Overblog
Editer la page Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
/ / /

 

Le grand destructeur du réel, B.P. Wadia, (C.T. 108)

Traduit du Theosophical Movement. Vol. X, p. 127.

Dans la préface des Aphorismes sur le Yoga de Patanjali, W.Q. Judge souligne la distinction que nous devrions faire entre le mental et l'Âme. Cette distinction, tous les étudiants, théoriquement, la connaissent, cependant pour la réaliser pratiquement, une application consciencieuse est requise pour laquelle nous devons assimiler certaines idées importantes. M.  Judge écrit :

« Comme Patanjali pose en principe que le réel expérimentateur et connaisseur est l'âme et non le mental, il s'ensuit que le Mental, appelé « organe intérieur », ou encore « principe pensant », quoique plus élevé et plus subtil que le corps, n'est cependant qu'un instrument que l'Âme utilise pour acquérir de l'expérience, exactement de la même manière qu'un astronome emploie son télescope pour obtenir des renseignements sur le ciel »

Séparer le corps du mental est relativement moins difficile ; mais séparer le mental de l'Âme, ou Kâma-Manas du Manas Supérieur, est une tâche formidable. Cependant, faute de cela, on ne peut pas progresser réellement dans l'Occultisme. Nous ne pouvons pas commencer à fusionner le mental et l'Âme, comme le conseille La Voix du Silence, avant d'avoir appris la nature du mental et découvert comment, asservi par les désirs, il est opposé à la nature et à la voie du progrès de l'Âme, et avant de l'avoir purifié de ses souillures et de ses colorations. Alors seulement peut se produire cet autre processus plus élevé de l'union de l'entité Âme-mental avec l'Esprit humain et de sa réalisation du Grand Soi.

Tout aspirant à la vie de l'Occultisme pur doit se rendre compte bien clairement par expérience, que le mental est l'organe de l'Ame. Dans la vie de tous les jours et les actions ordinaires, nous nous identifions si étroitement avec nos organes de perception et d'action que c'est seulement en de très rares occasions que nous pensons à dire : « je vois à travers mes yeux » ; le plus souvent nous disons : « Je vois » ; nous employons la même expression quand nous comprenons quelque chose avec notre mental-cérébral ; nous disons : « je vois », en voulant dire : « je comprends ». En réalité, nous devons atteindre la position où l'on peut dire : « Oui, mon mental maintenant voit et comprend ».

Le pas suivant dans l'étude pratique de l'expérience mentale consiste à percevoir la vérité contenue dans l'important enseignement sur « les modifications du principe pensant ».

M. Judge écrit à ce sujet : « Le Mental est un facteur très important dans la recherche de la concentration ; en vérité, c'est un facteur sans lequel on ne peut pas obtenir la concentration... Il (Patanjali) montre que le mental est, comme il le qualifie, « modifié » par tout objet ou sujet qui se présente à lui ou vers lequel il est dirigé. »

Notre manas inférieur vagabonde si rapidement, la vitesse avec laquelle il se déplace est si grande et si chaotique et le mouvement est si continu, que de nombreux étudiants passent immédiatement à la conclusion qu'ils ont parfaitement compris l'enseignement sur la « modification ». En réalité, le vagabondage du mental, appelé d'une façon si expressive et si juste, le mental-papillon, à cause de sa course en zigzag d'objet en objet, ne montre pas comment le mental se modifie suivant la description de M. Judge dans les Notes sur La  Bhagavad-Gîtâ , p.151 :

« L'homme, cet être fait de pensées, qui séjourne simplement de temps à autre dans de multiples corps, pense éternellement. Ses chaînes sont forgées par la pensée, sa libération n'est due qu'à la pensée. Son mental est immédiatement teinté ou altéré par l'objet sur lequel il se porte. C'est ainsi que l'âme est prise dans la même pensée ou série de pensées que suit le mental. Si l'objet est quoi que ce soit de différent du Soi Suprême, le mental se transforme immédiatement en cet objet, devient cet objet même et en prend la teinte. C'est là une des capacités naturelles du mental qui, de nature, est clair et incolore, comme il serait facile de le constater s'il était possible de trouver un homme qui n'aurait pas passé par de trop nombreuses expériences. Le mental est mobile et rapide, porté à bondir d'un point à un autre. Différents mots pourraient le décrire. Tel un caméléon, il change de couleur, telle une éponge, il absorbe ce à quoi on l'applique, tel un tamis, il perd immédiatement la couleur et la forme qu'il avait dès qu'il prend un objet différent. »

