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II y a en nous quelque chose qui entre dans l'état qu'on appelle les rêves, dans celui qu'on appelle le sommeil sans rêve et celui qu'on appelle la mort. Il est absolument impossible de comprendre les états que nous expérimentons et d'où nous émergeons autrement qu'en postulant qu'il existe un Ego, qui pense, perçoit, connaît, fait des expériences, qui accède à ces états, puis les quitte, et que cet Ego (qui est l'homme réel) garde son intégrité à travers toutes ces expériences.

 

(…) Il est impossible de comprendre les états de conscience expérimentés à moins de reconnaître qu'il y a en nous ce qui les traverse tous. Il s'agit ensuite d'essayer de comprendre ce qu'est ce quelque chose. (…)

 

(…) Nous sommes une identité qui perdure. De la naissance à l'instant présent, nous sommes passés par de nombreux changements, mais notre identité n'a pas changé, quels qu'aient été, et que soient, ces changements. En nous accrochant fermement en pensée à cette idée, nous finirons par réaliser qu'il y a en chacun de nous une nature immortelle ; qu'elle est d'essence divine et non soumise aux changements, car Elle est permanente.

 

L'état de rêve est celui où nous entrons lorsque nous quittons le corps, avant d'accéder à celui du sommeil sans rêve ; et, au réveil, c'est celui par lequel nous repassons, avant de retrouver l'état de veille dans le corps. Dans nos rêves, nous savons que nous avons tous nos sens, bien que le corps soit en repos et que les organes des sens soient inactifs. Nous pouvons voir et ressentir, entendre, parler et agir, exactement de la même manière qu'à l'état de veille, sans pour autant utiliser les organes physiques associés à ces perceptions et actions. Cela démontre que nous sommes conscients, vivants, que nous existons, bien que le corps n'en sache rien. De plus, nous savons que notre identité n'est pas perturbée en accédant à l'état de rêve ; c'est nous, et personne d'autre, qui expérimentons cet état.

 

(…) L’on peut rêver et vivre une expérience qui semble alors durer très longtemps, bien que, montre en main, elle ne prenne en réalité que quelques secondes. Il y a une partie (de beaucoup la plus longue) de notre "repos nocturne" que nous identifions seulement (à l'état de veille) comme "le sommeil sans rêve". Ce dernier n'est que le sommeil du corps. Pour celui—ci, c'est comme s'il avait été abandonné complètement. L'entité doit cependant être en contact avec lui d'une manière ou d'une autre, car, à tout moment, elle continue d'exister et elle est consciente – il s’agit de la même identité. (…)

 

(…) L’Ego, l'homme, le penseur, est plus pleinement occupé, bien plus réellement son vrai soi, pendant le sommeil sans rêve du corps, qu'à aucun autre moment. Aussi disait-on que le jour pour le corps était la nuit pour l'âme, et la nuit du corps était le jour de l'âme. Quand le corps est endormi, l'homme réel est des plus actifs, avec le plus haut degré d'intelligence ; simplement, il pense et agit sur un tout autre plan, dans un état complètement différent de tous ceux que nous connaissons pendant l'existence humaine de veille ordinaire.

 

Nous ne savons rien du sommeil, bien que nous prétendions en faire l'expérience. Ce que nous savons, c'est que nous devenons somnolents — autrement dit, que le corps s'épuise progressivement — mais, en fait, le sommeil ne vient jamais à nous. Nous sommes éveillés pendant la journée, nous sommes conscients, nous pensons. Mais notre pouvoir de voir et de connaître pendant la veille s'applique presque uniquement aux choses extérieures, de nature matérielle, si bien que ce que nous appelons connaissance — connaissance de veille — consiste en pratique, à appliquer toutes nos facultés à l'existence physique, à l'exclusion de toute autre. Que se passe-t-il donc quand nous dormons ?

 

Dans cet intervalle, on sait que le corps reste absolument indifférent à toute sollicitation extérieure. La pire des calamités pourrait se produire aux alentours que nous n'en saurions rien, tant que nous n'aurions pas repris le contrôle de notre corps. Et pourtant nous avons forcément été vivants, conscients et en possession de la même identité. Cela pose à notre mental la question suivante : pourquoi et comment se fait-il qu'à l'état de veille, nous ne sachions rien de cette activité qui a lieu sur des plans plus élevés et totalement différents, pendant le sommeil profond du corps ?

 

Toute cette connaissance est en nous, comme vacante, mais non pas oubliée, ni inaccessible. Elle est enregistrée, imprimée dans notre nature impérissable, aussi réellement que peut l'être un vécu quelconque gardé en mémoire — tout ce que nous avons traversé, tous les degrés d'expérience, de connaissance que nous avons pu jamais acquérir. Quand nous dormons — c'est-à-dire pendant le sommeil du corps — nous retournons vers cette source de connaissance qui réside en nous-mêmes et nous nous "éveillons" le matin, sans être plus sages pour autant. Comment se fait-il que, possédant une telle connaissance, munis des pouvoirs qui appartiennent à l'Esprit immortel, à l'Intelligence divine, nous ne soyons pas en mesure de les utiliser, ni même conscients de leur existence en nous ?

 

(…) Nous appliquons le pouvoir de notre intelligence à considérer et exploiter des choses matérielles — lesquelles relèvent d'un état d'être inférieur au nôtre — si bien que nous nous y impliquons. Le cerveau dont nous nous servons réagit presque exclusivement à ces préoccupations d'un ordre inférieur, au point que, lorsque nous retournons à ce cerveau, au réveil, aucune de ses parties n'aura gardé la moindre impression, le moindre enregistrement de ces états de conscience que nous avons expérimentés.

 

Si nous sommes de ces êtres qui ont expérimenté ces états supérieurs pendant le sommeil, comment allons-nous retrouver un jour le souvenir de ces acquis ? Si on nous dit que nous sommes divins par nature, et non terrestres ; que nous avons un passé immense, que nous avons des plans de conscience plus élevés que le terrestre, avec des pouvoirs d'action sur ces plans, qu'est-ce que cela nous fait ? Qu'est-ce que cela nous apporte — et éveille en nous ? Cela ne nous fait-il pas voir l'existence d'un point de vue différent de celui auquel nous nous étions accoutumés jusque là ?

 

Dans la vie, tout ce que nous faisons, chaque résultat dont nous faisons l'expérience, dépend de quelque attitude mentale que nous adoptons face à la vie. Prenons l'exemple d'un athée, ou d'un matérialiste, qui pense que la vie a commencé avec le corps et qu'elle cessera avec lui : toutes ses pensées et tous ses actes auront cette conviction pour base. Mais s'il change d'avis, comme il peut le faire, s'il se rend compte qu'il est immortel dans sa nature essentielle, cela va automatiquement commencer à opérer une transformation.

 

Ce ne sont pas les expériences que nous traversons qui comptent, mais ce qu'elles nous enseignent. Nous devrions désirer la connaissance, et non le confort ou une position sociale. Nous souhaitons la connaissance, car, avec elle, nous découvrons quelle est l'action juste, quelles sont les pensées justes à nourrir. (…) Si nous commençons à penser correctement, nous donnons une direction à cette Force Spirituelle qui est l'essence même de notre nature. Qu'un homme se mette à penser correctement, à penser et agir sans égoïsme, en faisant cela, il est certain qu'il va ouvrir les canaux de son cerveau à une mesure de plus en plus grande de perception et de compréhension de sa propre nature. A un certain stade, il sera capable de comprendre qu'il n'y a jamais d'interruption pour lui, que son corps soit éveillé ou endormi, ou qu'il rêve, ou même qu'il y ait pour le corps un état qu'on appelle la mort.

 

Supposons que nous soyons capables de passer de l'état de veille à celui du rêve, du rêve au sommeil, du sommeil à la mort, puis de la mort à la réincarnation, dans un autre corps — en traversant tous ces états et changements sans avoir un seul trou de mémoire, si bien que nous puissions non seulement garder un souvenir intact des plans inférieurs aux états supérieurs, mais aussi ramener avec nous la mémoire des états supérieurs aux niveaux inférieurs, à travers chacun des plans traversés, en rapportant avec nous cette connaissance dans un corps ou dans un autre — que serions nous alors ? Nous saurions alors exactement ce que nous sommes. Nous connaîtrions alors les relations qui existent entre notre plan et tous les autres. Nous pourrions lire dans le cœur des hommes. Nous pourrions les aider à obtenir un statut plus grand et plus élevé. Nous ne serions plus trompés par les idées qui agitent la plupart des hommes. Nous cesserions de nous battre pour obtenir tel rang ou telle position. Nous ne lutterions plus que pour acquérir la connaissance, gagner les possessions de toutes sortes susceptibles de nous rendre plus aptes à aider et instruire les autres. Nous séjournerions sans cesse avec la Déité, que ce soit dans un corps ou en dehors.

 

C'est pour éveiller l'humanité à la compréhension de sa propre nature et à une juste utilisation de ses facultés que la Théosophie lui a été présentée à nouveau, comme elle l'a été d'âge en âge par Ceux qui sont plus avancés que nous — Ceux qui sont passés par les mêmes stades que nous traversons aujourd'hui, nos Frères Aînés, les Christs de tous les temps, les Incarnations divines. Ce sont Eux qui viennent nous rappeler notre véritable nature, nous rendre la mémoire et nous inciter à l'action, afin que nous sachions qui nous sommes vraiment et que nous l'exprimions ici, sur ce plan physique inférieur où nous forgeons notre destinés — une destinée élaborée par nous, que nous seuls pouvons modifier, par le pouvoir même de cet Esprit que nous sommes.

 

Personne ne peut rien connaître à la place d'un autre. Chacun doit gagner la connaissance par lui-même. Chacun doit faire son propre apprentissage. L'objectif de la Théosophie est d'enseigner à l'homme ce qu'il est, de lui montrer ce qu'il est et de lui faire admettre la nécessité d'apprendre par lui-même. (…) Mais il est possible d'indiquer la direction où chercher la connaissance ; les étapes à franchir dans ce sens peuvent nous être indiquées, et ce uniquement par ceux qui les ont franchies avant nous. Et c'est exactement ce qui est en train de se passer. C'est la démarche de tous les Sauveurs de l'Humanité. (…)

 

La vie est la grande Ecole de l'Existence, et nous sommes parvenus à un stade où nous devrions apprendre à réaliser quel est le but de l'existence ; à saisir fermement la totalité de notre nature ; à utiliser tous les moyens en notre pouvoir, dans toutes les directions — à l'état de veille, de rêve, de sommeil, ou tout autre — afin d'harmoniser tous les aspects de notre nature, de sorte que notre instrument inférieur se trouve "accordé", et reflète ainsi, de plus en plus, notre nature divine intérieure.

 

Qu’est-ce qui survit après la mort ?, Cahier Théosophique 182 (extraits)

 

(…) Nos jours et nos nuits offrent une illustration du fait que nous pouvons abandonner le corps, nous pouvons partir de ce corps, et cependant continuer d'exister. Quand nous sommes éveillés, dans la journée, nous agissons extérieurement par le biais des organes du corps qui servent à transmettre et recevoir des impressions. La nuit, cette activité cesse : il est dit alors que nous dormons. Mais comment pouvons-nous savoir que nous sommes conscients pendant ces heures de la nuit ? Parce que, à l'état éveillé, nous pouvons dire : «J'ai rêvé», sans mettre aucunement en doute notre identité pendant le rêve. Nous y étions également conscients de disposer de tous nos sens ; avec, apparemment, le pouvoir de nous mouvoir. Malgré l'état endormi du corps dans la condition que nous appelons le sommeil profond, nous étions encore des êtres vivants, agissants et conscients. Il n’est probablement pas difficile de concevoir que nous sommes également conscients pendant la plus grande partie du repos nocturne passée dans ce que l’on appelle le "sommeil sans rêve" du corps ; que notre activité y est d’une nature plus élevée et plus subtile que pendant l’état de veille ; qu’il est possible de conserver un contrôle conscient sur cette activité — d’en ramener dans notre cerveau, utilisé pendant la journée, la mémoire de toute action sur chaque plan intérieur de l’être. L’âme — l’Homme Réel — avec toutes ses expériences passées, est parfaitement éveillée quand le corps est endormi. Pour l'âme, le temps de la nuit c'est le temps du jour du corps. Toutefois, c'est seulement dans des cas exceptionnels qu'un être humain sait qu’il est conscient en permanence ; que cette Conscience ne peut jamais s’arrêter. Et cependant, chacun peut saisir par lui-même que si la Conscience cessait à un moment quelconque, il serait impossible qu’elle recommence jamais. Nous pouvons constater la continuité de la conscience dans le fait que nous sommes capables de reprendre, chaque jour de notre vie, l’activité de la veille et des jours précédents.

 

La Théosophie est présentée afin de démontrer que tout homme peut atteindre cette pleine conscience continue du temps du jour, qui opère à travers le corps. Que signifierait la mort pour nous, si nous avions une telle conscience ? Rien d'autre qu'un sommeil. Mourir ne serait qu'abandonner le corps devenu inutile pour nous. Nous saurions que la mort ne pourrait pas plus nous affecter que le sommeil ne nous atteint ; et qu'ainsi, tout comme notre conscience est permanente, que le corps soit éveillé ou endormi, il n'y a aucune interruption pour nous quand le corps vient à mourir.

 

Qu’est-ce donc qui survit après la mort ? L’homme lui-même, avec toutes ses tendances, toutes ses expériences. Le Penseur, l’Âme, voilà ce qui survit, ce qui ne peut jamais s’éteindre, ce qui ne peut jamais soi-même souffrir, être impliqué ; ce qui est toujours de sa propre nature, quelles que soient les conditions où un homme puisse se trouver plongé au même instant. Conditions de joie ou de souffrance, elles ont forcément une fin ; alors que l'Être Un, qui se réjouit, souffre et éprouve des sentiments, ne change absolument pas. Ce qui survit à tout est notre soi véritable — tout ce que nous désignons par nous-mêmes — le soi qui veille, qui rêve, qui se réjouit, et passe dans divers états, à travers tous les mondes. Disons que cette vie est un rêve où nous avons nos souffrances et nos joies. Lorsque nous allons nous éveiller, nous aurons d'autres expériences, mais c'est ce quelque chose de permanent en nous qui s'attire chacune des expériences ; entrant dans un champ d'activité ou un autre, il récolte de l'expérience selon les tendances qu'il a lui-même engendrées sur ce plan de l'être. Ainsi l'homme n'a d'autre expérience sur la terre que celle qui lui revient en propre, celle qu'il a intégrée à son action sur cette terre. La loi d'action et de réaction, de cause et d'effet, qui fait qu'on récolte ce qu'on a semé, est ainsi sa propre loi.

 

Qu’est-ce qui survit ? NOUS survivons, en tant qu’êtres conscients, avec tous nos pouvoirs de perception, avec tout ce que nous avons pu gagner — et il en sera toujours ainsi. Il n'y a pas d'interruption finale pour nous. Les corps s'usent au cours d'une vie, comme nous le savons, et deviennent invalides et inutilisables. Serait-il sage de souhaiter demeurer dans de tels corps ? Non : l'âme requiert un meilleur instrument. Nous détruisons la vieille demeure pour en construire une meilleure — ou peut-être une pire, ne l'oublions pas. Si nous sommes égoïstes et n'œuvrons que pour notre corps physique, si nous sommes hostiles envers nos compagnons, nous recevrons dans un corps le résultat de notre démarche égoïste. C'est une affaire de loi, non de sentiment. Ce n'est pas des comportements de nos semblables que nous souffrons, mais du mal que nous avons semé, et qui, en nous revenant, nous frappe de plein fouet. Tant que l'homme n'aura pas assumé son héritage, et réalisé que tout le cours de l'évolution met en œuvre les lois de justice, il ne fera pas le premier pas vers le véritable progrès, qui conduit à l'immortalité consciente.

 

 

L’âme et son langage, Cahier Théosophique 19 (extraits)

 

(…) Nous touchons ici un paradoxe de la Vie : tenant sa permanence et sa continuité de l'Esprit éternel, qui pour elle représente un centre de gravité immuable, l'âme, dans son contact avec le monde objectif, est perpétuellement soumise au mouvement, à la pulsation rythmique de la vie. Mais dans cette pulsation, elle s'individualise ; dans ses interactions incessantes avec les autres âmes, elle s'enrichit et enrichit les autres ; ses instruments d'action et de perception se perfectionnent jusqu'au moment où ils permettent à l'âme de s'y réfléchir comme conscience individuelle, permanente, capable d,'une pensée libre et d'une volonté active dans la vie incarnée, le sommeil, comme dans la mort. C'est là la clef de l'émancipation de la conscience qui ouvre la voie de l'union finale consciente recherchée entre l'Âme et l'Esprit dans ce que les Bouddhistes appellent le Nirvana.

 

C'est ainsi que procède l'évolution : tous les êtres, sans exception, ont les mêmes capacités en puissance, ils ne les développent cependant qu'en suivant individuellement le long pèlerinage tracé par la Nature. Sur cette voie, il n'y a pas de grâce divine pour l'homme, qui ne progresse qu'au prix de ses efforts personnels.

