crée le bien et le mal, l'illusion de la séparativité et toutes les imperfections. Les perfections divines sont universelles ; on ne peut les atteindre qu'en agissant pour le Soi et comme le Soi en toute chose. Cet état peut être obtenu par une élimination graduelle de toutes les bases d'action qui contribuent à créer la séparativité.

 

* [Cf. La Doctrine Secrète.]

** [Cf. Aphorismes du Yoga, II, 20. Le mot sanskrit pour " témoin est drashtâ :celui qui voit ', qui regarde ' ".]

 

 

Arjuna commence par définir à lui-même (c'est-à-dire Krishna) les caractéristiques qui, à ses yeux, indiquent l'état et la puissance suprêmes. " Tu es Parabrahm* (...) tu es la Présence Éternelle, l'Être Divin, (...) omniprésent, sans commencement " [v. 12]. " Toi seul te connais par ton Soi (...). Toi seul peux énoncer intégralement les pouvoirs divins (...). La pensée concentrée sur toi, comment pourrai-je te connaître ? (...) Sous quelles formes particulières méditerai-je sur toi ? " [v. 15-7].

 

* Au delà de Brahmâ.

 

 

La réponse débute par ces mots : " Je vais te révéler les principales d'entre mes manifestations divines, car l'étendue de ma nature est infinie. Je suis l'Ego qui réside dans le cœur de tous les êtres ; je suis le commencement, le milieu et la fin de toutes les choses existantes " [v. 19-20]. Il poursuit en expliquant que parmi les dieux, le Soi est le plus élevé ; parmi les corps planétaires, le Soleil est Son expression ; parmi les esprits de l'air, leur chef est également Son expression ; parmi les Écritures sacrées, le Soi est leur essence — le chant ou le son tout-puissant — et il poursuit ainsi avec une longue énumération des formes, pouvoirs et qualités multiples accessibles à l'intelligence d'Arjuna. Il conclut en déclarant : " Je suis, ô Arjuna, la semence de toutes les choses existantes, et il n'y a rien, tant animé qu'inanimé, qui soit exempt de moi. Mes manifestations divines sont infinies ; toutes celles que je viens de mentionner n'en sont que des exemples. Sache que toute créature permanente, favorisée du sort ou puissante, est issue également d'une fraction de mon énergie. Mais qu'as-tu à faire, ô Arjuna, de tant de connaissance ? J'ai établi cet univers entier avec une seule partie de moi-même et je reste inchangé " [v. 39-42].

Arjuna avait demandé à Krishna sous quelle forme particulière le Soi devait être adoré. La réponse de Krishna fut : " sous toutes les formes " , car, dans l'univers, rien d'animé ou d'inanimé n'est privé du Soi. Celui qui cherche la Vérité et la connaissance doit voir le Soi Unique en toute chose et toutes choses dans le Soi et, en conséquence, agir pour le Soi et comme le Soi de tout. Toutes les Écritures sacrées s'adressent à l'individu, car c'est de l'intérieur de l'individu — et de lui seulement — que peut venir la réforme, et c'est en lui qu'elle doit se parfaire. L'étude de la Gîtâ et son application tendent à démolir toute idée basée sur la séparativité et à convaincre l'étudiant que la voie de la vraie connaissance des divines perfections se trouve dans le service universel, sans distinction de caste, de croyance, de sexe, de couleur ou de race* . La Soi-Connaissance est l'enfant d'actions aimantes " **.

 

* [Cette formule rappelle évidemment l'énoncé du premier But de la Société Théosophique, visant à " former le noyau d'une fraternité universelle de l'humanité " , sans aucune des distinctions notées ici. On en trouve aussi un écho dans la Déclaration de la Loge Unie des Théosophes, à propos du véritable service de l'Humanité auquel se consacre le vrai théosophe.]