Pour avoir une vue claire sur les activités du mental-pieuvre qui étreint l'Âme de cent tentacules, nous devons placer correctement les sens d'un côté et l'Âme de l'autre. Nous devrions discerner comment le mental en se modifiant présente une image à l'Âme. Aussi longtemps que le mental vagabonde et subit des modifications, sa fonction réelle comme organe de l'Âme n'est pas remplie. Notons les démarches successives que nous devrions faire en tant qu'étudiants :

1 - Voir le vagabondage du mental,

2 - Suivre la marche du mental dans son vagabondage : voir comment il vole vers des sujets et objets agréables ou désagréables. Ceci nous révèle la nature de nos attractions et de nos répulsions.

3 - Noter le fait que ce complexe d'attractions et de répulsions crée des images, qui vivent, pour un temps court ou prolongé, et qui laissent la trace de leur passage sous la forme d'impressions. Dans les rêves éveillés, fantaisies et imaginations, nous vivons avec nos images en les recréant intérieurement, à partir de ces impressions, tout comme dans la vie tournée vers l'extérieur nous vivons avec et parmi tout un monde de choses et d'objets divers.

4 - Cessant de créer ces images, nous expérimentons le pouvoir qu'elles ont de se reproduire et nous devons commencer à les détruire par des efforts délibérés. Ces images intérieures projettent des ombres obscures sur la lumière de notre Âme, comme l'indique La Voix du Silence.

5 - Quand on arrive à désintégrer ces images et à en dissoudre les constituants et la structure, le mental atteint un état d'équilibre. Que perçoit un mental ainsi purifié et en cet état d'équilibre ? II voit les idées qui sont vraies — le monde des idées qui sont les émanations enregistrées qui forment la Divine Lumière Astrale ou Akâsha.

Nous avons à dessein classifié d'une manière concise les étapes que le néophyte doit s'imposer, car aucune description plus longue ne peut rendre le sujet plus clair.

Maintenant, de même que nous vivons dans le monde des sens et de leurs objets, mais que nous estimons les choses en fonction de nos attractions et répulsions, nos sentiments et nos désirs, de même aussi nous vivons dans le monde du mental, mais nous nous entourons de valeurs fausses et de notions fantaisistes. Hors du monde de la matière et des objets, nous façonnons un monde particulier qui nous est propre à cause de nos sens et de nos organes et avec leur aide. De même pour le monde du mental, il finit par être voilé et obscurci par notre pensée incontrôlée et les images que nous nous fabriquons. Dans chaque état, ou sur chaque plan, nous avons cette dualité : le réel caché dans la gangue de l'irréel. L'irréel est produit par nos sens et notre cerveau ; à l'intérieur, se trouve le monde réel des choses et des objets. (Ce dernier est le champ de recherche du scientifique honnête.) De même, l'irréel est produit par notre imagination indisciplinée, ou fantaisie, par l'effet des modifications du principe pensant ; à l'intérieur se trouve le monde réel des idées (ce dernier est le champ de recherche du véritable occultiste.) À chaque étape, nous devons apprendre à faire une distinction entre ces deux aspects. C'est seulement dans leurs aspects irréels que les sens et le mental sont les ennemis de l'Âme ; dans leurs aspects réels, ils sont les amis de l'Âme. C'est pourquoi il est dit que « la Nature existe pour le bien de l'Âme ».

M. Judge conclut :

« Comme l'Âme est considérée comme supérieure au Mental, elle a le pouvoir de s'en rendre maîtresse et de le contrôler pour peu que nous utilisions la volonté pour l'aider dans ce travail ; c'est alors seulement que la distinction et le but réels du mental sont atteints. »

 

Le destructeur du réel, B.P. Wadia, (C.T.114)

Traduit du Theosophical Movement, Vol. X, pp. 151-54.