 

(…) L'être humain est comme une lyre à sept cordes dont chacune correspond à un plan de conscience et de substance particulier avec lequel l'Âme entre en relation. La conscience de veille ne répond qu'à une seule de ces cordes. Le cerveau, accordé sur cette tonalité, n'est pas encore entraîné à vibrer en résonance avec les autres cordes, ce qui nous interdit de garder le souvenir conscient des autres états d'expérience de l'Âme. C'est ainsi que chaque nuit, dans le sommeil profond, l'Ego se trouve sur un plan de conscience où il pense et agit sans que nous n'en soupçonnions rien au réveil. Dans l'hypnose, l'état d'anesthésie, l'extase mystique, l'homme intérieur connaît d'autres conditions d'expérience dont le cerveau, faute d'entraînement, ne retient que peu de chose.

 

La connaissance de ces champs d'expérience de l'Âme, et les moyens d'y pénétrer de façon telle que le cerveau puisse en conserver la trace consciente ont, de tout temps, été recherchés par les hommes qui, intuitivement, ont pressenti l'existence d'autres mondes plus réels que ce cosmos physique.

 

Ceux qu'on peut appeler les Aînés de l'humanité sur le chemin de l'évolution ont depuis longtemps découvert ces secrets et la voie qu'ils ont tracée pour leurs disciples a pour nom Raja Yoga (2). C'est la voie royale qui permet d'accorder la lyre humaine avec les sept plans d'harmonie de la Nature. Elle ouvre à l'Âme la possibilité d'une permanence de conscience individuelle et indépendante qui relie entre eux tous les états vécus sur les divers plans d'expérience. L'Ego ne subit plus la vie incarnée, il la dirige ; et ses actions volontaires, soi-conscientes, se poursuivent sans discontinuité au delà de la mort physique.

 

La Toute-Connaissance est au bout de cette voie. Elle est la récompense des efforts surhumains de ceux qui ont consacré des vies entières à cette entreprise.

 

 

(…) L'Ego doit entrer en possession de sa personnalité terrestre, mais son instrument cérébral est un organisme atrophié: il ne fonctionne qu'au ralenti dans toutes ses zones responsables de la pensée créatrice et indépendante ; certains centres essentiels à la manifestation des plus hautes facultés de l'Intelligence, comme la glande pinéale, sont pour ainsi dire paralysés, tandis que les neurones qui assurent la vie végétative, la pensée mécanique, l'action réflexe, monopolisent une grande partie de l'énergie mise en jeu dans le cerveau. Il faut donc que cette anarchie cesse, Et, là où chirurgie et chimie ne sont d'aucun secours, une discipline stricte de la pensée est la seule chance de réussite.

 

En s'efforçant d'être présents dans toutes les actions de la vie, d'être attentifs à tous les messages qui parviennent de l'Ego, tant dans la veille que le sommeil, de comprendre le contenu de chaque expérience et de choisir chaque action à la lumière de la conscience, de la raison et de l'intuition, l'instrument cérébral se trouve obligé de fonctionner constamment dans le sens de l'Âme, avec elle et pour elle.

 

Il y a une hygiène mentale qui, par l'examen de conscience et une vigilance constante, vise la purification attentive de la pensée.

 

Il y a une recherche active qui par l'étude et la méditation éveille les centres de communication avec l'Ego et prépare l'établissement d'une continuité de conscience sur tous les plans d'expérience.

 

L'homme doit devenir un créateur conscient et un auxiliaire de la Nature. La sagesse de la pensée ne suffit pas. Il y a aussi une sagesse du cœur qui consiste non à recroqueviller nos sentiments mais à les élargir au point d'embrasser un nombre d'êtres de plus en plus grand, et à oublier la folle espérance égoïste du salut personnel.

 

Il y a une sagesse de l'action qui consiste à ne rien faire qui ne soit juste et utile.

 

À sa racine divine l'Âme est Toute-Sagesse, Amour et Béatitude. C'est cela qu'elle doit réaliser consciemment. En essayant de vivre à cette image, avec discernement, avec générosité et dans la sérénité que procure une connaissance véritable, nous préparons l'avènement de l'Homme nouveau que nous serons dans l'avenir. Reflétant dans notre vie terrestre la nature même et les aspirations de l'Ego, que nous sommes, ses pouvoirs et sa connaissance gigantesque trouveront bientôt dans notre personnalité éphémère un canal d'expression plus fidèle. L'Âme cessera alors de n'être qu'une vague hypothèse de spiritualistes ; nous serons devenus l'Âme, incarnée sur terre à la recherche de son Dieu, à l'image de Psyché en quête de son Divin Erôs.

 

 

(La mémoire authentique, Cahier Théosophique 181 (extraits)

 

(…) La mémoire existe également dans un autre domaine de notre nature. Comme nous évoluons sur le plan physique, nos idées concernent presque exclusivement la matière "tridimensionnelle", et nous ne sommes pas plus conscients des états intérieurs de notre être que du plan physique quand nous dormons, et que nous sommes complètement coupés du monde extérieur, de ce qui arrive à nos amis, à notre pays et au monde en général, lesquels n’ont alors plus aucune importance pour nous. Pourtant ces domaines intérieurs de notre nature recèlent une vie intense, et ils ont une mémoire. Le Penseur qui emploie le cerveau à l’état de veille agit simplement sur un autre plan de la matière, utilisant ainsi un autre plan de la mémoire. Chaque plan de conscience possède sa mémoire propre.

 

Cette conscience ne cesse jamais, elle est continuellement active ; ceci est mis en évidence par le fait que personne n’a jamais expérimenté le sommeil, pas plus que la mort. Même si nous sommes conscients que le sommeil ou la mort doit être expérimenté par le corps, nous ne connaissons ces états qu’en les observant chez les autres. Lorsque nous disons "j’étais endormi", cela signifie que notre corps expérimentait le sommeil, et que pendant ce temps, nous avions complètement quitté ce plan. Nous sommes ensuite revenus de ces plans intérieurs à celui-ci, reprenant la mémoire de l’état de veille où nous l’avions laissée, et avons laissé derrière nous le souvenir de ce qui s’est passé de l’autre côté. Notre instrument physique n’a rien enregistré de ces plans intérieurs ; notre cerveau n’ayant pas été entraîné dans ce sens, il est incapable de traduire ces plans de conscience, excepté dans le cas de certains souvenirs partiels, ceux qui se produisent en rêve, par exemple.

 

Nos rêves prouvent que nous vivons et agissons sur ces plans intérieurs ; en effet, nous pensons, parlons, sentons, goûtons et nous mouvons dans nos rêves, en tant qu’individus, et nous ne remettons alors jamais notre identité en question, pas même lorsque la personnalité qui s’y présente est celle d’une incarnation antérieure. L’état de rêve est très proche de celui du moment du réveil, cet état intermédiaire entre le sommeil et la veille, si bien que nous sommes en mesure d’enregistrer dans les cellules du cerveau ce qui s’est passé avant de nous réveiller et de nous en souvenir. Au delà de l’état de rêve, qui n’occupe qu’une durée très courte du sommeil, existe une large gamme de pensées et d’activités humaines. Nous y pénétrons encore et encore, jusqu’à ce que nous soyons tout près de la source de notre être même, là où le Penseur est à l’œuvre, où il sait tout ce qu’il a été dans le passé — toutes ses incarnations passées — où il se voit et se connaît tel qu’il est. C’est là que se trouve rassemblée en un tout homogène la mémoire de toutes les expériences qu’il a traversées. C’était en vérité le Paradis de l’homme, lorsqu’il marchait avec la Divinité, lorsqu’il se connaissait tel qu’il est réellement. La mémoire authentique est le Paradis que tous les êtres humains devraient s’efforcer de regagner. Retrouver l’ensemble de cette mémoire, rendre utilisable cette grande connaissance du passé, ici et maintenant, dans le cerveau et dans le corps, représente la véritable œuvre de "rédemption". Ce n’est que lorsque nous comprendrons qui nous sommes vraiment que nous pourrons vivre consciemment dans l’esprit — et non dans la matière — la mémoire authentique parviendra à notre cerveau uniquement quand nous commencerons à penser et à agir sur cette base ; alors seulement nous nous connaîtrons par nous mêmes, n’ayant plus rien à demander à quiconque, mais tout à donner à autrui. Cette mémoire authentique est accessible à tout être vivant.

 

Pour chacun, l’obstacle n’est pas la mémoire, mais la fausse conception de la vie qui guide ses actes. Quels que soient les souvenirs de l’âme, si nous utilisons le cerveau d’une manière contraire à la nature de l’âme, le cerveau est incapable de traduire ses impressions. Le Penseur doit transférer la mémoire de l’âme au cerveau, et il ne peut le faire qu’en pensant et en agissant correctement pendant la conscience active de veille, jusqu’à ce que le cerveau réponde aux idées et apprenne à transmettre ce qui se passe quand le corps est inactif. Alors la véritable mémoire du passé qui est dans notre âme devient connaissance dans notre cerveau.

 

Les Maîtres sont ceux qui possèdent la mémoire authentique de toutes les étapes qu’ils ont franchies — la connaissance de toutes les civilisations passées, la compréhension de tout ce que chaque être humain doit expérimenter, la perception de toutes les lois qui régissent l’évolution. Étant les gardiens de cette connaissance et nos Frères Aînés, Ils sont prêts à aider l’humanité de la seule manière qui Leur soit permise — en enregistrant la somme de connaissances que nous sommes en mesure d’assimiler, en nous guidant pour que nous puissions l’utiliser correctement pour le bénéfice de tous les êtres humains, afin que l’ensemble de l’humanité puisse progresser de façon harmonieuse vers son véritable objectif. Une individualisation de plus en plus poussée, une gamme de perceptions de plus en plus étendue, telles sont les perspectives de notre évolution ; il existe cependant deux voies qui permettent de les atteindre : l’une conduit à une individualisation égoïste, et tournée vers l’intérêt personnel, tandis que l’autre ne cesse d’œuvrer pour le bien de l’humanité. Le Frère Aîné s’élève autant qu’il le peut mais s’arrête devant la dernière porte qui le séparerait du reste de l’humanité, pour faire demi-tour et reprendre un corps de la race en cours, comme le fit Jésus, afin de pouvoir aider ceux qui en savent moins que Lui. C’est ainsi que nous ne serons jamais seuls. Jamais ces Grands Êtres n’interrompront leur œuvre, qui est une œuvre d’amour. Mais c’est à nous qu’il appartient de déterminer, à plus ou moins brève échéance, si nous continuerons à souffrir pendant des éons et des millions de vies passées dans l’ignorance, ou si nous suivrons le chemin qu’Ils indiquent et qui mène droit au but — ce qui implique le pouvoir de connaître la vérité directement et infailliblement, ainsi que la mémoire authentique.

 

(…) Une véritable compréhension peut être acquise par quiconque, et en tout lieu, grâce à ce qui est appelé dans un texte ancien (la Mundaka Upanishad) le processus de "rasage" (Note 1). Il s'agit d'éliminer tout ce qui n'est pas le Soi. En effet, rien de ce que nous pouvons voir n'est le Soi, ni rien de ce que nous pouvons entendre, sentir, goûter ou savoir. C'est le Soi qui perçoit tout à l'aide de ses instruments, tout en n'étant aucun de ces objets. Pas plus que nous ne sommes aucune des expériences que nous avons vécues, vivons, ou vivrons jamais. Nous sommes ce qui fait l'expérience, et non un quelconque de ces changements. Nous ne sommes aucun des processus que nous traversons chaque jour, en passant du sommeil à l'état de veille, ou de la vie à la mort, selon la loi universelle. Nous ne dormons jamais, NOUS ne mourrons jamais. Le sommeil n'est que la réaction du corps, et pendant que ce dernier est endormi, NOUS continuons de penser, de percevoir et d'expérimenter pendant l'état de rêve, et ensuite dans les états du sommeil profond, où nous goûtons la pleine soi-conscience spirituelle.

 

Si nous rapportons si peu de souvenirs de cette activité de la conscience dans le sommeil profond, c'est que le calibre de notre appareil d'enregistrement est insuffisant. Le cerveau physique, qui est le registre de notre pensée — notre instrument de manipulation ici-bas — s'élabore, comme tous les autres éléments de notre corps, à partir de la nourriture que nous absorbons, et il change ainsi continuellement comme le font nos impressions. Il devient réceptif uniquement à l'influence constante de notre pensée terrestre. Mais si, à l'état de veille, nous adoptons une base de réflexion spirituelle — qui nous oblige à une action juste, avec la reconnaissance que tous les hommes procèdent de la même source et progressent vers le même but, même s'il existe autant de chemins que de pèlerins — si nous pensons et agissons sur cette base dans notre vie quotidienne, cela rendra le cerveau capable de répondre à ces autres formes de conscience pendant le sommeil du corps ; alors, tout ce que nous connaissons sur les plans supérieurs de l'être pourra être transmis et exprimé dans une grande mesure dans le corps. (…)

 

 

Les rêves et l’éveil intérieur (extraits)

 

(…) Depuis la plus haute Antiquité, les rêves ont retenu l'attention des hommes, qui en attendaient souvent avertissements et prophéties, et l'intérêt qu'ils présentent s'est encore confirmé aux yeux des psychologues modernes dont les préoccupations sont cependant plus thérapeutiques, en général, que spirituelles.

 

Avec l’enseignement de Blavatsky et Judge l’accent est mis sur l'éveil de l'homme à toutes ses dimensions — physique, psychique et spirituelle. Dans cette optique, les états de conscience différents de celui qui nous est familier pendant le jour constituent donc un important sujet d'étude, en dévoilant des aspects essentiels de la face cachée de l'être humain.(…) Mme Blavatsky démontre clairement que l'humanité est engagée dans un vaste mouvement d'évolution qui l'amènera collectivement, d'éveil en éveil, à étendre le champ de sa conscience aux dimensions de l'univers, visible et invisible. Au dynamisme de cette évolution, le Soi profond de l'homme — c'est-à-dire le foyer individuel de conscience universelle qui l'anime — participe au dynamisme de cette évolution, avec l'ensemble des lois de la nature : il faut donc savoir que les rêves sont susceptibles de traduire quelque chose du langage de cet Ego supérieur. D'où l'importance de leur étude attentive.

 

(…) L’enseignement offert dans ce domaine par Mme Blavatsky s'appuie sur une expérience personnelle directe, obtenue sous la conduite de ses propres Maîtres — une profonde connaissance de première main, qui ne résulte pas de spéculations intellectuelles ou de déductions hasardeuses, tirées d'observations expérimentales superficielles.

 

Les rêves ne sont-ils que de vaines visions ?

 

(…) L’homme est un être double, et en lui — pour employer les paroles de saint Paul — « II y a un corps naturel et un corps spirituel », et par conséquent, il possède nécessairement une double série de sens. (…) C'est pourquoi nous disons que l'homme a, en plus du cerveau physique, un cerveau spirituel. Si le premier dépend entièrement pour son degré de réceptivité de son propre développement et de sa structure physique, il est par ailleurs entièrement subordonné au second, dans la mesure où c'est seulement l'Ego spirituel (selon qu'il tend plutôt vers ses deux principes supérieurs (1) ou vers son enveloppe physique) qui est capable d'imprimer plus ou moins vivement sur le cerveau externe la perception des choses purement spirituelles ou immatérielles.

 

(1) C'est-à-dire le sixième principe (ou âme spirituelle) et le septième (son principe purement spirituel, l' « Esprit » ou Parabrahm, l'émanation de l'ABSOLU inconscient). Voir « Fragments of Occult Truth » (The Theosophist, 3, n°1, octobre 1881)

 

C'est donc de l'acuité des impressions mentales ressenties par l'Ego intérieur, du degré de spiritualité de ses facultés, que dépend le transfert de l'image des scènes que son cerveau semi-spirituel perçoit, des mots qu'il entend ou de ce qu'il ressent, jusqu'au cerveau physique endormi de l'homme extérieur. Plus est forte la spiritualité des facultés de l'homme intérieur, plus il est aisé pour l'Ego d'éveiller les hémisphères endormis, de stimuler les ganglions sensoriels et le cervelet et d'imprimer sur l'homme extérieur, toujours complètement inactif et au repos pendant le sommeil profond de l'individu, l'image vivante du sujet ainsi transféré. Chez un homme sensuel et nullement spirituel, dont le mode de vie et les tendances et passions animales ont entièrement déconnecté de son « âme spirituelle » supérieure son cinquième principe, ou ego astral animal, ainsi que chez l'homme dont le dur travail physique a épuisé le corps matériel au point de rendre l'individu momentanément insensible à la voix et au contact de son âme astrale, le cerveau, dans chacun de ces cas, reste dans un état d'anémie complète ou d'entière inactivité pendant le sommeil. De telles personnes auront rarement (ou même jamais) le moindre rêve, et encore moins des « visions qui viennent à se réaliser ». Chez le premier, à mesure qu'approche le moment du réveil et que son sommeil devient plus léger, les modifications du mental qui commencent à se produire peuvent constituer des rêves où l'intelligence ne joue aucun rôle, son cerveau à demi éveillé lui suggérant seulement des images qui ne sont que de vagues reproductions grotesques de ses folles habitudes de vie, tandis que chez le second, à moins qu'il ne soit fortement préoccupé par quelque pensée exceptionnelle, son instinct permanent d'habitudes actives ne lui permet généralement pas de rester dans cet état de demi-sommeil (pendant   lequel, la conscience commençant à revenir, nous voyons des rêves d'espèces variées) mais le fait émerger à la pleine conscience de veille immédiatement et sans aucune transition.