** [Cf. La Voix du Silence, Traité II, p.48.]

 

 

 

Méditation sur le Sentier du vrai Théosophe (C.T. 2)

- I -

« La voie de la paix intérieure consiste à se conformer en toutes choses aux décrets et aux dispositions de la Volonté Divine. Ceux qui voudraient que tout réussisse et se passe selon leur propre caprice ne sont pas près de connaître cette voie : et c'est pourquoi ils mènent une vie rude et amère ; constamment agités et de mauvaise humeur, ils ne suivent pas le sentier de la paix. »

Sachez donc bien que celui qui cherche la voie cachée ne peut la trouver qu'en passant la porte de la vie. Dans le cœur de tous les êtres, s'éveille à un certain moment le désir de la connaissance. Celui qui pense que son désir sera satisfait comme le petit oiseau dans le nid qui n'a qu'à ouvrir le bec pour recevoir sa nourriture sera vraiment très désappointé.

Dans toute la nature, nous ne pouvons trouver aucun exemple ou un effort quelconque ne soit pas nécessaire. Nous pouvons constater qu'il y a toujours un résultat naturel à la suite d'un tel effort. Celui qui veut vraiment vivre la vie ou trouver la Sagesse, ne peut le faire que par un effort soutenu. Si un homme se met à étudier et apprend à percer un peu le voile, ou bien s'il a trouvé en lui-même quelque chose qui dépasse en grandeur son soi extérieur, cela ne l'autorise nullement à s'installer dans l'oisiveté ou à s'isoler du contact du monde. Ce n'est pas parce qu'il aperçoit au loin les lueurs de la lumière qu'il peut dire à son semblable : « Je suis plus saint que toi » ou s'envelopper du manteau de la solitude.

L'âme se développe comme la fleur, au soleil de Dieu, et d'une façon inconsciente pour le sol dans lequel elle pousse. Voilez la lumière et le sol devient humide et stérile, la fleur se fane ou elle pâlit et s'étiole. Chacun de nous est ici pour une bonne et sage raison. Si nous découvrons partiellement le pourquoi de notre présence sur terre, nous avons dans ce cas d'autant plus de raisons de chercher dans la vie, par un contact intelligent avec elle, à en élucider plus complètement le problème. Ce n'est pas tellement l'étude de nous-mêmes que la préoccupation des autres qui ouvre cette porte. Les événements de la vie et leurs causes conduisent à la connaissance. Ils doivent être étudiés lorsqu'ils se manifestent dans la vie courante.

Il n'y a pas d'oisiveté pour le Mystique. Dans sa vie journalière, il peut lui arriver d'avoir à affronter les plus âpres et les plus dures des tâches et des épreuves du monde, et cependant il va son chemin le sourire aux lèvres et la joie au cœur ; il ne devient pas sensible au point de ne pouvoir supporter de s'associer avec ses semblables, ni si extrêmement spirituel qu'il en oublie qu'un autre est peut-être en train de mourir de faim.

Un homme qui prétendait enseigner les mystères disait : « II me faut une demeure agréable et une ambiance de beauté. » Un vrai Théosophe ne doit rien attendre de ce genre, que ce soit avant d'enseigner, ou, ce qui est tout d'abord nécessaire, avant d'apprendre. Ce serait peut-être agréable mais si l'Inspiration Divine ne vient que dans ces conditions, alors vraiment le Divin est bien loin de la plupart d'entre nous. Seul peut devenir un facteur bienfaisant, ou enseigner à approcher le sentier, celui qui, oubliant ses propres conditions, s'efforce d'embellir et d'illuminer celles des autres, non pour satisfaire ses propres sens, ou pour l'amour de ce qui est agréable et plaisant.

Se préoccuper de soi provoque très certainement des obstacles et nous déroute dans la poursuite de nos buts et objectifs, particulièrement lorsqu'ils sont tournés vers l'occulte.

Ici encore naît la pensée : « J'étudie la science mystique ; je possède une portion de cette science. » Insidieusement s'insinue la pensée : « Voyez, je suis un peu plus avancé que les autres hommes qui n'ont pas pénétré si loin. » Sachez donc bien que vous n'êtes même pas aussi grand qu'eux. Celui qui pense qu'il est sage est le plus ignorant des hommes et celui qui commence à croire qu'il est sage se trouve en plus grand danger qu'aucun autre être vivant.