L'ascèse qui est préconisée par La Voix du Silence s'applique au principe pensant — elle vise à extraire le mental de sa situation présente, dans laquelle il est un esclave. Le mental est la proie d'images internes composées de vies de la nature d'élémentaux (voir Râja yoga ou Occultisme, art. 8 et 9) qui forment le principe du désir, et celles-ci éveillent les sens à l'activité et font d'eux les agents nourriciers de ce principe. Le monde objectif de l'homme n'est qu'une réflexion — une émanation irréelle — de ce plan subjectif des images de désir.

À l'état de conscience de veille, l'homme ne vit pas dans le monde du mental mais dans celui des sens animés par des désirs à l'intérieur desquels le mental est captif. Ce qu'on appelle le raisonnement chez l'homme n'est pas une pure activité engendrée par le mental car ses prémisses sont des impressions sensorielles qui sont pénétrées par des désirs. Les hommes de Science eux-mêmes, en utilisant leur mental, vont des données des sens aux déductions et, bien que, dans la plupart des cas, les désirs personnels en rapport avec les objets d'observation soient mis de côté, néanmoins ils souffrent encore du fait des sens soumis à l'impact des désirs. Les yeux d'un ivrogne voient trouble : de même voit trouble le mental de celui qui, en tirant ses conclusions, se base sur les sens envahis par le principe du désir. Pour que les données sensorielles soient vraies et que les observations faites à l'aide des sens soient exactes, elles doivent être à l'abri de l'action des forces du principe du désir. Lorsque la Philosophie Ésotérique déclare illusoire le monde des objets ce n'est pas dans le sens que les objets n'existent pas, mais afin de signifier que l'évaluation que nous en faisons est fausse. On peut fort bien comparer le monde objectif à un grand bazar oriental dans lequel les individus au mental enchaîné par le désir, ne sachant pas le prix exact des choses, sont attirés par les boniments et sont amenés à négocier, marchander et se battre pour acquérir des choses nécessaires, et doivent subir la tentation de vouloir et d'acquérir d'autres choses. Le mental ainsi exploité au bazar du monde objectif acquiert de l'expérience et apprend à évaluer chaque objet à sa véritable valeur, et c'est alors — et pas avant — que l'homme commence à vivre dans ce monde.

Ainsi, comme on peut le voir facilement, notre difficulté ne réside pas dans les objets mais dans notre ignorance des véritables valeurs de ces objets, ignorance due à nos désirs dont le mental est prisonnier. Les désirs par eux-mêmes, sans l'aide du pouvoir de la pensée, seraient inoffensifs, mais, fortifiés par lui, ils font de l'homme le pire représentant du règne animal. C'est pour cette raison que notre livre appelle ce mental le Destructeur du Réel et que, dès le début, il enjoint au Disciple de détruire le Destructeur. Il donne aussi la méthode : « deviens indifférent aux objets de perception ». Ce mental, séduit par le désir, qui circule dans le système nerveux du corps, est appelé le régent des sens, et c'est ce sens-mental qui rend l'homme différent de l'animal — capable de lui devenir supérieur, mais aussi de devenir le plus rusé et le plus sensuel de tous les animaux.

« Devenu indifférent aux objets de perception, l'élève doit se mettre à la recherche du râjah des sens, le producteur de la pensée, lui qui fait naître l'illusion. Le Mental est le grand Destructeur du Réel. Que le Disciple abatte le Destructeur. »

C'est donc l'activité de ce mental dans le monde objectif que l'aspirant-chéla doit tout d'abord prendre en main. Tant que nous ne verrons pas que ces objets deviennent des canaux pour ces images internes, leur offrent de la nourriture et contribuent à satisfaire nos désirs, nous ne serons pas capables de les juger à leur valeur correcte. Nous donnons une valeur à un objet en fonction du degré de satisfaction ou de plaisir qu'il procure à nos sens envahis de désirs. Voilà la cause de l'illusion qui est ignorance — ce n'est pas une entière absence de connaissance mais une évaluation erronée des objets qui fait prendre la convoitise pour de l'amour.