 

D'autre part, plus un homme est spirituel, plus sa faculté imaginative est active, plus il y a de chances qu'il reçoive, sous forme de visions, les impressions correctes que lui transmet son Ego qui voit tout et reste toujours en éveil. Les sens spirituels de ce dernier, n'étant pas gênés par l'interposition des sens physiques, sont en liaison intime et directe avec son principe spirituel le plus élevé ; et, bien qu'il soit essentiellement une partie quasi inconsciente de l'Absolu (2) (qui, lui, est totalement inconscient parce que totalement immatériel), ce principe a pourtant en lui-même des capacités inhérentes d'omniscience, d'omniprésence et d'omnipotence : pour cette raison, dès que la pure essence vient au contact de matière pure, sublimée et (pour nous) impondérable, ces attributs sont communiqués, dans une certaine mesure, à l'Ego astral également pur. C'est pourquoi des personnes hautement spirituelles peuvent avoir des visions et des rêves élevés pendant leur sommeil et même pendant leurs heures de veille : ce sont les sensitifs, les voyants-nés, qu'on appelle aujourd'hui du terme vague de « médiums spirituels », car on ne fait aucune distinction entre un voyant subjectif, un sujet « neurhypnologique », et même un adepte qui est un être devenu indépendant de son idiosyncrasie physiologique et qui a totalement soumis l'homme extérieur à l'homme intérieur. Ceux qui sont moins bien dotés spirituellement ont aussi de tels rêves, mais à de rares intervalles ; et l'exactitude de ces rêves dépend, pour ces sujets, de l'intensité du sentiment qu'ils éprouvent pour l'objet perçu.

 

(2) Cet enseignement sera démenti de toute façon par les théistes, et les spirites soulèveront contre lui des objections variées. Il est évident qu'on ne peut s'attendre à ce que nous donnions, dans les étroites limites d'un court article, une explication complète de cette doctrine hautement abstruse et ésotérique. Dire que la CONSCIENCE ABSOLUE est inconsciente de sa conscience et que, par suite, pour l'intellect limité de l'homme, elle doit être « l'INCONSCIENCE ABSOLUE », c'est un peu comme parler d'un triangle carré. Nous espérons développer la proposition plus complètement, dans l'un de nos prochains numéros de « Fragments of Occult Truth » (« Aperçus de Vérité Occulte ») dont nous sommes autorisés à publier une série. Nous prouverons peut-être alors, à la satisfaction de ceux qui n'ont aucun préjugé, que l'Absolu, ou l'Inconditionné, et (surtout) le Non-lié (au-delà de toute relativité) n'est qu'une pure abstraction imaginaire, une fiction, à moins de l'envisager du point de vue et à la lumière du panthéiste qui est plus ouvert à ces notions. Pour cela, nous devrons considérer « l'Absolu » simplement comme l'agrégat complet des intelligences, la globalité de toutes les existences, incapable de se manifester autrement que par l'interrelation de ses parties, du fait qu'Il est absolument inconnaissable et non-existant en dehors de ses manifestations phénoménales, et dépend entièrement de ses Forces en perpétuelles interactions, lesquelles dépendent à leur tour de la GRANDE LOI UNE. (Dir. Theosophist).

 

(…) « Une âme envoie un message à une autre âme » est un vieux dicton. D'où les prémonitions, les rêves et les visions.

 

(…) l'homme est un être double, avec un Ego intérieur en lui, et alors cet Ego est « l'homme réel », distinct et indépendant de l'homme extérieur (dans la mesure où le corps matériel est prédominant ou faible) et la portée de ses sens s'étend bien au-delà de la limite concédée aux sens physiques de l'homme, et un tel Ego (3) survit à l'effondrement de son enveloppe extérieure, du moins pendant un temps, même si un mode de vie terrestre pernicieux ne lui a pas permis de réaliser une parfaite union avec son Soi spirituel supérieur, c'est-à-dire de fusionner avec lui son individualité (la personnalité disparaissant graduellement dans tous les cas).

 

(3) II ne s'agit pas de décider pour l'instant si cet Ego ou Âme est unique comme l'affirment les spirites, ou multiple, c'est-à-dire composé de sept principes, comme l'enseigne l'ésotérisme oriental. Prouvons d'abord, par notre expérience conjuguée, qu'il y a dans l'homme quelque chose qui dépasse la Force et la Matière de Büchner (Dir. Theosophist).

Enseignement général sur les rêves

 

(…) Les «principes» actifs pendant les rêves ordinaires — qu'il faudrait distinguer des rêves réels, et appeler vaines visions — sont en fait kâma (4) (le siège du moi personnel et du désir) qui se trouve éveillé à une activité chaotique par les réminiscences assoupies du manas (5) inférieur (mental humain).

 

(4) En sanskrit, kâma signifie désir. II s'agit ici dans la constitution de l'homme d'un principe (c'est-à-dire une base indépendante d'action de conscience et de mémoire) qui est le siège du mental-désir, la ligne de démarcation qui sépare l'homme mortel de l'entité immortelle (N.d.T.).

 

(5) Mot sanskrit dont la racine man signifie penser. Dans l'homme, la pensée réfléchie est liée à l'activité du principe manas, dont l'aspect inférieur (coordonné avec le cerveau et le principe kâma) se manifeste comme le mental humain et dont l'aspect supérieur (le Manas, écrit avec une majuscule) fait de l'âme humaine permanente, une entité individuelle, intelligente et soi-consciente — un EGO immortel, qui est enraciné dans le divin par sa partie éternelle, appelée Monade dans la littérature théosophique. Cet Ego supérieur, qui transcende largement notre moi terrestre, est notre foyer permanent de conscience, pendant la vie de veille, et de sommeil, ainsi qu'après la mort. Dans la suite du texte, H.P.B. donne beaucoup d'enseignements sur sa nature et ses relations avec la conscience de l'homme incarné (N.d.T.)

 

Q. — Qu'est-ce que le «manas inférieur» ?

 

R. — On l'appelle ordinairement l'âme animale (le nephesh des cabalistes hébreux). C'est le rayon qui émane du Manas supérieur, ou Ego permanent, et c'est le «principe» qui forme le mental humain — ou l'instinct chez les animaux, car les animaux rêvent aussi (6). L'action combinée de kâma et de l'«âme animale» est toutefois purement mécanique. C'est l'instinct et non la raison qui est actif en eux. Pendant le sommeil du corps, il se produit mécaniquement un échange de stimulations électriques entre eux et divers centres nerveux. Le cerveau n'en est guère impressionné, et la mémoire les consigne, évidemment, sans ordre ni suite. Au réveil, ces impressions s'effacent graduellement, comme le fait toute ombre fugitive qui n'a pas à la base de réalité substantielle pour la soutenir. La faculté de rétention du cerveau est cependant capable de les enregistrer et de les conserver, pour peu qu'elles soient gravées avec assez de force. Mais, en général, notre mémoire n'enregistre que les impressions fugitives et déformées que le cerveau reçoit au moment du réveil. (…)Ce qui est entièrement terra incognita pour la science, ce sont les véritables rêves et expériences de l'Ego supérieur, qu'on appelle aussi des rêves, mais qu'on ne devrait pas nommer ainsi, ou alors, le terme désignant les autres «visions» à l'état de sommeil devrait être changé.

 

(6) Le mot anglais pour rêver («to dream») signifie réellement «somnoler», ce qui se dit en russe «drémats» (Ed.)

 

Q. — En quoi sont-ils différents ?

 

La nature et les fonctions des rêves réels (les véritables rêves et expériences de l'Ego supérieur, qu'on appelle aussi des rêves, mais qu'on ne devrait pas nommer ainsi) ne peuvent être comprises à moins d'admettre, dans l'homme mortel, l'existence d'un Ego immortel, indépendant du corps physique. (…) si nous admettons l'existence en nous-mêmes d'un Ego supérieur, ou permanent — Ego qui ne doit pas être confondu avec ce que nous appelons le «Soi Supérieur» (7) — nous pouvons comprendre que ce que nous considérons souvent comme des rêves, et prenons généralement pour de vains fantasmes, ce sont, en réalité, des pages éparses arrachées au livre de la vie et des expériences de l'homme intérieur, et dont les vagues souvenirs, au moment du réveil, deviennent plus ou moins dénaturés par l'action de notre mémoire physique. Celle-ci saisit mécaniquement quelques impressions subsistant des pensées, des faits observés, des actes accomplis par l'homme intérieur durant ses heures d'entière liberté. Car notre Ego vit sa propre vie séparée, dans sa prison d'argile, dès qu'il s'affranchit des entraves de la matière, c'est-à-dire pendant le sommeil de l'homme physique. C'est cet Ego qui est l'acteur, l'homme réel, le véritable soi humain. Mais l'homme physique ne peut sentir ni être conscient pendant les rêves ; car la personnalité, l'homme extérieur, avec son cerveau et son appareil à penser, se trouve alors plus ou moins complètement paralysé.

 

(7) C'est-à-dire l'Atman des écritures indiennes — l'Esprit divin, inséparable du Soi Un et Universel

 

Nous pourrions bien comparer l'Ego réel à un prisonnier et la personnalité physique au geôlier de sa prison. Si le gardien se met à sommeiller, le prisonnier s'échappe ou, du moins, passe hors des murs de sa prison. Le geôlier est à demi endormi : pendant tout ce temps, en dodelinant du chef, il regarde par une fenêtre, d'où il ne peut apercevoir son prisonnier que par moments, comme une sorte d'ombre allant et venant devant la fenêtre. Mais que peut-il saisir, et que peut-il savoir des actes réels et surtout des pensées de celui qu'il garde ?

 

Q. — Les pensées de l'un ne s'impriment-elles pas sur l'autre ?

 

R. — Pas durant le sommeil, en tout cas ; car l'Ego réel ne pense pas comme le fait sa personnalité évanescente et temporaire. Pendant les heures de veille, les pensées et la Voix de l'Ego supérieur parviennent ou non à toucher le geôlier — l'homme physique — car elles constituent la Voix de sa Conscience ; par contre, durant son sommeil, elles sont absolument comme la «Voix dans le désert». Dans les pensées de l'homme réel, ou de l' «Individualité» immortelle, les images et visions du passé et de l'avenir sont comme le présent ; et ses pensées ne sont pas, comme les nôtres, des images subjectives dans le champ de notre activité cérébrale mais des actes et des faits vivants, d'effectives réalités présentes. Ce sont des réalités, tout comme elles l'étaient à l'époque où le langage articulé en sons n'existait pas, quand les pensées étaient des choses, et que les hommes n'avaient pas besoin de les exprimer en paroles ; car elles se traduisaient sur-le-champ en actions par le pouvoir de kriyashakti (8) — ce mystérieux pouvoir qui transforme instantanément les idées en formes visibles — et celles-ci étaient aussi objectives pour l' «homme» des débuts de la troisième Race (9), que les objets visibles le sont actuellement pour nous.

 

(8) En sanskrit, littéralement, le pouvoir de création de la pensée

 

(9) Allusion au très lointain passé de l'humanité : la «troisième Race» dont il est question ici venait collectivement d'accéder à la conscience réfléchie et à la pensée intelligente

 

Q. — Comment, alors, la philosophie ésotérique explique-t-elle la transmission de ne fût-ce que quelques fragments de ces pensées de l'Ego à notre mémoire physique que celle-ci conserve parfois ?

 

De tels fragments sont reflétés sur le cerveau du dormeur, comme autant d'ombres extérieures sur les parois de toile d'une tente que l'occupant voit en se réveillant. L'homme pense alors qu'il a rêvé tout cela, et a l'impression qu'il a, lui-même, vécu quelque chose, alors qu'en réalité ce sont les actions-pensées du véritable Ego qu'il a vaguement perçues. À mesure qu'il s'éveille complètement, ses souvenirs deviennent, à chaque minute, de plus en plus déformés et se mêlent aux images projetées par le cerveau physique, sous l'action du stimulus qui amène le dormeur à s'éveiller. Par le pouvoir de l'association, ces souvenirs mettent en mouvement diverses séquences d'idées.

 

(…) Pour le rêveur (l'Ego), sur son propre plan, les choses sur ce plan sont aussi objectives que nos actes le sont pour nous.

 

Q. — Quels sont les sens qui sont actifs dans les rêves ?

 

R. — Les sens du dormeur reçoivent des stimulations occasionnelles et sont éveillés à une action mécanique ; ce qu'il entend et voit est, comme il a été dit, un reflet déformé des pensées de l'Ego. Celui-ci est hautement spirituel et est lié très étroitement aux principes supérieurs, Buddhi et Âtma (10). Ces principes supérieurs sont entièrement inactifs sur notre plan, et l'Ego supérieur (Manas) est lui-même plus ou moins somnolent pendant l'état de veille de l'homme physique. C'est particulièrement le cas chez des personnes d'un mental très matérialiste. Si endormies sont les facultés spirituelles — tellement l'Ego est entravé par la matière — qu'Il (11) ne peut guère donner toute son attention aux actions de l'homme, même si ce dernier commet des péchés pour lesquels cet Ego — une fois réuni à son manas inférieur — devra souffrir conjointement dans l'avenir. Ce sont, comme je l'ai dit, les impressions projetées dans l'homme physique par cet Ego qui constituent ce que nous appelons la «conscience» (12) ; et dans la mesure où la personnalité, l'âme inférieure (ou manas inférieur), s'unit à sa conscience (13) supérieure, ou son EGO, l'action de celui-ci sur la vie de l'homme mortel devient plus marquée.

 

(10) Dans la classification théosophique des principes constitutifs de l'homme, Atma correspond à l'Esprit, pur et universel, qu'on ne peut guère séparer de l'Absolu, et Buddhi est en quelque sorte son véhicule, l'aspect universel et divin de l'âme qui relie l'individu au Tout unique

 

(11) H.P.B. emploie ici le pronom neutre It (traduit par Il) pour signifier sans doute que l'Ego n'est pas une entité masculine ou féminine

 

(12) En anglais : conscience, la conscience morale qui distingue le bien du mal

 

(13) En anglais : consciousness, la conscience d'être

 

Q. — Cet Ego, dans ce cas, est l' «Ego Supérieur» ?

 

R. — Oui, c'est le Manas supérieur illuminé par Buddhi, le principe de la soi-conscience, en bref le «Je-suis-moi». C'est le kârana sharîra (14), l'homme immortel qui passe d'une incarnation à l'autre.

 

(14) En sanskrit : le corps causal, qui conserve l'empreinte de toutes les causes karmiques engendrées par l'individu

 

Q.— Le «registre» — ou les «tablettes de la mémoire» — de l'état de rêve réel diffère-t-il de celui de l'état de veille ?

 

R. — Puisque les rêves sont, en réalité, les actions de l'Ego pendant le sommeil physique, il va de soi qu'ils sont consignés sur leur propre plan et produisent leurs effets appropriés sur celui-ci. MaisIl faut toujours garder en pensée que les rêves en général — et tels que nous les connaissons — sont simplement les vagues souvenirs que nous retenons de ces faits au réveil. Il arrive souvent, en vérité, que nous n'ayons absolument aucun souvenir d'avoir rêvé, mais que, plus tard, dans la journée, le rappel du rêve jaillisse en nous brusquement. À cela il y a beaucoup de causes. On peut faire une analogie avec ce qui arrive parfois à chacun de nous. Souvent une sensation, une odeur, même un bruit fortuit, ou un son, nous ramènent instantanément à l'esprit des événements, des scènes ou des individus oubliés depuis longtemps. De même, quelque chose de ce que l' «acteur nocturne», l'Ego, a vu, fait ou pensé a pu s'imprimer à ce moment sur le cerveau physique, sans parvenir jusqu'à la mémoire consciente éveillée, par suite de quelque condition ou obstacle physique. Cette impression est bien enregistrée sur le cerveau, dans sa cellule ou son centre nerveux approprié, mais en raison de quelque circonstance accidentelle, elle «couve sous la cendre», pourrait-on dire, jusqu'à ce que quelque chose lui donne l'impulsion requise. À ce moment, le cerveau la relâche immédiatement dans la mémoire consciente de l'homme éveillé ; car, dès que les conditions voulues sont réunies, ce centre nerveux particulier entre aussitôt en activité et remplit la tâche qui était la sienne, mais qu'il avait été alors empêché de mener à bien.