Pensez-vous donc que pour avoir obtenu une partie de la connaissance occulte vous avez le droit de vous isoler de tout contact avec le reste de l'humanité ? II n'en est pas ainsi : si vous avez obtenu la vraie connaissance, cela vous oblige à aller à la rencontre de tous les hommes, non pas à moitié chemin, mais plus loin que cela encore, pour les rechercher. Cela exige non que vous vous retiriez du monde mais que, cherchant son contact, vous vous plongiez dans sa misère et sa douleur et que, d'une parole réconfortante, si vous n'avez rien d'autre à donner (et le Mystique n'a guère plus), vous vous efforciez d'alléger le fardeau d'une âme qui lutte.

Vous rêvez de renommée. Nous ne connaissons rien de semblable. Celui qui recherche le sentier ascendant découvre que tout est vérité, que le mal n'est que la déviation du bien. Pourquoi demander la renommée ? Elle n'est que la louange de ceux que nous essayons d'aider.

Ne désirez ni la notoriété, ni la renommée, ni la richesse. Inconnus, vous vivez retirés. Sans renommée, vous n'êtes pas troubles dans votre retraite et vous pouvez parcourir le vaste monde en accomplissant votre devoir, comme il s'impose à vous, sans être reconnu.

Si le devoir devient pénible, ou si vous tombez au bord du chemin, ne soyez pas découragés, effrayés ou fatigués du monde. Souvenez-vous de ces paroles : « Tu peux chercher le silence dans le tumulte, la solitude dans la compagnie des hommes, la lumière dans les ténèbres, l'oubli dans les contraintes, l'énergie dans le découragement, le courage dans la peur, la résistance dans la tentation, la paix dans la guerre et la quiétude dans les tribulations. »

- II -

Travaille comme ceux qui sont ambitieux,

Respecte la vie comme ceux qui la désirent,

Sois heureux comme ceux qui vivent pour le bonheur.

(La Lumière sur le Sentier)

Nous sommes éprouvés de façon tout à fait insoupçonnée et dans les affaires de la vie qui nous semblent sans importance se cache souvent la plus dangereuse des tentations.

Bien souvent, le travail nous est pour le moins désagréable en raison d'une répugnance mentale ou physique. Lorsque celui qui cherche le Sentier ascendant commence à le trouver, le travail lui devient une charge plus lourde, tandis qu'en même temps, en raison de sa condition physique, il se trouve moins bien préparé à affronter la tâche. C'est tout à fait vrai mais il ne faut pas céder à la difficulté. Il faut l'oublier. Il faut absolument travailler  et si on ne peut avoir le genre de travail que l'on désire ou que l'on estime le mieux adapté a soi-même, il faut accepter et faire ce qui se présente. C'est précisément ce travail qui est le plus nécessaire. On ne doit pas non plus le faire pour s'en débarrasser. Au contraire, il est entendu que ce travail doit être fait par l'homme comme si c'était le but même de sa vie, comme si tout son cœur y était. On peut être assez sage pour savoir qu'il existe autre chose ou que le futur réserve de meilleurs dons, cependant, même ceci, doit en fait être oublié, tout en accomplissant son travail comme s'il n'y avait pas de lendemain.

Souvenez-vous que la vie est le produit du Toujours-Vivant. Si vous avez pu comprendre un peu du mystère de la vie et évaluer ses attraits à leur juste valeur, vous n'avez aucune raison pour autant d'aller d'un air solennel flétrir les réjouissances des autres hommes. Pour eux, la vie est aussi réelle que le mystère l'est pour vous. Leur heure viendra comme est venue la vôtre ; ainsi donc, hâtez pour eux sa venue, si vous le pouvez, en rendant la vie plus lumineuse, plus joyeuse, meilleure.

Si c'est pour vous le moment de jeûner, mettez votre plus bel habit et allez, non comme un homme qui jeûne, mais comme celui qui vit pour la vie.

Poussez vos soupirs et vos cris en vous-mêmes. Si vous ne pouvez pas accepter les petits événements de la vie et leurs leçons sans le crier sur les toits, pensez-vous que vous êtes prêts à ce qu'on vous confie les mystères ?