« Si tu veux traverser en sûreté la première Salle, ne laisse pas ton mental s'abuser et prendre les feux du désir qui y brûlent pour la lumière solaire de la vie. »

À partir de la convoitise, le Producteur de la Pensée fabrique de l'amour et, lorsque celui qui pratique comprend cela dans l'expérience effective de la vie, il a vraiment avancé d'un pas. C'est en comprenant cela qu'il reconnaît la précarité du monde des objets par rapport à la force du monde des images. C'est cette vision qui, lorsqu'elle n'est pas comprise, soumet l'étudiant à la tentation de s'échapper du monde pour se réfugier dans la forêt.

Lorsque celui qui cherche la Lumière en lui-même voit l'activité du monde externe des objets, il essaie naturellement de fermer les fenêtres par lesquelles les objets viennent l'assaillir. Dans cette retraite, qu’elle soit psychologique ou physique, tout ce qu'il obtient n'est qu'un bref répit de cette attaque. Très rapidement il repère la racine de ses maux : l'attraction ou la répulsion que les objets exercent sur lui ne provient pas des objets externes mais des images internes — des images fournies par la mémoire du passé, non seulement de cette vie mais aussi d'incarnations précédentes.

« Détourne ton mental de tout objet du dehors, de toute vision extérieure. Refuse toute image intérieure, de peur que sur la lumière de ton Âme elle ne projette une ombre obscure. »

C'est là un travail formidable à côté duquel se retirer des objets des sens est chose facile. Si, au cours du premier exercice, le chéla [disciple] apprend la nature illusoire du monde objectif, maintenant il éprouve la nature trompeuse de son propre monde subjectif. Cherchant le Dieu à l'intérieur de lui-même, il tombe sur le diable : recherchant la lumière de l'âme, il trouve les ténèbres — tellement épaisses qu'il ne réalise pas que c'est une ombre. « Ô ténèbres, ténèbres, ténèbres, épaisses ténèbres, en pleine clarté du jour ! » C'est dans ces ténèbres que nous rencontrons nos idoles créées par l'imagination fantaisiste, nos images créées par la pensée, nos fantômes créés par le désir. Mais ces ténèbres ont le pouvoir particulier de tromper notre conscience. Très vite, la sphère de ténèbres nous apparaît comme la région de la lumière diaphane — du sommeil translucide, tranquille et reposant. La maya [l'illusion] du monde objectif n'est qu'un effet dû à l'illusion-Moha de cette sphère de la subjectivité auto créée et dont la lumière provient des passions humaines. C'est là le monde d'Apprentissage Probatoire que le Chéla doit abandonner, mais il ne peut le faire tant qu'il ne le comprend pas. La première véritable bataille rangée de la plus grande de toutes les guerres se tient dans cette région appelée la Lumière Astrale. Lorsque le Pouvoir de son Vœu, qu'il a prononcé dans le monde objectif, l'éveille et le dynamise, le combattant dans la Lumière Astrale sent qu'il se trouve à une place où il ne devrait pas se trouver et qu'il ne devrait pas écouter les sons de ces images mais ceux du monde de l'Âme à l'intérieur.

Théoriquement, tout étudiant sait que le Manas inférieur (l’âme humaine-animale) est différent du Manas Supérieur (l’Ego), que Kama-Manas (le mental du désir) est démoniaque et que Buddhi-Manas (Ame Spirituelle) est divin. Mais cette vérité doit être expérimentée et nous connaîtrons la nature du mental de l'Âme lorsque nous renverserons quelques-unes des troupes ennemies, c'est-à-dire lorsque nous détruirons quelques-unes de nos images créées par la pensée. La grande tentation qui se présente au Chéla en probation provient du plaisir accru des sens lorsque la plasticité de la lumière astrale est manipulée et absorbée ; cela est comparable à l'état euphorique de celui qui vient d'absorber une boisson très forte. Souvent, au lieu de combattre et de chasser sur-le-champ les images déjà créées, l'individu succombe à la tentation d'en créer de nouvelles. Dans le monde objectif, nous devons maîtriser le mental errant tandis que, là, nous devons lutter contre le mental créateur. Alors commence une période de combat intense qui aboutit à la victoire lorsque l'âme-soldat a saisi cette vérité :

« Avant que le mental de ton Âme puisse comprendre, le bourgeon de la personnalité doit être écrasé, le ver des sens détruit au delà de toute résurrection. »

Saisir cette vérité signifie, pour le Chéla en probation, percevoir qu'il est autre chose que la Personnalité et que, si le ver qui sans cesse tire sa subsistance des sens est écrasé, il en résultera la mort du soi séparatif, qui pousse constamment à la séparativité et qui fait de la Personnalité l'ennemi suprême. La vision fugitive de l'Âme qui dévoile la nature hostile de la Personnalité amène le combattant en Probation à prendre refuge dans cette Âme intérieure. Et ceci implique une certaine connaissance de la nature et des pouvoirs de cette Âme.