 

Q. — Comment ce processus se produit-il ?

 

R. — II y a une sorte de communication télégraphique consciente qui se maintient sans cesse, jour et nuit, entre le cerveau physique et l'homme intérieur. (…)

 

Q. — Qu'est-ce qui distingue la mémoire et l'imagination de «l'état de rêve» de celles de la conscience éveillée ?

 

R. — Pendant le sommeil, la mémoire et l'imagination physiques sont naturellement passives, parce que le rêveur est endormi : son cerveau est endormi, sa mémoire est endormie, toutes ses fonctions sont assoupies et en repos. C'est uniquement lorsqu'elles sont stimulées, comme je vous l'ai dit, qu'elles entrent en activité. Ainsi la conscience du dormeur n'est pas active, mais passive. Toutefois l'homme intérieur, l'Ego réel, agit indépendamment pendant le sommeil du corps. (…)

 

Q. — Quel rapport ont la lumière astrale et l'Akâsha (15) avec la mémoire ?

 

(15) Dans un certain sens, la lumière astrale correspond à ce qu'on appellerait aujourd'hui la psychosphère, ou sphère psychique collective de la terre. Selon la Théosophie, ce plan particulier de la nature enregistre et conserve la trace de toute l'activité humaine (actions, pensées, désirs, etc.) et influence en retour notre psychisme, par le caractère dynamique de ces images. Par opposition, sur les plans spirituels — loin de notre cadre spatio-temporel — l'Akâsha serait à rapprocher d'une noosphère universelle, aussi différente de la psychosphère de la lumière astrale que le pur noûs de l'homme (son âme spirituelle) est distinct de la psyché des pensées et désirs terrestres (N.d.T.)

 

R. — La première est le «registre de la mémoire» de l'homme animal, le second, celui de l'Ego spirituel. Les «rêves» de l'Ego, autant que les actes de l'homme physique, sont tous enregistrés, vu que les uns et les autres sont des actions basées sur des causes et productrices de résultats. Nos «rêves», constituant simplement l'état de veille et les actions du Soi véritable, doivent évidemment être consignés quelque part. Lisez «Karmic Visions» dans Lucifer (16), et notez la description de l'Ego réel, demeurant comme un spectateur de la vie du héros, et quelque chose peut-être vous frappera.

 

(16) Article de Mme Blavatsky, publié en français sous le titre : «Visions karmiques», dans le Cahier Théosophique, n° 71 (N.d.T.)

 

Q. — Qu'est-ce, en réalité, que la lumière astrale ?

 

R. — Comme nous l'enseigne la philosophie ésotérique, la lumière astrale est simplement la lie de l'Akâsha, ou de l'ldéation Universelle (17), dans son sens métaphysique. Invisible, elle n'en est pas moins, pour ainsi dire, la radiation phosphorescente de cette dernière, et elle constitue le milieu servant d'intermédiaire entre l'Akâsha et les facultés mentales de l'homme. Ce sont celles-ci qui polluent la lumière astrale et en font ce qu'elle est — le réservoir de toutes les iniquités humaines, et surtout psychiques. Dans sa genèse primordiale, la lumière astrale, en tant que radiation, est tout à fait pure, mais plus elle descend et s'approche de notre sphère terrestre, plus elle se différencie et devient en conséquence impure dans sa constitution même. Mais l'homme contribue considérablement à cette pollution, et il lui restitue son essence dans une condition bien pire que lorsqu'il l'a reçue.

 

(17) Cette expression renvoie au pouvoir cosmique de l'Esprit, ou de la Pensée éternelle, se manifestant dans ses interactions avec la matière à tous les niveaux (cf. Secret Doctrine l, pp. 328-330) (N.d.T.)

 

(…) La lumière astrale — qui porte l'empreinte des images sans nombre de tout ce qui a jamais été, qui est et qui sera — n'est qu'une trop triste réalité. Il devient dans l'homme, et pour l'homme — s'il est tant soit peu psychique (et qui ne l'est pas ?) — un démon tentateur, son «mauvais ange», et l'inspirateur de toutes nos pires actions. Il agit même sur la volonté de l'homme endormi, par des visions imprimées sur son cerveau assoupi (visions qui ne doivent pas être confondues avec les «rêves»), et ces germes portent leurs fruits quand il s'éveille.

 

Q. — Quel est le rôle joué par la volonté dans les rêves ?

 

R. — La volonté de l'homme extérieur — notre volition — est évidemment dormante et inactive au cours des rêves ; mais il est possible de donner une certaine orientation à la volonté somnolente, durant son inactivité, et d'obtenir ultérieurement certains résultats par l'effet d'interaction mutuelle qui a lieu — quasi mécaniquement — lorsque sont conjoints en un seul deux «principes» (ou davantage) à un tel point qu'ils arrivent à agir en parfaite harmonie, sans aucune friction, ni une seule fausse note, quand l'homme est éveillé. Mais c'est là un des artifices de la «magie noire», et lorsqu'on l'emploie à des fins bénéfiques, il fait partie de l'entraînement d'un Occultiste. Il faut être très avancé sur le «sentier» pour avoir une volonté capable d'agir consciemment durant le sommeil physique, ou d'influencer la volonté d'une autre personne pendant qu'elle dort, c'est-à-dire de contrôler ses rêves et, par suite, de contrôler ses actions à l'état de veille.

 

(…) Ce que nous appelons la volonté a son siège dans l'Ego supérieur et celui-ci, lorsqu'il est débarrassé de sa personnalité lourde de péchés, est divin et pur.

 

Q. — Quel rôle karma joue-t-il clans les rêves  ? En Inde, les gens disent que chaque homme reçoit la récompense ou la punition de tous ses actes à l'état de veille aussi bien que de rêve.

 

R. — S'ils disent cela, c'est qu'ils ont conservé dans toute leur pureté les traditions de leurs ancêtres, et s'en souviennent. Ils savent que le Soi est l'Ego réel, et qu'il vit et agit, quoique sur un plan différent. La vie extérieure est un «rêve» pour cet Ego, tandis que la vie intérieure, ou la vie sur ce que nous nommons le plan du rêve, est, pour lui, la vraie vie. C'est pourquoi l'hindou (le profane, évidemment) dit que karma est généreux, et récompense l'homme réel en rêves, comme il le fait pour la fausse personnalité dans la vie physique.(…)

 

Q. — Les soi-disant rêves prophétiques sont-ils un signe que le rêveur a de fortes facultés de clairvoyance ?

 

R. — On peut dire que, dans le cas où des personnes ont vraiment des rêves prophétiques, c'est parce que leur cerveau et leur mémoire physiques sont en relation et en sympathie plus étroites avec leur «Ego supérieur» que chez la majorité des gens. Le Soi-Ego a plus de facilités pour imprimer sur la coque physique et sa mémoire ce qui a de l'importance pour ces personnes qu'il n'en a chez des êtres moins bien doués. (…)

 

Q. — Les adeptes rêvent-ils ?

 

R. — Aucun adepte avancé ne rêve. Un adepte est un être qui a acquis la maîtrise sur ses quatre principes inférieurs, y compris le corps, et qui, en conséquence, ne permet plus à la chair d'agir à sa guise. Il paralyse simplement son soi inférieur durant le sommeil, et devient parfaitement libre. Un rêve, comme nous l'entendons, est une illusion. Un adepte va-t-il donc rêver, alors qu'il s'est débarrassé de toute autre illusion ? Dans son sommeil, il vit simplement sur un autre plan plus réel. (…)

 

Q. — Y a-t-il des gens qui n'ont jamais rêvé ?

 

R. — (…) Tout le monde rêve plus ou moins, cependant, chez la plupart des gens, les rêves disparaissent brusquement au moment du réveil. Tout dépend de l'état plus ou moins réceptif des ganglions cérébraux. Les individus qui ne sont pas spirituels, et ceux qui n'exercent pas leurs facultés imaginatives, ou ceux encore qu'un travail manuel a épuisés, au point que les ganglions ne fonctionnent pas, même mécaniquement pendant le repos, rêvent rarement, s'ils le font jamais, d'une façon tant soit peu cohérente.

 

Q. — En quoi consiste donc le processus de l'endormissement ?

 

R. — La physiologie l'explique partiellement. Selon l'Occultisme, il faut invoquer l'épuisement périodique et régulé des centres nerveux, et surtout des ganglions sensoriels du cerveau, qui se refusent à agir plus longtemps sur ce plan, et qui, à moins de devenir inaptes au travail, sont obligés de récupérer leur force sur un autre plan ou upâdhi. D'abord vient svapna, l'état de rêve, et celui-ci conduit à l'état de l’état de sushpti (18) Or, il faut se souvenir que nos sens sont tous doubles et agissent selon le plan de conscience sur lequel l'entité pensante est active. Le sommeil physique lui offre la plus grande facilité d'agir sur les différents plans ; en même temps c'est une nécessité, afin que les sens puissent récupérer et obtenir, de svapna et de sushupti, un nouveau bail de vie en jagrata (l’état de veille). Selon le râja yoga, l'état turîya (19) est le plus élevé. De même qu'un homme épuisé par un état du fluide de vie en cherche un autre, ou que, par exemple, écrasé par l'air chaud, il se rafraîchit avec de l'eau froide, de même le sommeil offre l'abri ombragé dans la vallée de la vie brûlée de soleil.

 

(18) Mot sanskrit désignant l'état de sommeil sans rêve (N.d.T.)

 

(19) L'état "quatrième" transcendant, au delà de sushupti.

 

Le sommeil est un signe que la vie de veille est devenue trop forte pour l'organisme physique, et que la force du courant de vie doit être brisée en changeant la veille pour le sommeil. (…) La personne commence à être trop fortement saturée de Vie ; l'essence vitale est trop forte pour ses organes physiques et elle doit chercher refuge dans le côté ombragé de cette essence, côté qui est l'élément du rêve (ou le sommeil physique) — l'un des états de la conscience.

 

Q. — Mais qu'est-ce qu'un rêve ?

 

R. — Cela dépend du sens que l'on donne au terme. Vous pouvez «rêver» ou, comme on dit, avoir des visions oniriques, éveillé ou endormi. Si, par le pouvoir de la volonté, on concentre la lumière astrale dans une coupe, ou un récipient de métal en fixant dedans le regard en un point, avec une ferme volonté de voir, il en résulte une vision ou un «rêve» éveillé, si la personne est un tant soit peu sensitive. Les images réfléchies de la lumière astrale sont mieux perçues avec les yeux fermés, et dans le sommeil encore plus distinctement. À partir d'un état lucide, la vision devient translucide. De la conscience organique normale, elle s'élève à un état transcendantal de conscience.

 

Q. — Quelles sont les principales causes des rêves ?

 

R. — II y a beaucoup de sortes de rêves, comme nous le savons tous. Si on laisse de côté le «rêve digestif», il y a des rêves du cerveau et des rêves de la mémoire, des visions mécaniques et d'autres conscientes. Les rêves avertisseurs et prémonitoires exigent la coopération active de l'Ego intérieur. Souvent également, ils sont dus à la coopération consciente ou inconsciente du cerveau de deux personnes vivantes, ou de leur Ego.

 

Q. — Qu'est-ce qui rêve alors ?

 

R. — Généralement le cerveau physique de l'ego (ou du moi) personnel, le siège de la mémoire qui émet des lueurs et projette des étincelles comme les braises mourantes d'un feu. La mémoire du dormeur est pareille à une harpe éolienne à sept cordes ; et son état mental peut être comparé au vent qui passe sur les cordes. La corde correspondante de la harpe répondra à celui des sept états d'activité mentale dans lequel se trouvait l'être avant de s'endormir. S'il s'agit d'une douce brise, la harpe ne sera que peu sollicitée ; si c'est un ouragan, les vibrations seront puissantes en proportion. Si l'ego personnel est en contact avec ses principes supérieurs, et que s'écartent les voiles des plans supérieurs, tout sera pour le mieux ; si, au contraire, il est d'une nature animale matérialiste, il n'y aura probablement aucun rêve ; ou si par hasard la mémoire capte le souffle d'un «vent» provenant d'un plan supérieur, du fait que l'impression lui arrivera par l'intermédiaire des ganglions sensoriels du cervelet et non par l'action directe de l'Ego spirituel, elle recevra des images et des sons à ce point déformés et disharmonieux que même une vision paradisiaque du devachan lui apparaîtrait comme un cauchemar ou une caricature grotesque. En conséquence, il n'y a pas de réponse simple à la question : «Qu'est-ce qui rêve ?», car il dépend entièrement de chaque individu qu'un principe ou un autre soit le moteur principal dans les rêves, et que la personne s'en souvienne ou les oublie.

 

Q. — L'apparente objectivité d'un rêve est-elle réellement objective ou subjective ?

 

R. — Si l'on admet qu'elle est apparente, il va de soi alors qu'elle est subjective. La question devrait être plutôt : pour qui, ou pour quoi, les images ou les représentations oniriques sont-elles soit objectives soit subjectives ? Pour l'homme physique, le rêveur, tout ce qu'il voit avec les yeux fermés, et dans son mental, ou par le moyen de celui-ci, est évidemment subjectif. Mais pour l'être qui voit, à l'intérieur du rêveur physique, cet être lui-même étant subjectif à nos sens matériels, tout ce qu'il voit est aussi objectif qu'il l'est lui-même pour lui-même, et pour ses pareils. (…) L'Occultisme enseigne que l'homme physique est un, mais que l'homme pensant est septuple, qu'il pense, agit, sent et vit dans sept états différents d'être, ou plans de conscience, et que, pour tous ces états et plans, l'Ego permanent (non la fausse personnalité) possède une gamme distincte de sens.

 

(…) Il arrive fréquemment que nous soyons conscients, et que nous sachions que nous rêvons ; c'est là une très bonne preuve que l'homme est un être multiple sur le plan de la pensée ; de sorte que l'Ego, ou l'homme pensant, est non seulement un Protée, une entité multiforme et toujours changeante, mais il est aussi, pour ainsi dire, capable de se séparer, sur le plan du mental ou du rêve, en deux entités ou davantage ; et sur le plan de l'illusion qui nous suit jusqu'au seuil du nirvâna, il est semblable à Ain-Soph parlant à Ain-Soph, tenant un dialogue avec lui-même et parlant par lui-même, à propos de lui-même et à lui-même.(…)

 

Q. — Est-ce que ce qu'on appelle la «cérébration inconsciente» durant le sommeil est un processus mécanique du cerveau physique, ou est-ce une opération consciente de l'Ego, dont le résultat seul s'imprime sur la conscience ordinaire ?

 

R. — C'est cette dernière explication ; car est-il possible de se souvenir dans notre état conscient de ce qui s'est passé tandis que notre cerveau travaillait inconsciemment ? C'est apparemment une contradiction de termes. (…) 

 

Q. — Quelle est la cause de cette expérience de rêve où le rêveur semble toujours s'efforcer d'atteindre quelque chose, sans jamais y parvenir ?

 

R. — C'est parce que le soi physique et sa mémoire sont coupés de toute possibilité de savoir ce que fait l'Ego réel. Le rêveur ne saisit que de faibles aperçus des activités de l'Ego, dont les actions produisent sur l'homme physique ce qu'on appelle le rêve, mais il est incapable de le suivre dans toute sa séquence. Un malade qui délire se trouve, après sa guérison, dans le même rapport avec l'infirmière qui l'a veillé et soigné durant sa maladie, que l'homme physique vis-à-vis de son Ego réel. L'Ego agit aussi consciemment en lui, et en dehors de lui, que le fait l'infirmière lorsqu'elle soigne et veille le malade. Mais ni le patient, après avoir quitté son lit de malade, ni le rêveur en se réveillant ne sont capables de se rappeler autre chose que des bribes et des lueurs de ce qui s'est passé.(…)

 

Q. — Un rêveur peut-il être «en rapport» avec une entité en devachan (20) ?

 

(20) Le devachan #I-34(mot tibétain évoquant le paradis occidental d'Amitabha) désigne, dans la littérature théosophique, l'état céleste auquel accède l'Ego supérieur une fois dégagé de ses entraves terrestres par le processus de la deuxième mort (voir note 33) (N.d.T.)

 

R. — Le seul moyen possible de communication avec des êtres en devachan s'offre pendant le sommeil, par un rêve ou une vision, ou dans un état de transe. Aucune entité en devachan ne peut descendre dans notre plan ; c'est à nous — ou plutôt à notre Soi intérieur — de monter jusqu'à son plan. (…)

 

Q. — Quelle est la cause du cauchemar, et comment se fait-il que les rêves de personnes souffrant de tuberculose avancée soient souvent agréables ?

 

R. — La cause du premier est simplement physiologique. Un cauchemar provient d'une oppression et de la difficulté à respirer : cette difficulté à respirer crée toujours de l'oppression, et produit une sensation de calamité imminente. Dans le second cas, les rêves deviennent agréables, parce que le tuberculeux se sépare de plus en plus chaque jour de son corps matériel et devient en proportion plus clairvoyant. À mesure que la mort approche, le corps s'épuise et cesse d'être une entrave ou une barrière entre le cerveau de l'homme physique et son Soi Supérieur.