Renoncer à un genre de nourriture, ou à certains aliments, en soi-même ne vous ouvrira pas les portes scellées. Si là gisait la clef, quelle sagesse devraient posséder les bêtes des champs et quel profond Mystique aurait dû être Nabuchodonosor après « s'être mis au régime herbivore ! » (Daniel, ch. IV.)

Il y a certains fidèles d'une foi qui s'est développée en Amérique, qui pensent sage de rejeter tout ce qui peut leur être déplaisant, de rompre les liens du mariage parce qu'ils considèrent que ces liens gênent leur développement spirituel ou que l'autre compagnon de pèlerinage n'est pas assez avancé sur le chemin du progrès. Frères, il n'est pas né l'homme assez sage pour s'ériger en juge du développement spirituel d'aucun être vivant. Non seulement il manque de sagesse, mais il blasphème celui qui dit à un autre : « Vas-t'en, tu fais obstacle à l'exaltation de mon développement spirituel ! »

La plus grande de toutes les vérités se trouve fréquemment en évidence, ou voilée dans les contraires. L'impression s'est largement répandue que l'Adepte ou le Mystique d'un degré élevé ne peut atteindre cet état qu'en renonçant à toute association avec ses semblables ou en refusant les liens du mariage. Au contraire, c'est la conviction de très sages Instructeurs que tous les hommes qui se sont élevés aux plus hauts degrés de l'Initiation ont traversé, à un moment donné, l'expérience du mariage. Beaucoup d'hommes qui ont échoué dans leurs épreuves ont mis leur échec sur le compte du mariage, précisément comme cet autre poltron, Adam, qui, après avoir commis le péché le premier, s'est écrié : « C'est Êve ! »

Ici se trouve l'un des plus profonds Mystères Divins ; c'est pourquoi, sachez-le, il est sage de chérir ce qui tient tant de Dieu et de chercher à en connaître la signification, non en séparant et en tranchant mais en liant et en renforçant les attaches. Nos plus Anciens Maîtres le savaient et Saint Paul aussi en parle. (Ephésiens, V, 32.)

Soyez patients, bons et sages, car peut-être, dans le moment qui va suivre, la lumière va-t-elle se répandre sur votre compagnon et découvrirez-vous que vous n'êtes qu'un aveugle qui prétend voir. N'oubliez jamais que vous ne possédez pas une seule chose dans ce monde. Votre femme n'est qu'un présent, vos enfants vous sont seulement confiés comme un prêt. Tout ce que vous possédez d'autre ne vous est donné qu'aussi longtemps que vous en usez sagement. Votre corps ne vous appartient pas, car la Nature le revendique comme sa propriété. Ne pensez-vous donc pas que c'est le comble de l'arrogance d'aller vous ériger en juge de quelque autre créature que ce soit, alors que vous-mêmes, des mendiants, allez revêtus d'un manteau d'emprunt ?*

 

* Notre corps physique actuel (N. d. Ed.).

 

 

Si la misère, le besoin et la douleur sont votre lot pour un temps, soyez heureux que ce ne soit pas la mort. Si c'est la mort, soyez heureux que c'en soit fini de la vie.

Vous voudriez la richesse et vous parliez du bien que vous feriez grâce à elle. En vérité, dans ces conditions, vous êtes sûrs de vous égarer. Très probablement, vous êtes aussi riches que vous le serez jamais, aussi désirez donc faire le bien avec ce que vous avez — et faites-le. Si vous n'avez rien, sachez que c'est le mieux et le plus sage pour vous. Dans la mesure où vous murmurez et vous vous lamentez, dans cette mesure même, certainement, vous vous rendrez compte qu' « à celui qui n'a rien sera retiré même ce qu'il a ». Ceci paraît contradictoire, mais pourtant s'accorde d'une façon parfaitement harmonieuse. Dans la vie comme dans l'Occulte, le travail est identique : tout est le résultat de votre effort et de votre volonté. Vous n'êtes pas fous au point de croire que vous allez être élevés au Ciel comme le Prophète de jadis, mais vous espérez réellement que quelqu'un va venir pour vous donner un bon coup d'épaule pour vous aider à l'atteindre.