« Fais taire tes pensées et concentre toute ton attention sur ton Maître, que tu ne vois pas encore, mais que tu pressens. »

« Ton soi et ton mental, comme des jumeaux sur une même ligne, avec l'étoile qui est ton but rayonnant au-dessus de ta tête. »

Le Maître est le Soi Supérieur, « l'équivalent d'Avalokitesvara, et le même qu'Adi-Buddha... le CHRISTOS des Gnostiques anciens ». À moins que le Maître ne soit senti comme une Présence dans la seconde Salle, celle de l'Apprentissage probatoire, l'entrée dans la troisième Salle, celle de la Sagesse, restera fermée. C'est par le canal du mental de l'Âme que nous touchons le rayonnement du Dieu intérieur, et c'est par le contact avec les grands Gurus que nous touchons le rayonnement du Dieu dans la Nature — la Compassion Absolue.

Lorsque l'activité du mental est rendue silencieuse, l'âme, assistée de la Lumière de l'Esprit, se perçoit comme distincte et séparée du mental. Libérée de Kama, elle voit la possibilité, bien plus, la certitude, de s'unir parfaitement avec son Étoile — son Père dans le Ciel. Dans le lac translucide du mental pur, l'étoile du haut du ciel se reflète — et même cette influence réfléchie éveille le mental à saisir la gloire qui est, la gloire plus grande qui sera. Il n'est pas suffisant de faire taire ses pensées ; il est aussi nécessaire de percevoir l'Étoile de l'Espérance — l'Étoile-Mère, la source Dhyani-Buddhique de notre existence.

Oblitérer les images internes c'est la même chose qu'écraser l'ardente soif d'existence sensible. Le processus demande que nous centrions notre attention sur la Lumière intérieure. Mais, se détourner des images intérieures ne doit pas être, en même temps, se détourner du monde objectif. Demeurer au milieu des objets sans être leur esclave implique une bataille de longue durée car, dans un lointain passé, nous avons créé toute une armée d'images-pensées personnelles ; par nos états d'âme nous avons donné naissance à une couvée de vices ; par nos complaisances mentales, nous avons commis de nombreux péchés. Un par un nous devons les abattre.

« Malheur à toi, disciple, s'il reste en toi un seul vice que tu n'auras pas abandonné ! (...) Malheur à qui oserait polluer un seul échelon avec des pieds boueux, (...) ses péchés élèveront leurs voix, semblables au rire et au sanglot du chacal après le coucher du soleil ; ses pensées deviendront une armée et l'emmèneront en captivité tel un esclave. »

Cela ne veut pas dire que le chéla en probation soit censé être sans défaut dès le départ, mais qu'il doit apprendre à atteindre la pureté avant de pouvoir traverser la Porte d'Or conduisant dans la Salle de Sagesse, et d'avoir gagné le droit d'y résider en permanence. En tant que chéla en probation, il a sa période de jour où il se réchauffe au rayonnement du Soleil Spirituel, puis sa période de nuit -- la nuit obscure de l'Âme pendant laquelle les péchés de son mental ricanent comme ricane le chacal -- et c'est un cri déchirant qui le terrifie, le met à l'épreuve pour le pousser à la chute ou plutôt à sa perte complète. Les chacals se déplacent en bandes et peuvent ainsi harceler et tuer des moutons et même des antilopes. Lorsqu'ils ne sont pas à même de trouver des proies vivantes, ils se nourrissent de charogne, et ils suivent avec prudence et ruse les guépards et même les lions, afin d'achever les carcasses que ces fauves abandonnent après s'en être repus. La comparaison de nos pensées inférieures avec les chacals est des plus adéquates, car, en bandes, elles attaquent nos pensées élevées et nos aspirations nobles et, lorsqu'elles ne parviennent pas à se saisir de ces images vivantes, elles flairent les images tombant dans le sommeil et la mort et s'en gavent — phénomène qui est en relation avec la précipitation de Karma et autres choses semblables. Également, comme le chacal, nos images-pensées inférieures dégagent une odeur nauséabonde, car elles aussi, comme le chacal, produisent une sécrétion repoussante à la base de leur queue.