 

Q. — Est-ce une bonne chose de cultiver la faculté de rêver ?

 

R. — C'est en cultivant le pouvoir de ce qu'on appelle «rêver» que l'on développe la clairvoyance.

 

Q. — Y a-t-il des moyens d'interpréter les rêves — comme par exemple, les interprétations qu'on donne dans les Clefs des Songes ?

 

R. — Aucun, sinon la faculté clairvoyante et l'intuition spirituelle de l' «interprète». Chaque Ego qui rêve est différent de tout autre, comme le sont nos corps physiques. Si chaque chose dans l'univers possède sept clefs à son symbolisme sur le plan physique, combien de clefs ne peut-elle avoir sur les plans supérieurs ?

 

Q. — Y aurait-il une façon de classifier les rêves ?

 

R. — Sommairement, nous pouvons diviser les rêves également en sept classes et subdiviser celles-ci à leur tour. De cette façon, nous ferions les divisions suivantes :

  • 1) Les rêves prophétiques. Ceux-ci sont imprimés sur notre mémoire par le Soi Supérieur et sont en général clairs et nets : ou bien c'est une voix qui se fait entendre, ou bien c'est l'événement à venir qui est vu à l'avance.
  • 2) Les rêves allégoriques, ou aperçus aux contours mal définis de réalités saisies par le cerveau et déformées par notre imagination. Ces rêves ne sont, en général, qu'à moitié exacts.
  • 3) Les rêves envoyés par des adeptes (bons ou mauvais), par des magnétiseurs, ou par les pensées d'intelligences très puissantes cherchant à nous faire accomplir leur volonté.
  • 4) Les rêves rétrospectifs ; rêves d'événements appartenant à des incarnations passées.
  • 5) Les rêves de mise en garde qui visent d'autres personnes incapables elles-mêmes d'être impressionnées.
  • 6) Les rêves confus, dont les causes ont été discutées plus haut.
  • 7) Les rêves qui sont de pures fantaisies et des images chaotiques, dues à la digestion, à quelque trouble mental, ou à quelque cause externe de ce genre.

 

(…) Mme Blavatsky oppose globalement les rêves indistincts et confus aux autres rêves porteurs d'un message (même si sa signification n'est pas évidente a priori). En effet, certains rêves sont simplement le reflet ou le produit des fonctions animales instinctives (liées au cervelet qui reste actif pendant le sommeil) : «ils sont alors pour la plupart chaotiques et inconséquents, alors que, par contre, les rêves dont on se souvient, et qui présentent une séquence ordonnée d'événements, sont dus à la vision de l'Ego supérieur».

 

Q. — À l'état de veille, le mental est fondamentalement soumis aux conditions de temps et d'espace : celles-ci existent-elles encore pour le mental (Manas) pendant le sommeil du corps physique ?

 

R. — Non pas telles que nous les connaissons. De plus, la réponse dépend de quel Manas vous parlez — supérieur ou inférieur. C'est uniquement ce dernier qui peut être sujet aux hallucinations de temps et d'espace ; par exemple, un homme à l'état de rêve peut vivre en quelques secondes les événements d'une existence entière. Pour ce que perçoit et appréhende l'Ego supérieur, il n'y a ni temps ni espace.

 

Q. — Nous pouvons avoir un rêve qui englobe une existence entière en une demi-seconde, en ayant la perception d'une succession d'états de conscience, un événement succédant à l'autre.

 

R. — Après le rêve seulement : il n'existe pas une telle conscience pendant que l'on rêve.

 

Q. — Ne pouvons-nous pas comparer le rappel a la conscience d'un rêve à ce que fait une personne qui donne la description d'un tableau : force lui est d'en mentionner toutes les parties et les détails dans l'impossibilité où elle se trouve d'en présenter d'un coup l'image complète à l'œil mental de celui qui l'écoute ?

 

R. — C'est une très bonne analogie.

 

Pays du rêve et somnambulisme

 

(…) dans le rêve, ou le somnambulisme, le cerveau n'est endormi qu'en des zones distinctes et il peut être stimulé par l'intermédiaire des sens externes pour quelque cause spéciale : un mot prononcé, une pensée, ou une image, qui subsistait à l'état latent dans l'une des cellules de la mémoire et que vient réveiller un bruit soudain, la chute d'une pierre (suggérant instantanément à l'imagination du dormeur à moitié prise dans le rêve, des murs de maçonnerie), et ainsi de suite. Quand on est soudainement arraché de son sommeil, sans toutefois devenir complètement éveillé, on ne commence ni ne termine son rêve au moment où ce simple bruit a provoqué ce réveil partiel, mais souvent on expérimente dans son rêve une longue suite d'événements concentrés dans le bref espace de temps qu'occupe le son, et qu'il faut attribuer uniquement à ce dernier. Généralement, les rêves sont induits par les associations d'idées qui les précèdent à l'état de veille. Certains produisent une telle impression que la moindre idée allant dans le sens d'un sujet quelconque associé à un rêve particulier peut amener le retour de ce rêve des années plus tard. Tartini, le célèbre violoniste italien, composa sa «Sonate du Diable» sous l'inspiration d'un rêve. Pendant son sommeil, il crut que le Diable lui apparaissait et lui lançait un défi de virtuosité sur son propre violon, qu'il avait amené avec lui des régions infernales — défi que Tartini releva. Quand l'artiste se réveilla, la mélodie de la «Sonate du Diable» était imprimée si intensément en son esprit qu'il en nota sur-le-champ la partition ; mais, en arrivant au finale, tout souvenir de la suite s'effaça soudain : il mit donc de côté le morceau de musique inachevé. Deux ans plus tard, il rêva la même chose, et essaya dans son rêve de se rappeler le finale à son réveil. Cette répétition de l'expérience onirique fut induite par un musicien de rue, aveugle, qui jouait de son instrument sous la fenêtre de l'artiste. De la même façon, Coleridge composa son poème «Kublaï Khan» dans un rêve, dont il trouva, à son réveil, le contenu gravé si intensément en son mental qu'il nota par écrit les lignes célèbres qui sont passées à la postérité. Le rêve eut pour cause le fait que le poète s'était endormi sur sa chaise en lisant, dans le «Pèlerinage» de Purcha, les paroles suivantes : «Ici, le Khan Kublaï ordonna qu'on bâtît un palais... entouré d'un mur.»

 

La croyance populaire qui veut que, parmi le grand nombre des rêves privés de sens, il y en ait qui apportent fréquemment des présages d'événements à venir est partagée par beaucoup de personnes versées en la matière — mais nullement par la science. Pourtant il existe d'innombrables exemples de rêves bien attestés qui se vérifièrent par la suite des événements et qui, par conséquent, peuvent être appelés prophétiques. Les classiques grecs et latins fourmillent de récits de rêves remarquables, dont certains sont passés dans l'histoire. La foi dans la nature spirituelle de l'expérience du rêve était tout aussi largement répandue parmi les philosophes païens que chez les Pères chrétiens de l'Église ; et la croyance aux présages et aux interprétations de rêves (oniromancie) ne se limite pas aux nations païennes de l'Asie, puisque la Bible en est pleine [...].

 

(…) Certains rêves sont manifestement liés à l'histoire de l'homme incarné, dans son vécu journalier, et d’autres accompagnent l'éveil intérieur de l'être. (…)

 

Remarques générales sur l’utilité des rêves

 

(…) Dans nos moments de veille, nous courons après des choses insensées tout autant que nous le faisons en rêve. Nous appelons cela l'expérience, qu'elle soit sage ou folle, qu'elle poursuive des buts élevés, ou le contraire. Pourquoi refuserions-nous de tirer parti de nos rêves, en tant qu'expérience appropriée à cet état ? Pour le penseur, l'expérience est la même qu'elle lui parvienne par ce que voit l'œil éveillé ou par les propres mouvements du mental dans un rêve. (…)

 

(…) Il y a rêveurs et rêveurs. Ce n'est pas tout un chacun qui est un véritable rêveur au sens ancien du terme. Certains rêves sont des visions de la nuit. L'homme réel voit alors bien des faits de la vie, de l'histoire, de la famille, des nations. À ce moment il n'est pas lié par le corps et, de ce fait, il tire des conclusions immédiates. Il peut percevoir une guerre qui se prépare, parce qu'il voit tous les faits qui doivent conduire à une guerre et, en conséquence, il imprime sur le cerveau des images de batailles, d'armées, de drapeaux. Il peut aussi percevoir l'arrivée d'événements isolés qui sont en rapport avec lui-même, ou d'autres personnes. Ceci pour la raison que rien ne peut survenir sans être précédé d'une cause. Lui-même regarde les causes en spectateur, en calcule instantanément les résultats — même jusqu'aux dates exactes — et en projette ensuite l'image sur le cerveau qui sert de récepteur. Si l'homme est un roi — et en même temps un bon rêveur de cette catégorie — ses visions de rêve ont un rapport avec le royaume et peuvent ainsi avoir plus d'importance que ceux du paysan. Toute idée (en dehors des sujets de pure mathématique) se présente au mental comme une image, ou un drame — et non en paroles. Il s'ensuit souvent que le cerveau déforme et dénature l'image, d'où la confusion qui en résulte.»

 

« II arrive aussi parfois que nous rêvions de gens dont nous ignorons s'ils sont vivants ou morts, ou s'ils ont jamais existé. C'est que, dans certains cas, notre soi intérieur à l'état de rêve rencontre le soi d'un autre que nous avons connu dans une vie antérieure mais que nous sommes incapables alors d'identifier avec notre expérience cérébrale actuelle. Cependant il ne s'agit pas de visions absurdes, ni de fictions imaginaires.»

 

« Et puis il y a le genre de rêve que font souvent ceux qui s'efforcent de réaliser la vie supérieure et de développer leurs facultés intérieures. Il arrive alors, dans certains cas, que l'individu se voie attaqué et poursuivi. C'est l'effet de la lutte entre la nature supérieure et l'inférieure et, dans certains cas, une terreur envahit l'être lorsque des passions et tendances opposées de jadis semblent prendre le dessus. Cette peur produit une image de poursuite ou de bataille, et le rêveur s'éveille dans l'état que génère ordinairement un cauchemar. Si l'aspiration vers la vie supérieure est maintenue vivante mais ne s'accompagne pas d'un changement correspondant en pensée et en acte dans le quotidien, le rêve se répète, avec peut-être des variantes de détail : il ne cesse de se présenter que si la lutte est abandonnée (et que l'individu replonge dans un genre de conduite inférieur) ou bien lorsque la bataille est gagnée en s'astreignant au mode opposé de vie et de pensée.» (…)

 

Le rêve appelle le sceptique à réfléchir sur le côté caché de la vie

 

Un correspondant écrit :

 

« J'ai une amie graveuse. Elle est d'un tempérament sceptique, elle repousse avec dédain la Théosophie, et trouve seulement «curieux» les faits qu'elle me rapporte. La semaine dernière, elle a rêvé qu'elle se rendait au siège d'une revue, mais au lieu de voir comme d'habitude l'employé responsable des illustrations, elle était invitée à entrer dans le saint des saints pour rencontrer un grand directeur. C'était une pièce qu'elle ne connaissait guère. Le personnage lui dit qu'il avait demandé à la voir pour lui faire graver un portrait de Wm. Lloyd Garrison dont le tableau était au mur. L'homme attira l'attention de la graveuse sur l'ancienneté de l'œuvre et les craquelures du vernis, en lui enjoignant particulièrement de les reproduire.

 

« Tel fut ce rêve : le lendemain, elle se rendait au bureau de la revue et là, exactement, la vision se réalisa dans tous les détails — jusqu'aux craquelures du portrait. Bien sûr, cette amie fut étonnée et décrivit la chose comme très singulière.»

 

Précisément. Et ce qui me paraît encore plus singulier c'est que de tels incidents dans leur vie ne fassent pas réfléchir les gens. (…)

 

Rêves intéressant l'histoire de la personnalité, dans son contexte terrestre

 

Tous les témoignages appartenant à cette classe font ressortir la capacité de perception extrasensorielle de l'homme à l'état de rêve : l'information peut alors lui parvenir, au delà des limites du temps et de l'espace, et rester telle quelle dans la mémoire, ou se présenter au réveil d'une manière symbolique, avec parfois d'importantes déformations dues à de multiples interférences.

 

Rêves d'événements inconnus ou imprévisibles, confirmés ultérieurement

 

Dans cette catégorie, le rêveur perçoit des événements, parfois très anodins, qui se placent dans une échelle de temps pouvant être très large.

 

(…) tout événement est inscrit dans la lumière astrale.

 

(…) Dans ce qu'on appelle «le rêve», l'âme scrute cette lumière — à l'un de ses niveaux, supérieur ou inférieur, selon le cas — et y voit des faits du passé, du présent, ou de l'avenir. Parfois, ces événements sont clairement reproduits sur le cerveau et transmis à la mémoire de veille ; parfois, ils sont mélangés à d'autres choses dans l'intervalle du retour à l'état de veille, ou brouillés par des vibrations physiques, ou autres, et finalement l'image présentée au mental éveillé est floue et fantastique. (…)

 

(…) la lumière astrale est le miroir universel ; elle renferme les modèles de toutes choses : en elle se trouvent toutes formes, aussi bien que les images de tous les événements. Ce qui est, d'une manière ou d'une autre, commence par être placé là comme un centre d'énergie, et ainsi se constitue le moule qui donnera la forme objective, ou l'événement. On peut dire que la création de ce moule, ou cette mise en place préalable — cette apparition à l'existence subjective de la chose qui est appelée ensuite à avoir une existence objective — est effectuée par l'empreinte de l'idée produite sur la substance universelle par le mental universel, ou l'idéation cosmique. De la même manière, mais à un degré moindre, le cerveau humain produit des images dans l'æther de toutes ses pensées — images qui sont plus ou moins nettes selon la quantité d'énergie qui les revêt. Ceci est causé par le pouvoir créateur de la pensée, tout comme une vibration peut provoquer une cristallisation ou faire apparaître des dessins géométriques dans une couche de sable ou de limaille de fer étendue sur une lame de verre, par le moyen d'un son.

 

(…) Une nuit, Quickly rêva qu'il allait dans une rue voisine et constatait que plusieurs maisons avaient été modifiées et comportaient de nouvelles vérandas et des portes en bois de cerisier d'Amérique. Le lendemain, il s'y rendit mais ne découvrit aucun changement. Un mois après, tout était transformé comme il l'avait vu en rêve. La plupart des gens, presque chaque jour, déterminent dans leur pensée ce qu'ils feront dans les semaines qui suivent, et ainsi l'éther est constamment plein de telles images. Et ces images de choses si bien fondées qu'elles doivent bientôt se matérialiser sont perçues en rêve.» (…)

 

Notes à propos des rêves prémonitoires

 

(…) On ne peut absolument pas conclure qu'un rêve donné se vérifiera pour la raison que d'autres se sont révélés vrais antérieurement... Il peut se vérifier, ou pas du tout. Mais assurément, il vaut mieux ne pas y penser comme devant se vérifier — ou ne pas y penser du tout — parce que, en y pensant, on en crée dans la lumière astrale des images, revêtues de plus ou moins d'énergie et de vie, qui sont susceptibles d'impressionner des personnes sensibles.

 

(…) On ne saurait jamais affirmer assez clairement qu'on ne peut empêcher le cours de la Loi. Si quelque chose doit arriver à une personne, nul ne saurait s'opposer à la circonstance karmique. Cependant, il peut s'agir seulement d'une menace, et c'est peut-être alors le karma d'un individu extérieur d'entrer en scène pour empêcher l'accident ou l'infortune. C'est donc indiscutablement notre devoir de faire ce que nous pouvons pour écarter d'autrui le danger, ou la souffrance, et, après avoir fait tout notre possible, de bannir de notre mental la préoccupation du résultat. Tout ce que nous devons ou pouvons faire c'est notre devoir. À ce devoir s'attache tout effort altruiste. Une fois que nous l'avons accompli, nous devrions nous départir de toute inquiétude pour le résultat et calmement accepter le cours de la Loi.

 

(…) Une authentique expérience onirique devient confuse en filtrant jusqu'à notre conscience ordinaire ; ses détails se déforment, se brisent, s'altèrent, et le cerveau de veille ne la rapporte pas avec précision. En dehors d'un voyant entraîné, nul ne peut faire confiance à sa mémoire de l'expérience de rêve, et même un tel être est susceptible d'erreur — en dehors du cas des adeptes pleinement confirmés. Il semble donc que nous ayons intérêt à étudier ces expériences sans les surévaluer. (…)

 

Rêve symbolique permettant d'éviter un accident mortel

 

(Path, vol. 1, pp. 285-6, déc. 1886)

 

Mme D. était à sa maison de campagne. Une nuit, elle rêva qu'elle se levait et s'approchait de sa fenêtre pour contempler au-dehors la scène familière qu'éclairait la lune. À sa surprise, elle remarqua des gens marchant par couple et traversant la pelouse dans sa direction ; puis vint encore plus de monde, dont beaucoup de personnes connues d'elle. Pendant qu'elle observait cette procession, arriva finalement un corbillard conduit par un garçon. Il arrêta le sinistre véhicule sous la fenêtre, et tournant vers la dame un visage balafré où se jouaient les rayons de la lune, il appela : «Êtes-vous prête ?»