Sachez donc, Disciples, que c'est vous seuls qui pourrez vous élever par vos propres efforts. Quand vous aurez réalisé cela, vous pourrez découvrir que vous êtes entourés de beaucoup de compagnons dans votre voyage qui vous paraissait jusqu'alors solitaire ; mais ni ces compagnons, ni votre Instructeur n'ont le droit de vous pousser ou de vous tirer pour vous faire avancer d'un seul pas.

Tout ceci forme une partie tout à fait essentielle de votre préparation et de vos épreuves en vue de l'Initiation.

Vous cherchez et vous attendez quelque grand événement extraordinaire qui viendra vous montrer qu'on va vous permettre de pénétrer derrière le voile ; que vous allez être Initiés. Un tel événement n'arrivera jamais. Seul pourra entrer celui qui étudie toutes les choses et en tire la leçon, au fur et à mesure qu'elles se présentent ; et pour un tel être, il n'y a ni éclairs fulgurants ni roulements de tonnerre. Celui qui passe le seuil de la porte le fait aussi doucement et imperceptiblement que la marée qui monte dans la nuit.

Vivez bien votre vie. Cherchez à réaliser le sens de chaque événement. Efforcez-vous de trouver le Toujours-Vivant et attendez de recevoir plus de lumière. Le véritable Initié ne se rend pas parfaitement compte de ce qu'il traverse jusqu'à ce qu'il ait « reçu son degré » . Si vous luttez pour atteindre la lumière et l'Initiation, souvenez-vous que vos soucis vont s'accroître, vos épreuves devenir plus serrées, votre famille manifester de nouvelles exigences à votre égard. Celui qui peut comprendre et traverser ces difficultés avec patience, sagesse et sérénité, celui-là est en droit d'espérer.

- III -

Si vous désirez travailler pour le bien du monde, il n'est pas sage pour vous d'essayer de l'embrasser tout entier, dès le début, dans vos efforts. Si vous ne pouvez aider qu'une seule âme à s'élever ou à apprendre, c'est un bon début et c'est plus qu'il n'est donné à beaucoup.

Ne craignez rien de ce qui est dans la Nature et que vous pouvez voir. Ne redoutez l'influence exercée par aucune secte, foi ou société. Chacune et toutes ont dans leur origine une seule base : la Vérité ou, au moins, une portion de celle-ci. Vous ne pouvez pas prétendre en avoir une plus grande part qu'elles, il est seulement nécessaire que vous découvriez toute la vérité que chacune possède. Vous n'êtes en guerre avec aucune. C'est la paix que vous recherchez et c'est pourquoi le mieux est de trouver le bien en toute chose. Car ceci amène la paix.

Il est écrit que celui qui vit la Vie connaîtra la doctrine. Peu nombreux sont ceux qui réalisent ce que veut dire la Vie.

Ce n'est pas en philosophant intellectuellement sur elle, jusqu'à ce que la raison devienne impuissante à résoudre le problème, ni en écoutant dans les délices de l'extase les divagations d'un Élémental travesti  dont les hallucinations ne sont que le produit de l'Astral — que l'on peut réaliser la vie. On ne peut non plus y parvenir par les récits des expériences des autres hommes qui font cette étude. Car il y a de ces êtres qui ne réaliseront jamais la Vérité Divine elle-même, si on la leur présente par écrit, à moins qu'on y mette la ponctuation convenable ou qu'on l'exprime dans un style facile et fleuri.

 

* Ce que les spirites appellent « Esprit » (N. d. Ed.).

 

 

N'oubliez pas ceci : en vivant votre vie, jour après jour, avec un but élevé et un désir altruiste, chaque événement sans exception aura pour vous une profonde signification — un sens occulte — et dans la mesure où vous apprendrez à apprécier leur importance, vous vous préparerez pour une tâche plus élevée.

Il n'y a pas de parterres de roses sur le chemin pour y attarder vos pas, ni d'esclaves prévenants pour vous rafraîchir avec des éventails en plumes d'autruche et au manche d'or. La lumière Ineffable ne va pas vous inonder de ses rayons chaque fois que vous pourrez penser avoir remonté d'un degré la mèche de votre lampe et vous ne vous trouverez pas naviguant dans un corps astral, à votre délice et à l'étonnement du reste du monde, tout simplement parce que vous faites l'effort de trouver la sagesse.