Maintenant, il nous est dit comment nous devrions agir avec nos créations du passé :

« Une seule pensée évoquant le passé laissé derrière toi t'entraînera en bas et tu devras recommencer l'ascension. Tue en toi-même tout souvenir d'expériences passées. Ne te retourne pas ou tu es perdu. »

Si nous n'étouffons pas la mémoire du passé, si nous nous y complaisons, nous revivons subjectivement le passé et régénérons les images-pensées. Seulement, maintenant, nous avons renforcé notre pouvoir de pensée, de sorte que ces images s'expriment plus fortement. Tous les étudiants de la Théosophie connaissent l'existence d'une réserve de Karma passé, mais tous ne savent pas que, dans le domaine subjectif, des spectres et des élémentaires d'actions objectives mortes créent souvent des ravages.

La dernière citation du premier Traité de notre livre qu'il nous faut considérer est la suivante :

« Avant d'entrer dans ce sentier, tu dois détruire ton corps lunaire, purifier ton corps mental, et purger ton cœur de toute souillure. »

Dans une note en bas de page, H.P. B. explique que la forme astrale produite par Kama doit être détruite. Habituellement, le Kama-rupa* se forme après la mort du corps et avant que l'Ego n'entre en Devachan**, en se libérant de cette forme. Mais dans la vie du chéla en probation, étant donné qu'il pénètre dans le monde des vivants, en abandonnant derrière lui celui des morts, il se produit le phénomène du Kama-rupa en relation avec celui du Gardien du Seuil. L'âme éveillée devient consciemment vivante lorsque, chassant du champ du mental toutes les images-pensées nourries de Kama, elle commence à vivre par le pouvoir du cœur pur, c'est-à-dire par l'influence de Buddhi. C'est pour ce double processus — qui consiste à disperser le Kama-rupa et à éveiller Buddhi, afin que Manas puisse en être animé — que le monde objectif se révèle d'un grand avantage.

 

Notes :

*KAMARUPA (sans.). Métaphysiquement, et dans notre philosophie ésotérique, c'est la forme subjective créée par le mental, les désirs et les pensées physiques en relation avec les objets de la matière, chez tous les êtres sensibles ; une forme qui survit à la mort de leur corps.

**DEVACHAN (sans.). La "demeure des dieux". Etat intermédiaire entre deux vies terrestres dans lequel l'Ego – l'Atma-Buddhi-Manas ou la Trinité faite Une – entre après la séparation d'avec le kâma rûpa et la désintégration des principes inférieurs utilisés sur terre.

 

 

Le monde objectif des actions est d'un grand intérêt non seulement pour nous permettre de comparer, d'opposer des valeurs et d'apprendre à nous concentrer avec discernement, mais il se révèle comme une sphère fort utile quand est entamée la lutte de nature subjective, mentionnée ci-dessus. C'est par le moyen de l'accomplissement juste du devoir que le disciple en probation doit apprendre à se servir du monde objectif. Le Devoir est l'axe autour duquel tourne le monde objectif : des erreurs commises concernant le Devoir, la négligence ou une attitude dilatoire dans ce qui doit être accompli, le fait d'entreprendre ce qui ne nous regarde pas, etc... tout cela devient péché d'omission ou de commission. Engagé dans l'accomplissement juste d'un devoir réel, le disciple en probation ne trouve pas de temps pour le « mal » — fait inconsciemment. De plus, lorsqu'il subit des attaques venant du côté subjectif de sa nature inférieure, le fait que ses sens et son cerveau soient occupés avec sagesse à agir dans le monde objectif affaiblit l'attaque. L’Occultisme recommande de ne pas renforcer l'ennemi en pensant constamment à lui, ni en luttant directement contre lui. Ne prêtez aucune attention particulière à l'ennemi, mais occupez votre conscience avec un travail protecteur et bienfaisant sur le plan mental et physique. Aucun disciple en probation ne peut méditer ni étudier pendant des heures entières : il est donc à la fois extrêmement profitable et très impératif qu'il soit appelé à accomplir des devoirs de ce monde, comme gagner sa vie, etc... Ce n'est pas en inventant un travail particulier, mais en accomplissant ce qui nous incombe que s'élargit le champ du devoir, jusqu'à ce que l'humanité devienne notre famille et le monde notre patrie. Le Devoir est la Divinité qui modèle notre monde objectif jusqu'à la perfection : le Devoir est le Dieu du monde objectif — c'est-à-dire la Vérité : OM, TAT, SAT.