 

Mme D. poussa un cri et s'éveilla pour se retrouver dans son lit, la victime d'un rêve. Plus tard, en le racontant à sa famille, elle remarqua : «Si jamais je devais voir ce garçon, je le reconnaîtrais aux affreuses cicatrices qu'il a sur le visage.»

 

Quelque temps après, nous retrouvons cette dame debout dans un couloir d'hôtel à attendre l'ascenseur. Pendant qu'il émergeait lentement à la vue, elle fut attirée par la tête du garçon qui le manœuvrait. «Où donc ai-je vu cette tête ?» pensait-elle, et, perdue dans ses interrogations, elle mit du temps à s'avancer pour entrer dans la cabine. Au moment où elle faisait un pas pour y pénétrer, le garçon tourna le visage vers elle, en disant : «Êtes-vous prête ?» Là, elle revit ces grandes cicatrices pendant que, dans sa vision intérieure, défilait lentement la procession funèbre de son rêve. Bouleversée et effrayée, elle fut prise d'un impérieux désir de s'enfuir ; elle profita de l'arrêt de l'ascenseur à l'étage suivant pour en sortir, au lieu de monter plus haut, comme elle en avait eu le dessein. Elle demeura immobile quelques instants pour récupérer son calme — et aussi pour se raisonner — quand soudain un horrible fracas se fit entendre, suivi bientôt d'un silence de mort. Puis ce fut un tumulte de voix excitées : la machinerie s'était rompue et la cabine avait chuté jusqu'au rez-de-chaussée, entraînant dans la mort tous ses occupants. (…)

 

Impression de rêve obligeant à une démarche évitant un accident collectif

 

«  Un jour de novembre dernier, je m'éveillai impressionné par l'idée que j'aimerais bien faire un petit tour jusqu'à la gare de Sterling Valley [...] à moins de deux kilomètres de la maison de nos amis où nous étions en visite. C'était bien la première et unique fois que j'éprouvais une telle impulsion sans cause apparente. Je dis un mot de ce sentiment à ma femme avant de quitter la chambre pour aller déjeuner ; mais pendant cette réunion à table je fus pris par la conversation et oubliai mon désir de balade à la gare. Cependant, quand la famille se mit à réciter les prières, l'impression que je devais aller à cette gare devint si forte que je m'enfuis dès que je le pus.

 

«  Arrivé sur les lieux, sans avoir eu de motif conscient d'y venir, et n'ayant rien à y faire, je bavardai un moment avec l'employé, puis je me mis à aller et venir le long de la voie. Finalement, je fus tenté de pousser jusqu'à un aiguillage situé à quelques dizaines de mètres à l'ouest de la gare. Il n'y avait aucun sujet d'intérêt particulier pour m'y appeler, car j'avais vu tout ce qu'il y avait à voir ; mais n'ayant rien d'autre à faire — et comme il faut souvent peu de chose à un homme désœuvré pour le pousser à des actes qu'il n'a aucune raison d'accomplir — je me rendis jusqu'à l'aiguillage. Là, je découvris qu'une pièce du rail d'acier de la voie principale était rompue et hors de sa place normale. Ce n'était pas une pièce de grande dimension — peut-être moins d'une trentaine de centimètres en tout — mais il est arrivé que de grands désastres découlent de plus petites choses.

 

«  Je me hâtai d'aller raconter ma découverte à l'employé. Il télégraphia sur-le-champ pour qu'on avertisse le rapide qui, à cette heure, devait être presque attendu à la gare qui se trouve juste avant Sterling Valley, à l'ouest : quand le train arriva finalement, il passa très lentement sur la partie endommagée, au lieu de filer à toute vitesse.»

 

Rêves liés à la mort

 

Vision au moment du décès d'un tiers

 

Quickly avait [...] un rêve à raconter [...] Son domicile était à New York et il avait dans ses relations un homme qui était mieux connu de la famille de son oncle que de lui-même. Un jour, il partit à Washington et s'installa dans une maison particulière [...] La seconde nuit qui suivit son arrivée, il fit un rêve : il était à New York, en train de rentrer chez lui par la porte du sous-sol, en compagnie du personnage mentionné plus haut et de sa propre sœur décédée. Au moment où ils allaient entrer, l'homme mit la main sur la voûte sous laquelle il passait : soudain, celle-ci s'effondra sur lui, en le recouvrant complètement. Chacune des personnes du rêve parut éprouver de très vives inquiétudes à son sujet. Le lendemain, Quickly nota son rêve dans son journal personnel et l'écarta de sa pensée. Comme il n'écrivait pas chez lui, il n'entendit pas parler du personnage avant de retourner à New York où il apprit que l'homme avait fait une chute grave qui avait entraîné un mal chronique. Il était mort la nuit même du rêve.

 

(…) le rêve avait sans doute été déclenché par la revue panoramique des événements de l'existence de l'individu mourant qui se déroulait rapidement dans son mental à cet instant (21) : au moment où l'homme avait repris conscience de ses relations avec Quickly, ce souvenir avait vibré en liaison avec cet ami, en provoquant chez lui ce rêve, et la connexion s'était établie d'autant plus vite que la nature physique de Quickly se trouvait en repos, plongée dans le sommeil. Je ne doute pas, quant à moi, que cette suggestion soit une indication correcte à prendre en compte dans tous les cas d'expériences similaires.

 

(21) Voir à ce sujet l'enseignement théosophique sur l'expérience des mourants. Cette revue de toute la vie est décrite et commentée par Mme Blavatsky dans la Clef de la Théosophie, p. 177 (édition Textes Théosophiques), ainsi que dans le Cahier théosophique, n°139, intitulé : «La mémoire chez les mourants» (même édition) disponibles sur le site (N.d.T.).

 

(…) Certain rêve annonciateur de la mort de quelqu’un peuvent être déclenchés par la revue panoramique des événements de l'existence de l'individu mourant qui se déroulent rapidement dans son mental. La remémoration des relations communes induit chez celui qui dort un rêve ; la connexion s'établie d'autant plus vite que sa nature physique se trouvait en repos, plongée dans le sommeil.

 

Annonce de la mort future du sujet

 

II est intéressant de rappeler ici le rêve prémonitoire de Lincoln, quelque temps avant sa mort (il fut tué au théâtre de Washington par un fanatique sudiste, en avril 1865). Voici ce qu'il avait confié à des convives lors d'un dîner a la Maison-Blanche :

 

«  II y a environ dix jours, j'allai me coucher très tard) après avoir attendu d'importantes dépêches du front. Je ne devais pas être au lit depuis très longtemps quand je m'assoupis, car j'étais très fatigué. Je ne tardai pas à rêver. Il y avait autour de moi, semblait-il, un silence et une immobilité de mort. Je commençai à entendre des sanglots contenus, comme si un certain nombre de gens étaient en train de pleurer. J'ai l'impression d'avoir à ce moment quitté mon lit pour déambuler à l'étage inférieur. Là, le silence était rompu par le même bruit de sanglots pitoyables, mais les gens en deuil demeuraient invisibles. Je passai d'une pièce à l'autre : nulle personne vivante en vue ; mais partout où j'allais, j'entendais toujours les mêmes accents funèbres d'affliction. Il y avait de la lumière dans toutes les pièces ; chaque objet m'était familier, mais où étaient donc tous ces gens qui pleuraient, comme si leur cœur allait se briser ? J'étais perplexe et inquiet. Que pouvait bien signifier tout cela ? Décidé à trouver la cause d'un état de choses aussi mystérieux et préoccupant, je continuai pour arriver finalement à la Salle Orientale [East Room] où je pénétrai. Là, ce fut pour moi une navrante surprise : devant moi, il y avait un catafalque où reposait un corps revêtu d'un habit d'apparat pour des funérailles, tout autour étaient placés des soldats qui montaient la garde, et partout se pressait une foule de personnes dont les unes fixaient des regards affligés sur le corps, dont le visage était voilé, et les autres pleuraient à fendre l'âme. «Qui est mort à la Maison-Blanche ?» demandai-je à l'un des soldats. «C'est le Président», fut la réponse, «il a été tué par un assassin !» À ce moment monta soudain de la foule un grand cri de douleur qui me tira de mon rêve. Je ne dormis plus de la nuit. Et, bien que ce n'ait été qu'un rêve, je n'ai pas cessé depuis d'en être étrangement tourmenté»

 

Rêves mettant en scène un personnage inconnu, rencontré plus tard par le sujet

 

vision du futur époux du sujet

 

(…) Une jeune fille avait une amie qui lui parlait souvent d'un certain jeune homme pour lequel elle avait de l'affection : en l'écoutant, la jeune fille ressentait toujours une impression spéciale, à laquelle elle ne pouvait donner de nom. Une nuit, dans un rêve, elle vît le visage d'un homme : il lui fut dit que c'était son futur mari. C'était un visage qu'elle n'avait jamais vu. Elle ne révéla son rêve à personne. Sur ces entrefaites, son amie Mlle L. partit. Une semaine après, à la nuit tombante, un homme s'arrêta à la grille de la maison paternelle et la demanda par son nom, comme elle se trouvait là. C'était l'homme de son rêve et, en le reconnaissant, quelque chose la poussa à lui dire tout haut : «Vous êtes Mr. X, l'ami de Mlle L. !» II répondit par l'affirmative, et déclara qu'il avait eu l'impression d'avoir eu un grand désir de la connaître. Le dénouement arriva au bout d'une semaine, sous la forme de fiançailles — et si jamais deux époux se sont aidés mutuellement à porter leurs fardeaux, en les rendant plus légers par l'amour, c'est bien ce couple ! Ils avaient tous deux l'impression que leur mariage avait été ordonné à l'avance et qu'ils s'étaient déjà rencontrés auparavant (…)

 

Rêve, assez peu documenté, évoque la vision par un sujet de douze ans de l'image d'un bel enfant dont les traits seront exactement reproduits, des années plus tard, par le fils de ce témoin.

 

(Dans sa famille, W. avait un peu un don de seconde vue. Une nuit, à l'âge de douze ans en Roumanie, alors qu'il était couché, il vit en regardant vers le pied de son lit, dans la lumière du gaz d'éclairage, la tête et les épaules d'un bel enfant. Il en fut très effrayé ; son frère, qui était avec lui, n'avait rien vu. Quelques années plus tard, W. émigra aux États-Unis, se maria assez tard et son premier enfant fut un garçon : en grandissant, il était devenu l'image exacte de la vision que son père avait oubliée, jusqu'à ce que les traits du garçon finissent par être à la ressemblance exacte de l'enfant entrevu. (…)

 

Rêves aidant à trouver un objet recherché

 

Le jeune W., à l'âge de 11 ans, à la recherche d'un dictionnaire, n'arrivait pas à le trouver après beaucoup d'efforts. La nuit suivante, il rêva qu'il se levait et prenait l'ouvrage sur un autre rayon particulier — ce qui se réalisa le lendemain.

 

« J'avais perdu une bague sertie de diamants d'un grand prix, et je n'arrivais pas à la retrouver malgré toute ma recherche. Cette nuit-là, je rêvai trois fois de suite qu'elle était sous le tapis dans le salon, au coin du mur. Au réveil, sans même m'habiller, j'allai directement à l'endroit repéré en rêve : la bague y était.»

 

C'est une manifestation du soi astral cherchant la bague pendant le sommeil, la découvrant — en suivant la trace qui la relie au corps (tout comme fait un chien pour retrouver son maître) — et finalement imprimant le résultat de sa quête sur le cerveau. C'est un cas facile à expliquer.

 

Rêves liés à l'éveil de l'être intérieur

 

L'individu qui s'engage sincèrement dans une discipline spirituelle comme celle que recommande la Théosophie déclenche en lui-même un processus de profonde transformation qui, avec le temps, peut se traduire par l'éveil de sens nouveaux et de pouvoirs psychiques qui sont généralement latents dans l'ensemble de l'humanité.

 

Ces manifestations insolites sont dues à la stimulation et à la croissance de l'être intérieur. Cet aspect caché de notre nature, appelé parfois «l'homme astral», constitue, selon la Théosophie, un véritable instrument, ou véhicule, permettant à la conscience de l'homme en éveil d'entrer en rapport avec les plans invisibles.

 

Dans un important article, intitulé «La Culture de la concentration» (22), W.Q. Judge indique que ce corps astral particulier, lié à une vie psychique indépendante des sens physiques, est susceptible d'un développement complet permettant plus tard à l'Adepte accompli de gagner toute la connaissance disponible et de faire ses expériences avec une maîtrise absolue. Dans les débuts, ce corps éthéré n'a qu'une texture mal définie, où s'éveillent ici ou là certains centres d'énergie ne permettant que tel ou tel type de manifestation. Cependant, ajoute W.Q. Judge, si la pratique de la concentration, dans le sens du véritable yoga spirituel, est poursuivie sans relâche, «cette masse imprécise commence à gagner une certaine cohésion et à se modeler en un corps pourvu de différents organes. Au fur et à mesure de leur développement, ils doivent être utilisés : il faut qu'ils soient mis à l'essai, éprouvés, et employés dans des expériences. En fait, tout comme un enfant doit d'abord ramper par terre avant de pouvoir marcher, et apprendre à marcher avant de courir, cet homme éthéré doit passer par les mêmes stades. Et de même que l'enfant peut voir et entendre à une plus grande distance qu'il ne peut ramper ou marcher, cet être commence d'habitude par voir et entendre avant de pouvoir quitter le voisinage du corps physique pour voyager à une distance appréciable».

 

(22) Article publié dans le Cahier Théosophique, n°70 (disponible sur le site) (N.d.T.)

 

Dans les commentaires des rêves rapportés ci-après, le lecteur trouvera de nombreuses allusions à cette réalité de l'«homme astral» en cours de croissance chez les témoins de ces rêves.

 

Comme l'éveil de l'être intérieur s'accompagne souvent de faits et de visions étranges qui peuvent être interprétés de façon erronée par l'individu, saisi par leur côté merveilleux, il a paru nécessaire de commencer cette revue par quelques conseils de prudence.

 

Avertissement aux débutants dans la vie intérieure

 

Rester vigilant, avoir le désir d'être et non de croître, ou de savoir

 

(Path, vol. 2, p. 317, janv. 1888)

 

II y a dans le Theosophist, tout comme dans les Yoga sutra de Patañjali, plusieurs allusions aux sons que perçoit l'étudiant de l'Occultisme. Le son est la propriété particulière de l'Éther, et sa manifestation est l'indice naturel de la vitalisation et de l'éveil de l'homme intérieur. Mais dans ces cas, comme en rêve, il faut prendre soin de se contenter seulement de noter ce que l'on voit ou entend, sans tirer de conclusions irréfléchies, ni «former d'association», comme le dit Patañjali (23). Rien ne retarde la croissance comme l'intense désir de croître — qui est une autre forme du désir pour soi. Je voudrais écrire en lettres de lumière les lignes suivantes que j'ai eu la chance de recevoir (la chance, parce que ce sont des lignes véridiques et bénies), et les mettre en évidence là où leur rayonnement pourrait frapper l'œil de tous mes camarades et amis :

 

(23) «L'ascète ne doit pas former d'association avec les êtres célestes qui peuvent apparaître devant lui, ni montrer d'émerveillement à leur apparition, du fait que le résultat serait un renouvellement des afflictions du mental» Livre III, aphorisme 52, Ed. Textes Théosophiques (N.d.T.).

 

«  Je veux que vous arrêtiez, autant que possible, tout désir de progrès. L'aspiration ardente à savoir, à devenir, et à atteindre la lumière est différente de la pensée : «Je ne progresse pas, je ne sais rien.» C'est là une recherche des résultats. La position juste à prendre est de souhaiter être. Car alors nous savons. Le désir de savoir est presque exclusivement intellectuel, et le désir d'être procède du cœur. Par exemple, quand vous réussissez à voir un ami éloigné, ce n'est pas un savoir ; c'est le fait d'être dans la condition, ou la vibration, qui est cet ami à cet instant. La traduction de cette identité en estimation ou explication mentale est ce qu'on appelle savoir. Voir un élémental sur le plan astral c'est être, à ce moment, en une partie de notre nature, dans cet état, ou cette condition. Bien sûr, il y a de vastes champs de l'Être que nous pouvons encore espérer atteindre. Mais tandis que nous nous efforçons de devenir divins, et que nous ne plaçons pas nos ultimes espoirs plus bas que cette condition suprême, nous avons la possibilité totale et entière d'apprendre à être le plan particulier qui se présente à nous aujourd'hui.»