Celui qui est attaché d'une manière ou d'une autre, celui qui est étroit dans ses pensées, se rend compte qu'il est doublement difficile d'avancer. Vous pourrez tout aussi bien trouver la sagesse et la lumière dans une église qu'en vous asseyant sur une colonne, en laissant vos ongles pénétrer dans la chair de vos mains. Ce n'est pas en allant aux extrêmes, ou en devenant fanatiques dans un sens ou dans un autre, qu'on peut réaliser la vie.

Soyez tempérés en toute chose, et par-dessus tout dans la condamnation d'autrui. Il n'est pas sage d'être intempérant ou de s'enivrer avec du vin. Il est également insensé de s'enivrer de tempérance. Les hommes voudraient obtenir les pouvoirs surnaturels, ou connaître la façon de faire des miracles. Savez-vous réellement quels pouvoirs possède le Mystique ? Savez-vous que pour chaque don de cette espèce, il donne une partie de lui-même ? Que c'est seulement au prix d'une torture mentale, de la douleur terrestre, et presque du sang de son cœur, que ces dons sont gagnés ? Est-il vrai, pensez-vous donc, mes frères, que celui qui les possède vraiment, désire en faire l'étalage à cent francs la séance, ou à tout autre prix ? Celui qui voudrait faire commerce de ces choses se retrouverait plus éloigné de son but qu'à sa naissance.

Il existe effectivement des dons et des pouvoirs. Non pas tels, peut-être, que vous vous les êtes représentés dans votre imagination. Ecoutez donc ce qui suit au sujet de l'un de ces pouvoirs : celui qui a progressé jusqu'à un certain point s'aperçoit que le cœur des hommes se découvre devant lui comme un livre ouvert, et il s'ensuit que leurs motifs lui apparaissent clairement. En d'autres termes, il devient capable de lire dans le cœur des hommes. Mais non pas d'une manière égoïste. Fait-il une seule fois usage de cette connaissance égoïstement : le livre se ferme — et il ne peut plus le déchiffrer. Pensez-vous, mes frères, qu'il se permettrait de vendre une seule page de ce livre ?

Le temps — ce qui n'existe pas en dehors du cercle intérieur de ce petit monde — semble d'une importance énorme à l'homme physique. A certains moments, il lui vient la pensée qu'il ne fait aucun progrès et qu'il ne reçoit rien de quelque source Mystique. Dans le fait qu'il a cette pensée qu'aucun progrès ne se fait, se trouve la preuve qu'il va de l'avant. Seuls les morts dans des corps vivants ont lieu d'éprouver de la crainte. Il arrive fréquemment que ce que les hommes voudraient recevoir de sources mystiques est répété mainte et mainte fois et d'une voix si tranquille et si discrète que celui qui s'attend à l'entendre crier dans son oreille peut très bien passer sans y prêter attention.

Ne faites pression sur aucun homme pour l'inciter à voir comme vous, car il est fort possible que vous voyiez différemment demain, lorsque vous vous réveillerez. Il est plus sage de laisser la question demeurer sans argument. Personne n'est absolument convaincu par ce procédé : c'est souffler contre le vent et rien de plus.

Jadis, il était écrit au-dessus de la Porte : « Abandonnez l'Espérance, vous tous qui entrez ici ». Il a fallu des centaines d'années à quelques êtres pour qu'ils arrivent à réaliser que les Sages n'ont pas le moindre désir d'avoir la compagnie d'une quantité d'incurables sans remède dans les mystères. Il faut abandonner l'espoir de la satisfaction de nos passions, de nos curiosités, de notre ambition ou de notre désir du gain. Il y a aussi une autre Espérance — la vraie — et sage est celui qui parvient à la connaître. Elle est la sœur de la Patience et toutes deux sont les marraines de la Vie Vertueuse et deux des Dix Vertus qui assistent l'Instructeur.

American Mystic.

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