 

Lettres qui m’ont aidé, WQJ (extraits)

L'image du Maître est la meilleure protection contre les influences inférieures ; pensez au Maître comme à un homme vivant en vous-même.

[Citation d'une communication manuscrite d'un Maître]

 

Comment atteindre les Maîtres ? Revue Théosophie, Volume VIII, 10

L’existence de l’Ame, qui à vrai dire est l’Homme Réel, nous amène à accepter le fait de son épanouissement. La croissance de l’Ame nous conduit naturellement au fait de l’existence des Maîtres-Mahatmas, de ces grandes Ames qui dévoilent la gloire d’Ames plus grandes encore, sur une échelle descendante des âmes qui a sa base dans les règnes inférieurs de la nature. Puis vient la compréhension de la Fraternité de toutes les Ames.

Dans le monde laborieux du commerce, des affaires, du profit, de la douleur, beaucoup oublient la vision de l’Ame ; quelques-uns s’efforcent de matérialiser cette vision, et souvent ils posent des questions sur les Grands Ames afin de pouvoir les sentir proches d’eux. Les Maîtres sont un fait essentiel dans l’évolution de notre âme, et à moins que nous n’ayons senti naître en nous la conviction que, sans Leur aide et Leur intermédiaire, nous, en tant qu’âmes humaines, ne pouvons concevoir notre identité avec l’Ame Universelle, nous ne ferons pas d’efforts utiles pour hâter, notre évolution.

Nombreuses sont les questions qu’on pose au sujet des Maîtres. On oublie souvent que nous ne pouvons pas Les trouver en posant simplement des questions sur Eux, ni en voyageant géographiquement vers l’endroit où Ils vivent dans Leurs corps physiques. Il faut les trouver par un processus tout différent. Et ce n’est pas non plus par l’étude comparative de la philosophie, de la religion et de la science, qui nous transporte dans le monde intellectuel, que nous pourrons Les trouver, car leur habitat n’est pas dans le monde intellectuel. Mais nous pouvons purifier notre nature intellectuelle et réprimer nos désirs, et si nous consacrons notre corps afin qu’il devienne un Temple pour le Dieu Vivant que nous sommes, nous serons alors capables de connaître les Maîtres.

Une abnégation complète de soi-même est nécessaire, - l’offrande de nous-mêmes aux Maîtres qui existent et qui vivent dans un monde qui Leur est propre – le monde de l’Esprit. Cette méthode est celle de la Soi-Réalisation. Par conséquent toutes nos études, toutes nos actions, toute notre vie, doivent être déposées, dans leur intégrité, aux pieds des Maîtres, afin qu’Ils puissent s’en servir comme Eux seuls savent le faire. Ne pensez pas que, parce que nous avons des faiblesses et des défauts, nous ne pouvons être employés par Eux. Les Maîtres sont de grands Alchimistes. Ils savent comment transformer en forces de bien ce qui paraît être des défauts, aussi ne devons-nous pas leur offrir ce que nous avons, mais tout ce que nous sommes. Les gens veulent bien donner une partie ou la totalité de ce qu’ils ont, mais il y en très peu qui ont le courage de se donner eux-mêmes aux Maîtres. Il faut avoir l’intrépidité. Celle-ci nous vient quand nous commençons à nous croire immortels et non mortels, quand nous nous considérons, non comme des êtres qui vont et viennent, vivent et meurent, mais comme des dieux en formation, des dieux qui sont en train de développer leurs pouvoirs, lentement et fermement, mais sûrement.