 

Toute la valeur de ces mots se résume dans leur enseignement final. Remplissez chacun de vos devoirs, répondez à tous les appels honnêtes de l'existence que vous êtes en train de vivre. Soyez loyaux envers tous les hommes et conformez-vous sincèrement à la lumière qui est la vôtre actuellement. Alors, et alors seulement, il vous sera donné plus. Tel est le premier pas dans ce qu'on appelle «vivre la vie spirituelle».

 

Avoir patience, et confiance dans la nature

 

(Path, vol. 2, p. 220, oct. 1887)

 

« Nous devons être patients : cela prend du temps de découvrir la manière de marcher et, de même, de saisir les indices utiles et d'en tirer parti. Beaucoup dépend de la pureté de la pensée et du motif, et de la largeur de vue.

 

«  En fait, quand nous savons comment faire pour marcher tout est accompli : la connaissance et l'acte viennent ensemble. Observons comment s'y prend la mère : elle limite l'enfant dans ses mouvements tant qu'il est trop jeune et faible pour soutenir son propre poids — sans cette précaution, le petit être acquiert des déformations qui vont durer toute sa vie. Elle ne trouble pas l'enfant avec des explications et des démonstrations par l'exemple. Elle est attentive à servir ses instincts naturels et doucement les stimule le moment venu. Elle le guide autour des obstacles qu'il doit apprendre à éviter : elle ne les enlève pas tous de son chemin, quitte à le voir faire quelques chutes. Eh bien, mes amis ! pensons au souvenir de notre mère, et dites-moi : voudriez-vous qu'un instructeur, un guide ou un frère soit moins tendre et moins sage qu'elle avec celui qui est un nouveau-né dans la vie réelle ?»

 

L'évolution de la nature des rêves chez les aspirants à la vie intérieure

 

(…) «À mesure qu'un individu se rend plus sensible aux impressions de l'astral, quand il commence et poursuit la voie de l'Occultisme (14), les visions et les rêves deviennent plus fréquents pendant un certain temps.» Dans un autre article (15), à la question suivante d'un correspondant: «Durant le sommeil, j'ai une impression de pouvoir voler grâce à un acte intense de volonté. Dans mon rêve, je me mets alors à flotter au-dessus du sol, tandis que mon corps paraît rigide. Puis la force s'épuise et je dois redescendre. Quelle est votre explication ?» W.Q. Judge propose cette réponse : «Cela fait partie de l'effort de l'homme intérieur qui est en vous en vue de démontrer à votre moi extérieur la réalité de l'existence et de l'action de forces ignorées et peu courantes que chaque homme possède en lui-même la possibilité latente d'utiliser. Mais le sommeil sans rêve est préférable.» Cette dernière remarque vise sans doute à détourner l'attention du côté merveilleux de ce genre d'expérience et à la fixer sur l'état qui dépasse l'imagerie du rêve et où la conscience devra un jour accéder, pour y puiser toute la connaissance supérieure. (…)

 

(24) Dans l'enseignement de Mme Blavatsky, l'Occultisme véritable est utilisé au sens le plus noble, comme synonyme de yoga spirituel et n'a que peu de rapports avec la divination et autres arts occultes (N.d.T.).

 

(25) Ibid., n° 143, II, p. 3 (N.d.T.).

 

(…) Tant que notre vie est sans but défini, ou que nos motifs et désirs sont multiples et en tous sens, nos rêves participent de cette confusion. Mais dès que notre but se fixe sur des choses plus élevées, nous sommes susceptibles de plus en plus d'être instruits en rêve, bien que nous n'en ramenions pas toujours un souvenir. Cependant l'instruction ne s'enregistre pas moins sur quelque plan plus élevé de notre nature que nous ne faisons encore que vaguement pressentir, ou chercher à atteindre. (…)

 

Révélation de l'existence de pouvoirs nouveaux de perception

 

(…) À mesure que se développe la forme astrale sous la tension régulière de la pensée occulte, il se produit maintes fois des événements étranges montrant que l'âme utilise ce véhicule pour bien faire sentir à l'homme extérieur que l'existence de celui-ci est réelle, bien que cachée. Nombreuses sont les voies employées à cette fin : le plus ordinairement, ce sont des rêves où l'on vole et on flotte, où l'on visite des lieux éloignés, dans un corps facile à déplacer comme un duvet de chardon — un «moins que rien léger comme l'air». En fait, ce n'est pas toujours dans notre corps astral, loin de notre forme physique extérieure, que nous accomplissons ces voyages, car pour être capable de le faire, même inconsciemment, il faut que le corps astral ait atteint une cohérence ou un développement qui dépasse beaucoup celui qui caractérise l'homme ordinaire. Nous n'avons pas besoin de nous éloigner de notre corps endormi pour voir ces lieux à distance dès lors que nous voyons avec l'œil de l'âme — ou plutôt avec son pouvoir de vision ou de pénétration. Ces suggestions faites par l'âme à notre conscience de veille, indiquant l'existence d'un corps et de pouvoirs autres que ceux que nous connaissons, sont d'une grande importance. Elles impliquent une incitation pressante de la part du soi supérieur, et annoncent le stade d'évolution connu comme «le moment de choix» : quand elles se présentent, nous pouvons savoir que le temps est venu où l'âme commence à se lasser de la matière, où la force karmique accumulée vient à mûrir et où l'homme peut apprendre davantage de l'invisible. (…)

 

(…) Quand nous entrons dans l'état qu'on appelle le sommeil, nous ouvrons largement les portes et les fenêtres du corps — cette maison où nous demeurons — et l'âme s'évade comme un oiseau libéré de sa cage. En tombant dans l'inconscience partielle ou le sommeil, le corps cesse en grande partie d'agir, mais le cerveau reste capable de percevoir ou d'enregistrer les images ou impressions de l'instrument astral : des principes inférieurs de l'homme, l'astral est le dernier à cesser de fonctionner dans le sommeil ou la mort

 

Rêves symboliques

 

Incitation à la recherche spirituelle

 

J'ai eu un rêve en deux parties. Dans la première, j'étais sur une route blanche pleine de lumière qui courait entre deux talus plantés de beaux arbres. Sur ces talus se trouvaient tous les gens vivants que j'aie pu connaître : tous étaient en train de cueillir des fleurs brillantes. Dans ma pensée, naquit le désir d'en avoir aussi, mais, quand je me penchai pour en faire un bouquet, elles avaient disparu. Déçus, mes amis tentèrent de me les faire voir, mais une voix se fit entendre et dit : «Monte ici.» Ce que je fis — et la voix m'ordonna de chercher des fleurs : je ne découvris rien que de la mousse noire. «Cherche plus profondément», insista la voix. J'écartai la mousse, et voici : en dessous il y avait de belles fleurs — des immortelles. Enchanté, je retournai au talus et vis cette fois les premières fleurs, mais je n'avais plus aucun désir pour elles.

 

Les premières fleurs symbolisent les joies, idées et délices de la terre et de la sagesse mondaine, les secondes sont les fleurs de la nature divine et supérieure. Cependant, ces plantes sont cachées sous une couverture de mousse qu'ont accumulé sur elle l'éducation et les fausses notions de théologie, ou de philosophie. Il vous faut creuser profondément sous cette couche d'erreur pour aller cueillir la fleur qui vous appartient, et qui est immortelle — et dès lors vous n'aurez plus aucun désir pour les autres. (…)

 

(…) Bulwer Lytton montre que les premières initiations viennent par le rêve. Ils s'expriment presque toujours en symboles, car l'homme intérieur n'a pas de langage comme le nôtre. Il voit et parle au moyen d'images. Il projette une pensée sous la forme d'une image : à nous de la saisir et de nous en souvenir. Chaque image se trouve modifiée par les façons changeantes que nous avons de penser à l'état de veille.(…)

 

Si nous nous mettions à agir selon l'enseignement de nos rêves, quand il inspire un motif élevé, nous encouragerions, pour ainsi dire, le rêveur intérieur de telle sorte que nous puissions plus fréquemment recevoir de l'instruction. (…)

 

(…) Relativement à la vie de rêve — dont nous perdons généralement tout le bénéfice — la Théosophie offre les bases de ce qu'on appellerait de nos jours un « yoga du sommeil », en montrant pourquoi l'expérience de la conscience pendant la nuit est importante et comment il serait possible d'en tirer un bien meilleur parti, le but visé étant, à la longue, d'atteindre une permanence de l'éveil conscient jusque dans les phases les plus profondes du sommeil, avec la possibilité d'y maintenir l'exercice de la volonté. Ces principes généraux ne s'assortissent d'aucune « technique » détaillée ; à chacun de découvrir la méthode la plus convenable — en n'oubliant pas l'essentiel, souligné à maintes reprises dans les extraits précédents : l'objectif de toute discipline spirituelle n'est pas de faire des expériences merveilleuses, ni d'acquérir des pouvoirs, mais d'épanouir l'être dans ses potentialités les plus cachées, à des niveaux d'où toute préoccupation égoïste et personnelle est exclue. (…) Un pont pourrait être jeté d'un plan à l'autre afin de favoriser cette permanence de l'éveil de l'individu, avec la possibilité de ramener de plus en plus efficacement à la mémoire de veille le contenu d'expérience puisé à la racine de notre Soi profond — notre source inépuisable d'omniscience — dans la phase du sommeil sans rêve. (…)

 

(…) Il existe un éveil à partir du rêve ; mais non pas un éveil brutal à de dures réalités. Car aussi beau que soit le rêve, la réalité est plus belle encore ; seuls les voyants peuvent en parler et encore ne le font-ils que par bribes. Dans la salle de nos rêves, les lampes finiront par s'éteindre, les pauvres fleurs coupées de leurs racines s'étioleront et se faneront ; mais en revanche, nous aurons le soleil éternel, l'air frais des sommets, la joie silencieuse des collines éternelles. Cependant le rêve nous accompagne encore et dans la prime aurore, avant le lever du soleil, il y a un bref moment de nostalgie pour les ombres qui vont s'évanouir dans la pleine lumière du jour. (…)

 

Les trois plans de la vie humaine

 

Jagrata, Svapna, Sushupti : veille, rêve, sommeil sans rêve

 

L'Adepte, le Maître, le yogi, le Mahatma, le Bouddha, vivent tous dans plus de trois états pendant qu'ils sont incarnés sur cette terre, et ils sont pleinement conscients de chacun d'eux, tandis que l'homme ordinaire n'est conscient que du premier — l'état de veille — si l'on prête au mot conscient sa signification actuelle. Tout théosophe sérieux devrait savoir combien ces trois états sont importants, et surtout combien il est essentiel de ne pas perdre dans svapna la mémoire des expériences faites en sushupti, ni, dans jagrata, celle des expériences faites en svapna, et vice versa.

 

Jagrata, notre état de veille, notre état de veille, est celui dans lequel nous devons réaliser notre régénération et arriver à la pleine conscience du Soi intérieur, car le salut n'est possible dans aucun autre état.

 

Quand un homme meurt, il peut accéder à la condition suprême, d'où aucun retour n'est possible contre son gré, ou passer à d'autres états (ciel, enfer, avitchi (4), devachan (5), etc.) qui le ramènent inévitablement à l'incarnation. Mais il ne peut atteindre l'état suprême à moins d'avoir gagné la perfection et de s'être régénéré — à moins de s'être élevé, pendant son incarnation dans un corps, jusqu'aux hauteurs lumineuses et merveilleuses où se tiennent les Maîtres. Cette réalisation si sincèrement désirée ne peut jamais être obtenue si, à un moment donné de son évolution, l'être ne fait pas lui-même les premiers pas conduisant à l'accomplissement final. Ces pas peuvent et doivent être faits. Et, dans le tout premier pas, se trouve la possibilité du dernier, car des causes une fois générées produisent éternellement leurs effets naturels.

 

(26) Mot évoquant un état d'enfer (N.d.T.).

 

(27) Voir note 20 (N.d.T.).

 

La connaissance et la compréhension des trois états dont j'ai parlé au début constituent l'un de ces pas.

 

Jagrata agit sur svapna en induisant rêves et suggestions et ou bien dénature les instructions qui lui viennent de l'état supérieur, ou bien aide l'être humain à rapporter un souvenir plus exact des expériences mentales vécues pendant la vie de rêve, en développant en lui le calme et la concentration. À son tour, svapna agit sur l'état de veille (jagrata) par les suggestions, bonnes ou mauvaises, données à l'homme dans ses rêves. L'expérience et les religions abondent en preuves dans ce sens. Dans le légendaire Jardin d'Eden, le rusé serpent murmura à l'oreille du mortel endormi des suggestions le poussant à violer le commandement divin à son réveil. Dans le livre de Job, on lit que Dieu instruit l'homme pendant son sommeil, dans les rêves et les visions de la nuit. L'état introspectif commun à tous les êtres, et la vie de rêve des personnes les plus ordinaires n'exigent aucune preuve pour être admis. J'ai connaissance de plusieurs cas où l'homme a été entraîné à commettre des actes contre lesquels se révoltait sa nature supérieure, à la suite d'incitations reçues en rêve, parce que l'état impur de ses pensées de veille avait infecté ses rêves, en ouvrant la porte aux mauvaises influences. Par la loi naturelle d'action et de réaction, l'individu avait empoisonné à la fois jagrata et svapna.

 

Il est donc de notre devoir de purifier et de garder limpides ces deux plans.

 

Le troisième état, commun à tous, est sushupti, qui a été traduit par l'expression « sommeil sans rêve », qui est cependant inadéquate car, bien que dépourvu de rêves, c'est un état où, par l'intermédiaire de la nature supérieure, même les criminels entrent en communion avec des êtres spirituels et accèdent au plan spirituel. C'est en fait le grand réservoir spirituel grâce auquel est tenue en échec la terrible impulsion qui entraîne l'homme à une vie de mal. Et comme cette communion est involontaire chez ces malfaiteurs, les effets qui en découlent sont toujours salutaires.

 

Afin de mieux saisir le sujet, il nous faut examiner avec quelque détail ce qui arrive quand on s'endort et qu'on rêve, pour entrer ensuite en sushupti. À mesure que les sens extérieurs s'engourdissent, le cerveau se met à faire réémerger des images qui reproduisent actions et pensées de l'état de veille, puis l'homme ne tarde pas à s'endormir. Il se trouve alors dans un plan d'expériences aussi réel que celui qu'il vient de quitter, bien que d'un genre différent. En gros, nous pouvons séparer cet état de rêve (svapna) d'une part de l'état de veille, par une sorte de cloison imaginaire, et, d'autre part de sushupti, par une deuxième cloison. Le rêveur erre dans cette région jusqu'à ce qu'il commence à s'élever au-dessus d'elle pour pénétrer le plan supérieur. Là, aucune perturbation provenant de l'action du cerveau ne se fait sentir, et dès lors l'être prend part au « Banquet des Dieux » (28), dans la mesure où sa nature le lui permet. Mais il doit revenir à l'état de veille et, pour cela, il n'y a pas d'autre voie que celle qu'il avait empruntée pour le quitter ; étant donné que l’état de sommeil sans rêve s'étend dans toutes les directions et que l’état de rêve, en dessous de ce plan, s'étend également dans toutes les directions, il n'y a aucune possibilité pour l'être de revenir directement de sushupti à jagrata. Et ceci est vrai même si au retour il ne reste aucune mémoire d'aucun rêve.

 

(28) Selon le mot de Platon (N.d.T.).

 

L'homme en général, qui n'a pas de pouvoir de concentration (dépourvu qu'il est de tout foyer intérieur de pensée, en raison de la dispersion et de la confusion de son mental), a finalement rendu son champ, ou état, de svapna complètement confus, si bien qu'en le traversant les expériences utiles et ennoblissantes venant de sushupti se trouvent mélangées et déformées, et ne lui apportent pas l'effet bienfaisant que l'homme, comme une personne éveillée, a le droit et même le devoir de recevoir. Ici encore, nous voyons l'effet persistant - préjudiciable ou bénéfique — que peuvent avoir la conduite et les pensées de l'homme à l'état de veille.

 

Il est donc clair que ce qu'il lui faudrait essayer d'accomplir est une purification et une vivification de svapna tel que la confusion et le pouvoir déformant qui le caractérisent actuellement finissent par disparaître, afin de devenir capable, en revenant à l'état de veille, de garder une mémoire plus vaste et plus lumineuse de ce qui s'est passé en sushupti. On peut parvenir à cette réalisation par un développement de la concentration sur des pensées élevées, sur des buts nobles, sur tout ce qu'il y a de meilleur et de plus spirituel en soi à l'état de veille. Le résultat optimum ne peut s'obtenir en une semaine ou une année, voire même en une seule vie, mais, une fois que l'on a commencé, la perfection de la culture spirituelle sera atteinte dans quelque incarnation future.

 

Par cette méthode, un centre d'attraction est établi dans l'homme, pendant son état de veille, et toutes ses énergies y affluent, si bien qu'on peut se représenter ce centre comme un foyer dans l'homme éveillé. En ce point focal — si on l'observe de ce plan-ci — convergent en direction de svapna les rayons de l'homme éveillé tout entier, en le faisant passer à l'état de rêve dans une condition de plus grande lucidité. Par réaction, il se crée un second foyer dans svapna et, par ce relais, l'être peut accéder à sushupti dans un état non dispersé. En revenant, il traverse svapna en profitant de ces points d'appui, et là, du fait de la confusion moins grande qui y règne, il regagne son état de veille habituel en possession (dans une certaine mesure, du moins) des effets bienfaisants et de la connaissance provenant de sushupti. La différence entre l'homme qui n'est pas concentré et celui qui l'est réside en ceci : le premier passe d'un état à l'autre, à travers les cloisons imaginaires dont nous avons parlé, comme du sable à travers un tamis, tandis que l'homme concentré opère ce transfert comme de l'eau conduite dans un tuyau, ou comme les rayons du soleil réfractés dans une lentille. Dans le premier cas, chaque filet de sable représente une expérience différente, une série particulière de pensées confuses et désordonnées, tandis que l'homme recueilli quitte l'état de veille et y revient en possession d'expériences claires et ordonnées.

 

Les quelques idées exposées ici ne visent pas à épuiser le sujet mais, dans la limite de leur portée, elles nous semblent correctes. Ce sujet est excessivement vaste et d'une très grande importance, et les théosophes sont vivement engagés à purifier, à élever et à concentrer les pensées et les actes de leurs heures de veille, de manière à cesser de passer continuellement, et en vain, nuit après nuit et jour après jour, par les alternances de ces états naturels disposés avec sagesse pour notre expérience, sans en devenir plus éclairés, ni plus aptes à aider leurs semblables. Car c'est de cette façon que nous pourrons, comme par le fil ténu de l'araignée, atteindre le libre espace de la vie spirituelle.

 

(…) Dans le sommeil profond sans rêve, nous partons vers d'autres sphères et d'autres conditions de l'être où nous trouvons des idées, etc., et le chemin en sens inverse passe par de nombreux états, qui ont tous leurs habitants naturels et leurs obstructions propres. Ajoutez à cela qu'il y a deux façons de monter et de descendre : la voie directe et la voie indirecte. Ce qui fait qu'il peut y avoir beaucoup de perte et de mélange en parcourant ces deux routes. (…)

 

(…) Le duvet de chardon est entraîné de-ci de-là à chaque souffle de vent — décochée par l'arc puissant, la flèche vole droit au but.

 

La voie indirecte est celle du duvet de chardon : en général, l'astral, qui sort quand le corps s'endort, le fait d'une façon diffuse — c'est-à-dire dans un état passif — sans la force adéquate pour le conduire ou pour maîtriser des forces invisibles. Il flotte à la merci de chaque courant de l'astral, récoltant ici et là comme un papillon, mais prenant le bon comme le mauvais indistinctement. Il peut atteindre de hautes sphères mais il y a plus de chances qu'il reste aux niveaux les plus proches du monde physique. Telle est la voie que chacun suit pendant le sommeil, et là se font les rêves. C'est l'état passif où règne le désir — on le traverse parfois à l'état de conscience de veille — mais il échappe à tout contrôle et on ne peut se fier à ce qu'il apporte.

 

La voie directe est celle de la flèche qui part de l'arc. Cette fois, l'astral vole droit à la sphère qui détient la connaissance qu'il doit recevoir. Il le fait en obéissant à une force irrésistible — la Volontéla Volonté en accord avec la loi divine. C'est un aller et retour sans écarts, sous l'impulsion de cette force, qui ne ramène des sphères intermédiaires pratiquement rien d'autre que ce qui est le but de cette recherche. La chose se passe dans le sommeil sans rêve et la connaissance acquise n'est pas communiquée en un rêve. Cette voie est parcourue à l'état conscient, car c'est la voie de l'étudiant en Occultisme. À moins que l'homme ait une pensée et un motif purs, il est incapable de faire usage de la véritable volonté, et son astral va où le conduisent d'autres volontés ou d'autres forces. Il s'arrête en chemin quand interviennent d'autres forces, gagne de l'information de la sphère où il se trouve et ramène parfois un horrible mélange d'images hétéroclites.

 

En définitive, où conduisent ces deux voies ? L'une conduit à Théosophia — l'illumination — quand on la parcourt à l'état de veille ou pendant le sommeil du corps. L'autre à la préoccupation de soi — la façon ordinaire de vivre, avec ses conceptions erronées — et, s'il s'agit d'une démarche occulte, à l'amour des phénomènes psychiques et au spiritisme.

 

Elles mènent à des sphères comprises dans les limites de l'astral, car le corps astral ne saurait passer au-delà. C'est seulement lorsque l'âme se libère de l'astral et des corps matériels qu'elle peut s'élever à des sphères supérieures. Ces voies conduisent aussi aux planètes, aux étoiles et à d'autres mondes, du fait que tout cela peut se trouver dans les limites de l'astral de ce globe.

 

Le souvenir des expériences de l'Ego

 

(…) L’Ego réel de l'homme — appelé ici le « soi supérieur » par opposition au « soi inférieur », le moi personnel—possède un langage propre ; il faut que ce dernier soit décodé correctement par l'intermédiaire d'instruments psychiques harmonieusement accordés à ses vibrations subtiles pour que les messages de l'Ego parviennent intégralement à la conscience cérébrale au moment du réveil. D'où la nécessaire discipline de purification du mental et du cœur.

 

Beaucoup de gens trouvent étrange que nous ne nous souvenions pas des expériences du soi supérieur pendant le sommeil. Mais, tant que nous demanderons : « Pourquoi le soi inférieur ne se rappelle-t-il pas ces expériences ? » nous n'obtiendrons pas de réponse. La question comporte une contradiction, car le soi inférieur n'ayant jamais eu les expériences dont on voudrait qu'il se souvienne ne peut en aucune façon se les rappeler.

 

Quand le sommeil nous gagne, le moteur et l'instrument de la personnalité inférieure s'arrêtent et ne peuvent plus rien faire, en dehors de ce que nous pouvons appeler des actes automatiques. Le cerveau n'est plus utilisé et par conséquent il n'existe pas de conscience pour lui jusqu'au moment du réveil. Libéré des chaînes physiques et de sa dure tâche quotidienne consistant à vivre et travailler au moyen des organes physiques, l'Ego va jouir alors des expériences que lui offre ce plan d'existence qui est plus particulièrement le sien.

 

Sur ce plan, l'Ego utilise une méthode et des procédés de pensée qui lui sont propres, et il perçoit les idées qui lui appartiennent par des organes différents de ceux du corps. Tout ce qu'il voit et entend (s'il nous est permis d'employer ces termes) apparaît renversé par rapport à notre plan. Le langage qu'il emploie est, pourrait-on dire, étranger, même si on le compare au langage intérieur que nous employons en étant éveillés. Lorsqu'il reprend finalement possession du corps, tout ce qu'il a à dire à son compagnon inférieur s'exprime nécessairement en une langue étrange et, pour le corps, cela constitue un obstacle à sa compréhension. Nous entendons les mots mais ne captons ça et là que des éclairs de leurs significations. C'est un peu comme un voyageur qui arrive dans une ville étrangère avec une connaissance très limitée de la langue : il ne peut saisir que quelques termes parmi la multitude des phrases et des mots qu'il entend et ne comprend pas.

 

Nous devons donc apprendre le langage de l'Ego de façon à ne pas échouer dans la traduction convenable que nous aurons à en faire. Car, dans tous les cas, le langage propre au plan que traverse l'Ego la nuit est étranger au cerveau que nous utilisons pendant la veille, et doit toujours être traduit par ce cerveau afin de pouvoir s'en servir. Si l'interprétation est incorrecte, l'expérience de l'Ego ne sera jamais complètement transmise à l'homme inférieur.

 

Mais alors, pourrait-on se demander, existe-t-il vraiment un langage de l'Ego, avec des sons propres et des signes correspondants ? Evidemment non car, s'il en était ainsi, les chercheurs sincères qui, depuis d'innombrables années, s'étudient eux-mêmes les auraient déjà consignés. Il ne s'agit pas ici d'un langage au sens ordinaire du mot. On pourrait plutôt le décrire comme une communication d'idées et d'expériences au moyen d'images. Ainsi, pour l'Ego, un son peut être représenté par une couleur ou une figure géométrique, et une odeur par une ligne vibratoire ; un événement historique est susceptible d'apparaître non seulement comme une image, mais aussi comme une ombre ou une lumière, ou encore comme une odeur écœurante ou un parfum suave ; le vaste monde minéral peut manifester non seulement ses plans, ses angles et ses couleurs, mais aussi ses vibrations et ses clartés. D'autre part, l'Ego a la faculté — dans un but qui lui est propre — de réduire son champ de perception des dimensions et des distances et, ainsi, en se limitant pendant un instant à la capacité mentale d'une fourmi, de transmettre aux organes physiques le souvenir d'un abîme, alors qu'il s'agit d'un trou minuscule, ou d'une forêt gigantesque, au lieu de l'herbe des champs. Ce sont là quelques exemples offerts à la réflexion, mais qu'on ne saurait prendre comme des descriptions rigoureuses et immuables.

 

Au réveil, dans le cadre de notre propre vie quotidienne et de nos expressions de langage et de pensée, nous éprouvons une grande difficulté à traduire correctement ces expériences. Le seul moyen qui puisse nous amener à les utiliser avec profit est de nous rendre perméables, pour ainsi dire, aux influences du Soi Supérieur et de vivre et penser de manière à pouvoir nous rapprocher d'une réalisation du but de l'âme.

 

Cela nous renvoie infailliblement à la pratique de la vertu et à la recherche de la connaissance, car ce sont les vices et les passions qui obscurcissent constamment notre perception du sens de ce que l'Ego essaie de nous communiquer. C'est la raison pour laquelle les sages inculquent la vertu. N'est-il pas évident que si les êtres vicieux pouvaient traduire le langage de l'Ego il y a longtemps qu'ils l'auraient fait ? Et ne savons-nous pas tous que c'est uniquement parmi les hommes vertueux que se rencontrent les Sages ?

 

La voie supérieure d'accès à la connaissance

 

Pour enseigner leurs disciples, les véritables Maîtres de la vie spirituelle utilisent naturellement la même voie intérieure que celle qu'emprunte le Soi-Ego pour influencer la conscience de l'homme terrestre. (…). Un texte de la plume de Mme Blavatsky (29) est très révélateur à ce propos. Il souligne à quel point le disciple doit avoir éliminé de sa nature tous les obstacles de la personnalité et s'être harmonisé avec la pensée du Maître pour que l'enseignement de ce dernier puisse lui parvenir sans altération. On découvre également le caractère incomparable de cette méthode d'instruction.

 

(29) Fragment publié dans la revue The Theosophist vol. XXXI, mars 1910, p. 685 (N.d.T.).

 

La connaissance parvient dans des visions, d'abord en rêve puis sous forme d'images présentées à l'œil intérieur au cours de la méditation. C'est ainsi que me fut enseigné tout le système de l'évolution, avec les lois de l'être et tout ce que )e sais d'autre — les systèmes de la vie et de la mort, les opérations de karma. Pas un mot ne me fut dit de tout cela de la manière ordinaire, si ce n'est peut-être à titre de confirmation de ce qui m'était ainsi donné — rien ne me fut enseigné par écrit. Et la connaissance ainsi obtenue est si claire, si convaincante, si indélébile dans l'impression qu'elle fait dans le mental, que toutes les autres sources d'information, toutes les autres méthodes d'enseignement qui nous sont familières se réduisent à moins que rien en comparaison avec celle-ci. L'une des raisons qui me font hésiter à répondre sans beaucoup de précautions à certaines questions qu'on me pose est la difficulté qu'il y a à exprimer dans un langage suffisamment précis des choses qui me sont données en images, et que je saisis par la Raison pure — comme l'appellerait Kant.

 

Les Maîtres ont une méthode synthétique d'enseignement : les grandes lignes générales sont données en premier, puis c'est un aperçu du mode de travail suivi, ensuite sont mis en lumière les grands principes et les notions les plus larges et finalement commence la révélation des points de détail.

 

Pour conclure, rien ne semble plus opportun que de citer quelques extraits de la Voix du Silence (30) qui rappelleront au lecteur certains des points essentiels à garder en mémoire pour tirer le meilleur parti des textes présentés dans cet ouvrage.

 

(30) Ce livre a été publié en anglais par Mme Blavatsky, en 1889, sous forme de trois traités extraits d'un recueil d'enseignements « à l'usage journalier des disciples », le Livre des Préceptes d'Or (dont l'origine est à rapprocher de celle des « Stances de Dzyan », sur lesquelles est basée la Doctrine Secrète). Traduction française éditée par Textes Théosophiques (N.d.T.) - Disponible sur le site.

 

Un premier passage (pp.21-22) souligne que la véritable connaissance — qui est l'héritage de l'homme totalement éveillé — n'est accessible que dans la sphère spirituelle de l'être, appelée ici  « Salle de Sagesse ». Comme il est apparu maintes fois précédemment, l'homme ne peut atteindre ce niveau, avec une pleine conscience et une volonté active, qu'en franchissant la zone intermédiaire du psychisme, où s'expérimentent rêves, visions, etc. C'est dans cette « Salle d'apprentissage » que pénètre et s'attarde le plus souvent le débutant qui s'élève au-dessus de la « Salle d'Ignorance » de la simple vie terrestre des sens. Ces trois Salles évoquent naturellement les plans physique, psychique et spirituel de l'expérience humaine, auxquels correspondent les états de conscience globalement désignés en sanskrit par jagrat, svapna et sushupti (31). On notera que le véritable Maître — celui qui donne naissance à la vraie Vie — ne se trouve pas dans le monde souvent trompeur et illusoire (« mâyâvique ») du psychisme, dont les dangers pour l'ignorant sont clairement évoqués.

 

(31) Au moment de la mort, la conscience qui s'éloigne du plan terrestre (jagrat) passe également par des phases qui correspondent au rêve (svapna) et à la contemplation céleste ( sushupti ). De même, dans la véritable méditation inspirée par la Voix du Silence : le disciple s'efforce de transférer sa conscience d'éveil jusqu'à la « Salle de Sagesse » ( sushupti ), en traversant les sphères psychiques (svapna) avec une pensée et une intention concentrées sur l'unique objectif spirituel qu'il poursuit (N.d.T.).

 

D'autres passages de ce beau livre, « dédié au petit nombre » par Mme Blavatsky, rappellent les grandes constantes de la vie intérieure, que doivent sans cesse guider la compassion et la lumière de l'Être éternel qui est au cœur de l'homme.

 

« Le nom de la première Salle est IGNORANCE, Avidyâ.

 

C'est la salle où tu as vu le jour, où tu vis et où tu mourras.

 

La seconde Salle a pour nom : Salle d'APPRENTISSAGE. Là ton Âme trouvera les fleurs de la vie, mais sous chaque fleur un serpent lové.

 

Le nom de la troisième Salle est SAGESSE ; au delà s'étendent les eaux sans rivage d'AKSHARA, l'indestructible Source d'Omniscience.

 

Si tu veux traverser en sûreté la première Salle, ne laisse pas ton mental s'abuser et prendre les feux du désir qui y brûlent pour la lumière solaire de la vie.

 

Si tu veux traverser en sûreté la seconde Salle, ne t'arrête pas à respirer le parfum de ses fleurs stupéfiantes. Si tu veux te libérer des chaînes karmiques, ne cherche pas ton Guru dans ces régions mâyâviques.

 

Les SAGES ne s'attardent pas dans les champs de plaisir des sens.

 

Les SAGES ne prêtent pas attention aux voix charmeuses de l'illusion.

 

Cherche celui qui doit te donner naissance dans la Salle qui est au delà, la Salle de Sagesse, où toutes les ombres sont inconnues et où la lumière de la Vérité resplendit d'une gloire inaltérable.

 

 [...]

 

Si, par la Salle de la Sagesse, tu veux atteindre la Vallée de Béatitude, disciple, ferme bien tes sens à la grande et terrible hérésie de la séparativité qui te coupe du reste.

 

[...]

 

Sème des actions de bonté et tu moissonneras leurs fruits. L'inaction dans un acte miséricordieux devient action dans un péché mortel.

 

Ainsi parle le Sage.

 

T'abstiendras-tu d'agir ? Ce n'est pas ainsi que ton âme obtiendra sa liberté. Pour gagner le Nirvâna il faut atteindre la Soi-Connaissance, et la Soi-Connaissance est l'enfant d'actions aimantes.

 

Sois patient, Candidat, comme celui qui ne craint pas l'échec, ne courtise pas le succès.

 

Fixe le regard de ton âme sur l'étoile dont tu es un rayon, l'étoile flamboyante qui brille dans les profondeurs sans lumière du Toujours-être, les champs illimités de l'Inconnu.

 

Sois persévérant comme celui qui dure à jamais. Tes ombres vivent et se dissipent ; ce qui en toi vivra toujours, ce qui en toi connaît — qui est en effet Connaissance — n'appartient pas à la vie fuyante : c'est l'Homme qui a été, qui est et qui sera, pour qui l'heure ne sonnera jamais »

 

(La Voix du Silence).

 

 

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