Quand nous aurons acquis une croyance inébranlable en nos propres pouvoirs, nous posséderons alors cette première vertu nécessaire, l’intrépidité. A présent, mentalement, moralement et physiquement, nous avons tous peur de ce qui peut nous venir de l’extérieur. Il en est ainsi parce que nous n’avons pas encore reconnu le guerrier en nous. Quand nous nous verrons comme des dieux, désireux de combattre tout le mal, nous n’aurons plus peur de ce qui vient du dehors, mais nous resterons fermes au milieu des grandes tempêtes. Nous devons donc croire en nous-mêmes, non en quelqu’un d’autre, nous devons nous connaître et nous souvenir que la connaissance vient de l’intérieur, que la paix et le pouvoir résident en nous. C’est le Pouvoir Intérieur qu’il nous faut, le pouvoir qui ne « craint pas plus la chaleur du soleil que la rage furieuse de l’hivers ».

Ceux qui ont vécu selon les enseignements de la Théosophie ont compris quelques-unes des gloires de la vie divine des Maîtres ; et, vivant par le pouvoir des Maîtres, ils sont capables d’en amener d’autres au soleil de paix, de force et de sagesse, de façon à ce que le mental s’illumine, que le cœur se purifie, et que nous sachions – ne fût-ce qu’un instant, - que nous sommes des immortels du mondes des âmes.

Nous devons étudier les enseignements de la Théosophie tout en essayant de vivre la vie, faisant ainsi des efforts continus et non spasmodiques à chaque heure du jour, afin de garder vivants dans notre esprit les Maîtres et Leurs Messagers, jusqu’à ce que nous devenions nous-mêmes des disciples possédant l’ardeur du Messager. Telle est la haute destinée qui attend chaque fils de l’homme. Mais cela signifie qu’il faut agir comme un homme en réprimant notre nature inférieure et en faisant épanouir la gloire de notre nature supérieure. Cette sérieuse tentative permet aux Maîtres de se montrer à nous ; mais ils se manifesteront dans notre vie à une condition : c’est que nous nous mettions à même de pouvoir révéler cette Vie aux autres. Car, à moins que nous n’ayons fait de nous-mêmes des canaux pour Leur Vie afin de pouvoir aider les autres, nous ne pourrons pas toucher à cette vie pour nous-mêmes. Une des qualités de la Vie des Maîtres, c’est son pouvoir de mouvement, son aptitude à progresser de plus en plus. Si nous ne devenons pas des canaux permettant à cette Vie de se répandre sur les autres, cette Vie ne pourra pas se déverser en nous, car si elle le faisait, elle nous briserait. Les Maîtres sont des Maîtres de compassion et ils font don de Leur Vie pour enrichir notre existence et non pour la troubler. Et Ils nous parlent par l’entremise de tous les hommes, Ils parlent aussi aux autres par nous. Tandis que nous marchons dans la rue, tandis que nous saluons nos amis, que nous accomplissons notre tâche quotidienne et remplissons nos devoirs de tous les jours, tandis que nous lisons, écrivons et parlons, Ils agissent par nous, à condition que nous Leur permettions de le faire.

Les Maîtres eux-mêmes sont des canaux d’un Pouvoir Divin, inhérent à cette source sans source, nommée dans l’Inde ancienne : Maha Vishnu. Nos propres force et béatitude spirituelles en découlent. Ce sont de Grandes Ames comme nous sommes des Ames plus faibles, mais les unes et les autres sont des âmes. Vivre comme une âme, aider comme une âme, travailler comme une âme, servir comme une âme d’autres âmes, c’est reconnaître l’Ame des Ames en tout lieu et en tout temps. Ainsi les rivières, les fleuves et les océans révèlent la splendeur de l’âme ; le buisson en fleurs exprime son message, comme la montagne géante énonce le sien ; ce qui est petit et ce qui est grand se perd dans l’identité de l’Esprit-Un. La paix et le pouvoir de la réalisation naissent de la connaissance que les Maîtres vivent et travaillent et aident par la Voie de cet Amour qui est Compassion.

 

Partager cette page

Repost0
Published by theosophie-tarentaise.over-blog.com